À l’occasion de la Fête du Sport, le CROS Mayotte a réuni ce lundi les représentants des ligues et des institutions autour d’une table ronde consacrée à l’avenir du sport sur le territoire. Financement, équipements, mobilité ou encore développement des grands événements : les échanges ont mis en lumière les difficultés à lever pour structurer le sport mahorais.
Après une première journée riche en activités et en émotions sur le front de mer de Mamoudzou, dimanche, la Fête du Sport s’est poursuivie ce lundi 14 septembre au Comité régional olympique et sportif de Mayotte (Cros), où les principaux acteurs du sport mahorais – notamment les représentants des ligues sportives – se sont retrouvés autour de deux tables rondes sur la structuration du sport de demain et la place des femmes dans le sport mahorais.
Changer de modèle économique
Sur la première thématique : “comment construire l’écosystème sportif mahorais de demain”, les échanges s’orientent rapidement vers la question financière et un contexte économique de plus en plus difficile pour les structures sportives, confrontées depuis plusieurs années à une baisse des subventions publiques.
Le constat est aussi porté par le Département-Région, l’un des principaux financeurs publics du sport à Mayotte. Devant les représentants des ligues, Ali Saïd Attoumani, de la Direction des sports, relève que “le modèle économique sur lequel nous avons vécu depuis 40 ans à Mayotte est à bout de souffle. Quand la subvention est coupée, on fait une syncope. Ce modèle-là n’est plus possible”.
Le changement passe donc par une diversification des ressources. Sponsoring, mécénat, dons ou encore organisation d’événements font partie des pistes évoquées par Omar Boina, expert-comptable de OB Consultation & Formation. Mais cette évolution suppose aussi de revoir le rapport des clubs à leurs propres ressources.
Le directeur du Cros Mayotte, Fahdedine Madi Ali, pointe notamment les difficultés rencontrées par de nombreuses structures pour faire payer les licences. “Quand il s’agit de nos intérêts, manzaraka ou autre, 200 euros ça sort toujours. Investir pour nos enfants, 10, 50 euros dans l’année, ça devient un frein”, relève-t-il. Un paradoxe qui se retrouve dans certains clubs, où le nombre de pratiquants serait largement supérieur à celui des licenciés. “Beaucoup de clubs arrivent à brasser 200 pratiquants et sur le papier 20 licences, ce n’est pas normal”.
Autre piste évoquée, les financements européens restent difficiles à mobiliser pour les associations mahoraises, souvent faute de ressources humaines pour monter les dossiers. Cédric Boulanger, de la DRAJES Mayotte, insiste aussi sur les exigences qui accompagnent ces financements. “Si on sollicite le financement, si on n’arrive pas à justifier à l’euro près, on doit rembourser”. Une difficulté qui renvoie plus largement à la capacité des clubs à se structurer et à assurer un suivi précis de leurs finances.
Cette question du contrôle des fonds publics est également revenue dans les échanges. Cédric Boulanger reconnaît une réelle dépendance aux subventions, tout en estimant nécessaire de mieux suivre leur utilisation. “Cette dimension de contrôle, faut qu’elle existe”, estime-t-il. Pour les intervenants, la question n’est donc plus seulement de trouver de nouveaux financements, mais aussi de professionnaliser la gestion des structures afin de pouvoir rendre des comptes aux différents financeurs.
La mutualisation apparaît également comme une piste. Fahdedine Madi Ali évoque notamment la création de clubs omnisports, avec plusieurs sections réunies au sein d’une même structure afin de mutualiser les moyens et une partie des financements.
Faire du sport un levier économique
Le sport peut aussi constituer un véritable levier économique pour le territoire. M’bayé Bakar Ahamada, président de la Ligue mahoraise de kick-boxing, Muaythaï et disciplines associées (LMKMDA), plaide notamment pour le développement de grands rendez-vous sportifs. “Si on organise des grands événements sur le territoire, il faut faire comprendre que le sport va avec l’économie, le tourisme et la culture”, lance-t-il, appelant chaque ligue et comité à développer son propre événement.
Le président du comité départemental d’athlétisme, Ibrahim M’Colo, voit lui aussi dans les compétitions une possibilité d’attirer des visiteurs. Il cite notamment le trail, en prenant l’exemple de La Réunion où les participants reviennent parfois en famille après une première expérience. Mais l’organisation de telles épreuves reste aujourd’hui compliquée à Mayotte. “À ce jour, si on veut organiser d’ici 2027 un grand événement, l’athlétisme ne pourra pas le faire car tout ce qu’on fait est dans l’illégalité”, déplore-t-il, en raison notamment de l’absence de gestionnaire des sentiers.
Le manque d’infrastructures limite également certaines disciplines. “Aujourd’hui, on a un pro dans le kick-boxing, mais on n’a pas l’infrastructure pour le garder à Mayotte”, insiste M’bayé Bakar Ahamada. Une difficulté qui se retrouve dans la pratique scolaire et associative, notamment pour les activités nécessitant du matériel spécifique.
Philippe Versaud, directeur de l’UNSS, pointe ainsi le manque de vélos et de kayaks disponibles sur le territoire. “Je n’ai pas de kayaks, je n’ai pas de vélos sur le territoire. Comment je fais ?”, interroge-t-il. Pour organiser certaines activités, l’UNSS doit alors louer du matériel auprès de prestataires privés, avec des coûts qui peuvent rapidement s’envoler. Il plaide pour la création de lieux ressources où les structures pourraient accéder à du matériel et bénéficier de tarifs adaptés.
“Tout l’argent est dépensé chez CorsAir et Air Austral !”
La mobilité constitue une autre difficulté récurrente pour les sportifs, contraints de se déplacer régulièrement pour participer aux compétitions. “750 euros pour faire deux heures d’avion et aller à La Réunion, c’est du vol”, s’exaspère Mohamed Rouchdi du comité régional de rugby de Mayotte, “il faut trouver une solution pour quitter ce caillou ! On nous donne des subventions mais tout cela est depensé chez CorsAir et Air Austral est ce qu’on peut faire quelque chose sur ce point là ?”.
Une question à laquelle a répondu Cédric Boulanger de la DRAJES qui a indiqué engager des discussions avec les compagnies aériennes pour rechercher des partenariats et des tarifs adaptés, tout en rappelant également que des dispositifs de continuité territoriale peuvent être mobilisés par les familles sous certaines conditions, notamment via LADOM.
En sortie de table ronde, Fahdedine Madi Ali s’est félicité des échanges et du format, qui a permis de réunir les différents représentants du mouvement sportif. “On ne voulait pas refaire des constats que l’on connaît déjà, mais aller sur de réelles propositions”, souligne-t-il.
Reste maintenant à savoir ce qu’il adviendra de ces propositions. Dans la salle, plusieurs participants ont notamment demandé où en était le Projet sportif stratégique de territoire (PSST), élaboré par la Conférence régionale du sport, qui réunit l’État, les collectivités et le mouvement sportif, et adopté en 2023. Cette feuille de route fixe quatre grandes priorités pour le territoire : le sport d’excellence et de haut niveau, le sport pour toutes et tous, le sport de pleine nature et les équipements sportifs.
Mais alors que plusieurs des difficultés soulevées lundi figurent déjà dans cette feuille de route, personne n’a été en mesure de préciser où en était sa mise en œuvre.
Le flou persiste autour des Jeux des Îles
La participation de sportifs mahorais aux Jeux des Îles de l’océan Indien 2027, organisés aux Comores, reste toujours en suspens. Le CROS Mayotte y est favorable depuis plusieurs mois, considérant la compétition comme une étape importante dans le parcours des athlètes et un rendez-vous permettant de renforcer les échanges sportifs dans la région. En juillet, le comité affirmait que cette volonté était portée par “les ligues, les clubs, les éducateurs, les dirigeants et les athlètes”.
Le Département-Région avait lancé une concertation en janvier sur une éventuelle participation, dans un contexte marqué par les enjeux politiques et symboliques liés à l’organisation des Jeux aux Comores, mais aucune position officielle n’a été annoncée par la collectivité, laissant le Cros et les sportifs concernés dans le flou.
“Pour le moment, on n’a pas de nouvelles du Département-Région”, indique Fahdedine Madi Ali.
Une nouvelle échéance pourrait toutefois relancer le sujet : une assemblée plénière du Département est prévue le 25 septembre pour voter les subventions aux clubs sportifs. La question de la participation aux Jeux des Îles pourrait alors venir s’immiscer dans les débats.

































