Écriture, chant, percussions, arts plastiques ou encore musique assistée par ordinateur : durant le mois d’août, le musicien El-Had et son équipe organisent à Mayotte une série d’ateliers artistiques autour du vécu du cyclone Chido. Baptisé « Mila Zema », le projet doit se poursuivre en octobre avec un important volet consacré au bien-être et à la santé.
« La culture au service du bien-être » : c’est le sens de “Mila Zema”, en shimaoré comme en kibushi, et toute la philosophie du projet porté par le musicien El-Had et son groupe. À l’origine de l’initiative, il y a l’Utende, l’art oratoire mahorais, remis au goût du jour par le musicien El-Had il y a plusieurs années et repris ensuite par plusieurs autres musiciens de l’île. “L’Utende place d’Humain au centre de toute chose et véhicule des valeurs de partage et de respect de l’autre”, explique-t-il.
Si “l’existentialisme est un humanisme” selon Sartre, l’Utende en est donc un autre selon El-Had. “C’est la raison pour laquelle mon groupe El-Had Dalane ainsi que plusieurs autres musiciens avons voulu à l’origine monter un projet pour apporter une réponse culturelle à la population après le passage dévastateur du cyclone Chido”, développe-t-il.
Le projet initial était simple : se rendre dans les différentes intercommunalités de Mayotte et offrir un espace où les habitants pourraient raconter ce qu’ils ont vécu pendant le cyclone, leurs témoignages étant entrecoupés de moments musicaux. Mais, au fil des échanges avec les différents partenaires, Mila Zema a pris de l’ampleur. Sollicitée par les organisateurs, l’Agence régionale de santé (ARS) a notamment proposé d’ajouter à l’événement une dimension consacrée au bien-être. Le projet s’est ainsi progressivement construit autour de deux axes complémentaires : la culture pour permettre l’expression du vécu de Chido, qui s’est également élargie à d’autres arts que la simple musique, et des acteurs de la santé et du bien-être pour accompagner les habitants.
Créer en août, restituer en octobre
Initialement envisagée dès juillet, l’opération a finalement démarré en août. “Il nous a fallu plus de temps que prévu pour démarrer le projet et certaines intercommunalités n’ont malheureusement pas souhaité nous soutenir en invoquant un manque de moyens”, explique El-Had. “C’est alors que la DAC, qui nous a indiqué “ne pas aimer financer les évènements “one shot”, nous a proposé de faire une première partie en août avec uniquement les ateliers artistiques et de faire une deuxième partie en octobre avec une restitution des œuvres et un volet bien-être”, détaille-t-il. “Aussitôt dit, aussitôt fait” et les artistes du projet ont d’ores et déjà mené à bien 2 étapes les 2 premières semaines d’août, dans les villages de Bandraboua et de Chiconi. Les prochaines éditions sont prévues les mardi 18 et mercredi 19 août à Pamandzi et les vendredi 21 et samedi 22 août à Passamaïnty.
Cinq grandes familles d’activités sont proposées : écriture, chant, percussions, musique assistée par ordinateur, relaxation et arts plastiques. L’objectif ne consiste pas simplement à occuper petits et grands pendant les vacances. Chaque participant est invité à traduire artistiquement son expérience de Chido, à mettre en mots, en sons, en voix ou en images ce qu’il a vécu. Les productions réalisées cet été serviront ensuite de matière à la seconde partie de Mila Zema, prévue en octobre. Les journées devraient alors s’organiser en deux temps : bien-être et santé le matin, avec la participation d’associations et de professionnels, parmi lesquels des psychologues, mais également des intervenants autour du massage, des plantes médicinales ou d’autres pratiques liées au bien-être. L’ARS, qui ne finance pas directement Mila Zema, assure la mise en relation avec ces structures, qu’elle accompagne par ailleurs. L’après-midi permettra aux participants de restituer les créations réalisées lors des ateliers d’août, toujours autour du vécu du cyclone, et entrecoupées de séquences musicales. La présence de psychologues doit également permettre d’accompagner ceux chez qui l’évocation de Chido ferait ressurgir des traumatismes.
Une “bouffée d’air frais” pour les gens qui n’ont pas quitté le territoire
Les deux premières étapes, organisées à Bandraboua puis à Chiconi, ont déjà permis de mesurer l’intérêt suscité par l’initiative. Environ une cinquantaine de personnes ont participé à chacune des sessions de deux jours. Enfants et adultes étaient au rendez-vous, avec un même regret : devoir s’arrêter si vite. Une frustration qui met aussi en évidence le manque d’activités proposées pendant les grandes vacances à Mayotte. Les participants auraient volontiers poursuivi les ateliers, tout comme les artistes chargés de les encadrer. Mila Zema est ouvert à tous, sans limite d’âge. Les personnes âgées, encore peu présentes lors des premières dates, sont, elles aussi, invitées à rejoindre les ateliers.
10 000 euros accordés, mais toujours attendus
Derrière les ateliers se pose aussi l’épineuse question du financement. La Direction des affaires culturelles (DAC) de Mayotte a accordé une enveloppe de 10 000 euros au projet. Mais alors que deux étapes ont déjà eu lieu, son versement est toujours “en cours”. Pour les organisateurs, ce décalage entre le calendrier des actions et celui des subventions constitue une difficulté très concrète. Les artistes et intervenants doivent engager des dépenses pour mener les ateliers alors même que l’argent accordé n’est pas encore disponible. El-Had et son équipe ont donc fait le choix d’avancer avec les moyens dont ils disposent, en limitant les dépenses afin de ne pas s’endetter, quitte à se rembourser une fois la subvention effectivement versée.
Une situation qui dépasse le seul cas de Mila Zema et illustre les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les porteurs de projets associatifs et culturels : les actions doivent avoir lieu à une date précise, tandis que les financements arrivent parfois bien plus tard. La Fondation de France a également été sollicitée. Le projet ayant évolué depuis sa conception initiale, le montant de son éventuelle participation reste encore à déterminer.
Malgré ces contraintes, Mila Zema poursuit sa route. Avec, derrière les ateliers artistiques proposés cet été, une ambition qui dépasse la simple pratique culturelle : permettre aux Mahorais de raconter Chido autrement, ensemble, avant de prolonger en octobre ce travail de création par un accompagnement tourné vers le bien-être.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.



































