Promulguée le 16 août et publiée ce mardi 18 août au Journal officiel, l’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030 accélère fortement l’effort de défense français. Pour Mayotte, le texte ouvre surtout la voie à l’étude d’une nouvelle base, renforce les ambitions en matière de surveillance maritime et conforte les infrastructures de la Marine après le cyclone Chido.
La loi, promulguée dimanche 16 août, prévoit désormais que l’État « étudiera l’opportunité de créer une nouvelle base à Mayotte », avec pour objectif de renforcer la capacité d’action des forces armées dans le sud-ouest de l’océan Indien et la souveraineté française dans cette zone.
La formulation reste toutefois prudente. Le texte ne décide pas encore la construction de cette base et n’en précise ni l’emplacement, ni le calendrier, ni le coût. Il inscrit en revanche officiellement cette hypothèse dans la programmation militaire, ce qui constitue l’une des principales évolutions pour le territoire.
Des engagements qui s’ajoutent à ceux de 2023
La précédente loi de programmation militaire prévoyait déjà un renforcement conséquent de la présence française à Mayotte. Adoptée en 2023, elle annonçait 100 militaires supplémentaires, soit une augmentation de 25 %, un nouveau moyen de transport amphibie ainsi qu’une présence comprise entre 150 et 200 jours par an d’un bâtiment hauturier dans la zone d’ici 2027. Elle prévoyait également un effort sur les infrastructures portuaires et, à l’horizon 2030, la possibilité de renforcer les moyens par voie aérienne grâce à la présence d’A400M dans l’océan Indien.
L’actualisation de 2026 ne remet pas en cause ces objectifs mais les complète après Chido. Le nouveau texte indique que l’effort consacré aux infrastructures portuaires et aux capacités d’intervention de la Marine nationale à Mayotte est « conforté ». Lors des débats au Sénat, le Gouvernement a précisé que le ponton de la Marine en Petite-Terre devait notamment être reconstruit en 2027 et que le renouvellement des vedettes de gendarmerie maritime et du moyen de transport amphibie restait prévu. Il a également indiqué que la capacité d’accueil de renforts par voie aérienne serait consolidée et que le port de Longoni pourrait être utilisé ponctuellement pour recevoir des bâtiments de plus grande taille.
Drones ou ballons pour surveiller les approches
La surveillance maritime constitue l’autre évolution directement consacrée à Mayotte. La loi prévoit le lancement, dans un délai d’un an, d’études sur le recours à des drones ou à des ballons pour surveiller les approches de l’archipel. Le texte s’appuie sur les dégâts causés par Chido et les « enjeux migratoires » auxquels le territoire est exposé.
Cette disposition trouve son origine dans un amendement de la députée Estelle Youssouffa, qui demandait initialement le renouvellement progressif des moyens de surveillance et le renforcement des radars. Le Gouvernement avait modifié la rédaction pour privilégier des études sur les drones ou les ballons. Dans son argumentaire, il reconnaissait que Chido avait dégradé le réseau de radars côtiers, tout en rappelant que les moyens navals prévus comprennent notamment les patrouilleurs outre-mer basés à La Réunion, les vedettes de gendarmerie maritime présentes à Mayotte et des avions de surveillance maritime déployés en renfort.
En revanche, la loi ne prévoit pas l’affectation permanente d’un patrouilleur outre-mer exclusivement à Mayotte. Une proposition en ce sens avait été déposée au Sénat mais n’a pas été retenue.
36 milliards d’euros supplémentaires pour les armées
Au niveau national, l’évolution est avant tout budgétaire. L’État ajoute 36 milliards d’euros à la trajectoire prévue entre 2026 et 2030. Les crédits de paiement de la mission « Défense », initialement programmés à environ 400 milliards d’euros sur la période 2024-2030, atteignent désormais 435,7 milliards. Pour la seule année 2027, l’enveloppe passe par exemple de 56,9 à 63,3 milliards d’euros.
Ces moyens supplémentaires doivent accélérer les investissements dans les munitions, les drones, la défense sol-air et la lutte anti-drones, la guerre électronique, l’espace, les frappes à longue distance, l’aviation de combat et de transport ou encore le combat naval. Les effectifs doivent également progresser pour atteindre 275.000 équivalents temps plein au ministère de la Défense en 2030.
Les outre-mer sont plus largement désignés comme une priorité. La loi prévoit d’y renforcer les moyens humains, matériels et technologiques permanents afin de mieux surveiller les espaces terrestres, aériens et maritimes, les zones économiques exclusives ainsi que les infrastructures et communications stratégiques.
Autre changement majeur : la loi crée un nouveau service national militaire fondé sur le volontariat. Les jeunes Français pourront signer entre 18 et 26 ans un contrat de dix mois, non renouvelable, avec le statut de militaire. La montée en puissance prévue est progressive, de 3.000 appelés en 2026 à 10.000 en 2030.
La loi crée enfin un nouvel « état d’alerte de sécurité nationale », qui pourra être déclenché par décret en conseil des ministres face à une menace grave et actuelle. Ce régime permettra notamment d’accélérer temporairement certaines procédures concernant les marchés publics, les infrastructures militaires, l’urbanisme, l’environnement, les transports ou les communications. Sa prolongation au-delà de deux mois devra être autorisée par le Parlement.
Pour Mayotte, l’actualisation de la programmation militaire marque donc une évolution de la place accordée au territoire dans la stratégie française dans l’océan Indien. Les moyens annoncés en 2023 restent programmés, mais s’y ajoutent désormais la reconstruction post-Chido, de nouveaux outils de surveillance maritime et surtout l’étude d’une nouvelle base. Plusieurs de ces avancées restent cependant à concrétiser : la loi fixe des orientations et des études, sans encore arrêter le format, le financement ou le calendrier d’une éventuelle nouvelle implantation militaire.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.



































