À quelques jours de la rentrée, la question de la garde des tout-petits revient au centre des préoccupations de nombreuses familles mahoraises. Alors que les écoles se préparent à accueillir les élèves, une autre rentrée se joue dans les crèches et les structures de petite enfance. Pour les parents d’enfants âgés de quelques mois à trois ans, trouver une place reste souvent un véritable parcours du combattant.
À Mayotte, les besoins sont particulièrement importants. Le territoire connaît une population jeune et une forte demande de services liés à la petite enfance. Pourtant, l’offre d’accueil demeure encore largement insuffisante. Selon les chiffres présentés en 2025, Mayotte comptait 22 crèches pour 17 collectivités, représentant environ 370 places. La moitié des structures étaient alors des micro-crèches de moins de douze places et seulement une minorité relevait directement des communes.
Une rentrée qui inquiète les parents
Pour beaucoup de familles, la rentrée ne signifie pas seulement acheter les fournitures scolaires ou préparer les cartables des plus grands. Elle signifie aussi trouver une solution pour les bébés et les jeunes enfants.
Une place en crèche peut permettre à un parent de reprendre son emploi, de suivre une formation ou de rechercher un travail. Lorsqu’aucune place n’est disponible, toute l’organisation familiale peut être remise en question.
À Mayotte, cette situation est d’autant plus importante que les solutions alternatives restent limitées. La garde par la famille occupe encore une place importante dans le quotidien de nombreuses familles, tandis que l’accueil individuel par des assistantes maternelles reste encore peu développé.
Un article consacré au projet de crèche familiale Wasafiri indique ainsi que le taux de couverture de l’accueil du jeune enfant à Mayotte ne dépasse pas 3 %, contre environ 60 % dans l’Hexagone. Le développement des assistantes maternelles constitue donc l’une des pistes envisagées pour répondre au manque de places.
Mamoudzou veut renforcer son offre
À Mamoudzou, la situation illustre bien les difficultés rencontrées par le territoire. En août 2025, la commune a posé la première pierre de sa toute première crèche municipale, dans le quartier de M’Gombani.
La future structure doit pouvoir accueillir 24 enfants âgés de 0 à 3 ans et son ouverture est prévue pour la rentrée 2026. Le bâtiment, d’environ 350 m², doit comprendre plusieurs unités adaptées aux différentes tranches d’âge, des espaces de jeux communs ainsi qu’un jardin pédagogique.
Le projet représente un investissement de 2,25 millions d’euros. Il prévoit également des équipements permettant de mieux faire face aux contraintes du territoire, notamment un système de stockage d’eau potable et de récupération des eaux de pluie.
Cette ouverture constitue une avancée pour les familles de Mamoudzou, mais elle ne permettra évidemment pas de répondre à elle seule à l’ensemble des besoins.
La commune comptait encore récemment plusieurs structures associatives, tandis qu’une crèche située dans le secteur des 100 Villas avait été endommagée par le cyclone Chido et n’avait pas encore rouvert au moment des informations publiées en 2025. D’autres projets municipaux étaient également annoncés, notamment une structure de 40 berceaux à Kawéni.
« On ne sait jamais si on aura une place »
Pour comprendre les difficultés vécues par les familles, il suffit d’écouter les parents qui cherchent une solution de garde.
« Pour nous, la rentrée commence bien avant le mois de septembre. Dès que nous avons su que notre enfant allait avoir l’âge d’entrée en crèche, nous avons commencé à nous renseigner. On appelle, on dépose des dossiers, on attend. Mais on ne sait jamais si une place va se libérer. »
« Le problème, c’est que lorsqu’on travaille, on ne peut pas simplement attendre. Il faut organiser les horaires, trouver quelqu’un pour garder le bébé et parfois demander de l’aide à la famille. Quand on n’a personne autour de soi, c’est encore plus compliqué. »
« Nous voulons surtout une solution stable. Ce n’est pas seulement une question de garde. On veut savoir que notre enfant est dans un endroit sécurisé, avec des professionnels, pendant que nous sommes au travail. »
Les professionnels au coeur du dispositif
Derrière la question des bâtiments et du nombre de berceaux se trouve également celle des professionnels de la petite enfance.
Une crèche ne peut fonctionner sans auxiliaires, éducateurs de jeunes enfants, personnels chargés de l’accueil et de l’accompagnement quotidien. Le développement de l’offre doit donc aller de pair avec la formation et le recrutement de professionnels.
À Mayotte, l’Institut régional du travail social prévoit d’ailleurs une nouvelle rentrée en septembre 2026 pour la formation d’éducateur de jeunes enfants. Cette formation doit permettre de renforcer progressivement les compétences disponibles sur le territoire.
Le développement des métiers de la petite enfance peut également représenter une opportunité d’insertion professionnelle, notamment pour les femmes qui souhaitent revenir vers l’emploi.
C’est justement l’un des objectifs du projet porté par Wasafiri. L’association souhaite mettre en place un modèle de crèche familiale permettant à des assistantes maternelles agréées d’exercer dans un cadre accompagné, avec des temps d’activités, de formation et d’échange.
Les assistantes maternelles, une piste pour augmenter les places
Le développement de l’accueil individuel pourrait constituer une réponse complémentaire aux crèches collectives.
À Mayotte, le métier d’assistante maternelle a été officiellement reconnu récemment. Plus d’une centaine de personnes auraient suivi une formation, mais moins d’une vingtaine exerçaient réellement le métier, selon les responsables du projet Wasafiri cités par Les Pros de la Petite Enfance. Parmi les difficultés évoquées figurent notamment les conditions de logement, les démarches administratives et la méconnaissance du métier par certaines familles.
Le principe de la crèche familiale permettrait justement de sécuriser davantage cette activité. Les professionnelles pourraient bénéficier d’un accompagnement et de lieux dédiés pour organiser des activités avec les enfants.
Cette solution ne remplacerait pas les crèches classiques, mais elle pourrait permettre d’élargir progressivement l’offre d’accueil.
Un enjeu pour l’emploi des parents
La question des crèches dépasse donc largement le domaine de la petite enfance.
Pour une mère ou un père qui souhaite travailler, l’absence de solution de garde peut devenir un véritable frein à l’emploi. Une place en crèche peut permettre d’accepter un poste, de respecter des horaires professionnels ou de suivre une formation.
À l’inverse, lorsqu’une famille doit s’organiser seule pour garder un bébé, l’un des parents peut être contraint de réduire son activité professionnelle ou de renoncer temporairement à travailler.
Le développement des structures d’accueil peut donc avoir des conséquences directes sur l’emploi et sur l’autonomie économique des familles.
Des efforts qui doivent se poursuivre
L’ouverture annoncée de nouvelles structures montre que la question commence à être davantage prise en compte. Mais avec seulement quelques centaines de places disponibles pour l’ensemble du territoire, le chemin reste important.
La première crèche municipale de Mamoudzou représente un symbole fort. Elle montre que les collectivités peuvent investir directement dans la petite enfance et proposer des solutions adaptées aux réalités locales.
Mais les familles attendent désormais que d’autres projets suivent.
Dans les quartiers de Mamoudzou comme dans les autres communes de l’île, la demande ne concerne pas uniquement les places disponibles aujourd’hui. Elle concerne aussi les années à venir.
Une rentrée sous le signe de l’attente
Pour les parents, la rentrée 2026 sera donc à la fois une période d’espoir et d’incertitude. Espoir pour ceux qui obtiendront une place, incertitude pour ceux qui devront encore chercher une solution.
Le développement des crèches à Mayotte représente un enjeu essentiel pour les enfants, mais aussi pour leurs parents et pour l’ensemble du territoire.
Les jeunes enfants ont besoin d’un accueil sécurisé, adapté à leur âge et encadré par des professionnels. Les parents, eux, ont besoin de pouvoir travailler, se former et construire leur avenir sans que la garde de leur enfant devienne un obstacle insurmontable.
La rentrée 2026 pourrait ainsi marquer une nouvelle étape dans le développement de la petite enfance à Mayotte. L’ouverture de la crèche municipale de M’Gombani, les projets annoncés dans d’autres quartiers et les initiatives autour des assistantes maternelles constituent des signes encourageants.
Mais pour répondre réellement aux besoins des familles, il faudra poursuivre les investissements, former davantage de professionnels et multiplier les solutions d’accueil.
À Mayotte, la question des crèches n’est donc pas seulement celle de quelques dizaines de berceaux supplémentaires. C’est une question de politique familiale, d’emploi, d’égalité des chances et d’avenir pour les enfants du territoire.


































