En prévision de la venue prochaine d’Édouard Philippe, puis de Sébastien Lecornu à Mayotte, Flash Infos s’est offert un micro-trottoir dans les rues de Mamoudzou pour recueillir les attentes de la population et les principaux sujets qu’elle souhaite voir défendus par ses élus à cette occasion. Résultat édifiant : l’expression est sans détour.
Les visites annoncées d’Édouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, comme celle de l’actuel chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, donnent lieu à de nombreuses interrogations au sein de la société civile mahoraise. Dans les rues, sur la barge, dans les places publiques, les mosquées, sur les réseaux sociaux, au bord de mer ou dans les restaurants-bistrots, les commentaires vont bon train depuis 48 heures.
Contre toute attente, ce n’est pas tant le choix de ces deux personnalités de se rendre à Mayotte qui est au centre des interrogations, mais plutôt l’incapacité, subie ou désirée, des responsables politiques du territoire à parler au nom de leurs concitoyens, à transmettre les véritables doléances de la population, ainsi que les attentes multiples et variées face aux difficultés propres à l’île, aux décideurs présents ou futurs de la Nation.
La refondation post-Chido est naturellement sur toutes les lèvres et concentre à elle seule les préoccupations de la plupart des commentateurs de ces deux visites annoncées. Nos légitimes élus, issus du choix librement exprimé par nos populations dans les urnes, n’ont pas bonne presse par les temps qui courent. Pas davantage dans le monde économique, et encore moins auprès de la multitude de syndicats, collectifs de citoyens et autres corporations qui souffrent cruellement de leur manque d’intérêt pour leur sort.
Il invite les élus d’hier et d’aujourd’hui à interroger leur conscience profonde et leur moi
« On dirait qu’une malédiction plane sur l’île depuis les accords de l’an 2000, censés changer le cap et améliorer notre vie quotidienne. Au lieu de cela, nous ne récoltons que des clous, pour ne pas dire des malheurs collectifs. J’invite les élus d’hier et ceux d’aujourd’hui à interroger leur conscience profonde, à sonder le fond de leur moi et à dire ensuite aux Mahorais qu’ils ont tous failli à leur devoir moral par manque de sincérité vis-à-vis de nos populations. »
Chakri Mohamed Badrouddine Soumaïla est sans concession à l’égard des élus locaux, qu’il rend seuls responsables de la situation chaotique dans laquelle évolue Mayotte depuis douze ans. Opposition comme majorité, d’hier et d’aujourd’hui, il place tout le monde dans le même casier.
« En vérité, nous nous apercevons que c’est un véritable panier à crabes où chacun ne vaut pas mieux que l’autre. Le mensonge et les intérêts personnels priment sur le désarroi et les tribulations des Mahoraises et des Mahorais. Et dans ce tableau, nous n’avons pas de branche d’arbre solide à laquelle nous agripper. La tromperie est devenue la règle admise chez nos élus, comme du côté des gouvernants parisiens. Il n’y a pas de mot adapté pour décrire la situation que nous vivons sur cette île. L’espoir ne nous fait plus vivre, car les jeunes générations qui aspirent aux hautes fonctions électives n’ont pas d’autres rêves que de faire perdurer la chasse aux intérêts personnels et partisans. »
L’expression du bonheur simple du maire de Koungou fait des adeptes dans les rues de Mamoudzou
Ce constat est également partagé par une femme. Il nous est livré lors d’un micro-trottoir dans les rues de Mamoudzou, sur la place de la République, par Daourina Ali Hamada, qui se dit citoyenne de la commune de Bandraboua.
À l’emplacement de l’ancien marché de la ville chef-lieu, juste en contrebas de l’hôtel du Département-Région, Halidina Fahad Moussa profite de l’ombre protectrice des grands arbres qui bordent l’espace aménagé en jardin d’enfants. C’est aussi le lieu préféré d’autres composantes de la société, parmi lesquelles des citoyens démunis ou laissés pour compte par ceux qui exercent le pouvoir à seulement un mètre à vol d’oiseau.
Avec d’autres compères, il profite de la vie, « le bonheur simple, comme dirait Raos, le maire de Koungou », renchérit-il avec humour.
« De ces élus, j’en connais qui auront droit à de grandes surprises aux élections de 2028. Nous allons tout nettoyer et ils verront comment, à son tour, le Mahorais d’en bas va se moquer d’eux. Bye-bye la vie de château dans les hôtels de luxe et les places en club dans les avions d’Air Austral. Nous allons donner un coup de balai et ce sera retour à la case départ. »
Lui, au moins, a le privilège de ne pas prendre de gants dans ses déclarations.
« Qu’ils pensent ce qu’ils veulent de moi, je m’en fous, autant qu’ils se foutent de nous lorsqu’ils s’obstinent à prendre des décisions opposées à nos attentes, nous qui les avons élus et leur avons permis d’occuper ces places. »
À propos de la visite du Premier ministre Sébastien Lecornu dans l’île à la fin du mois, comme de la pléthore de représentants des candidats à la succession d’Emmanuel Macron — ou de leur propre personne —, son appréciation est sans détour :
« Qu’ils nous laissent en paix. Nous vivrons mieux sans eux, à la belle étoile s’il le faut, comme après Chido, sans eau, électricité ni télécommunications fiables, comme nous le faisons tous les jours depuis plusieurs années. Qu’ils se gardent leurs promesses électorales bidon. Le Mahorais a compris la leçon, il n’est pas plus con que les autres Français. »
Limpide est la franchise. Elle n’appelle aucun commentaire supplémentaire.
Point n’est besoin d’avoir fait de hautes études pour avoir la capacité de se faire entendre d’une haute personnalité de l’État
Il revient, courroucé, sur l’épisode du passage à Mayotte de François Bayrou dans les jours qui ont suivi le passage de Chido, en décembre 2024. Il estime que le président de l’Assemblée de Mayotte a eu tort d’avoir voulu conserver la couverture médiatique à sa seule personne.
Il confie avoir du mal à comprendre que la personnalité la plus importante du territoire puisse craindre que la société civile lui vole son leadership en pareille circonstance.
« La principale raison qui a conduit nos parents et nos grands-parents à choisir de rester Français, c’est la libre expression de tous, sans craindre de quelconques représailles.
Alors que ces élus nous expliquent pourquoi, eux, craignent de porter nos doléances auprès des ministres et du chef de l’État. Pourquoi se plaignent-ils sans cesse d’être inaudibles à Paris ? S’ils sont incapables de faire le job pour lequel nous leur avons donné mandat, alors qu’ils cèdent la place à d’autres, plus audacieux. Les Mahorais veulent des résultats positifs, pas des enfantillages ! »
Traduit dans un langage accessible à tous, il explique que les Mahorais ont besoin de moyens financiers importants pour retrouver le niveau de vie, l’aisance matérielle et les conditions sanitaires qu’ils connaissaient avant le 14 décembre 2024. Et, selon lui, il n’est pas nécessaire d’avoir fait de grandes écoles pour porter ce message au Premier ministre Sébastien Lecornu ou à tout autre prétendant à l’occupation du palais de l’Élysée.
Journaliste politique & économique


































