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Après avoir atteint un point haut en 2022, le taux de recours à l’interruption volontaire de grossesse diminue à Mayotte pour la troisième année consécutive. Si le nombre d’IVG est légèrement reparti à la hausse en 2025, le nombre d’interruptions rapporté à la population des femmes de 15 à 49 ans continue de reculer.
En 2025, 1 600 IVG ont été enregistrées à Mayotte, selon les données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), publiées ce mardi 22 septembre.
Le nombre d’interruptions volontaires de grossesse était de 1 506 en 2021, avant d’atteindre un pic de 1 698 en 2022. Il est ensuite redescendu à 1 649 en 2023 et 1 564 en 2024, avant de remonter légèrement en 2025.
Mais le nombre d’IVG ne suffit pas à comparer les années entre elles. La Drees utilise aussi le taux de recours à l’IVG, qui correspond au nombre d’IVG rapporté au nombre de femmes âgées de 15 à 49 ans. Il permet donc de tenir compte de la taille de la population féminine concernée.
À Mayotte, ce taux était de 20,3 pour 1 000 femmes en 2021, puis de 22,1 pour 1 000 en 2022, 20,7 pour 1 000 en 2023, 19,0 pour 1 000 en 2024 et enfin 18,9 pour 1 000 en 2025. Ainsi, même si 36 IVG supplémentaires ont été enregistrées en 2025 par rapport à l’année précédente, le taux de recours a très légèrement diminué.
Pour comparer les territoires en tenant compte de leur structure d’âge, la Drees utilise également un taux standardisé. Cette méthode permet de neutraliser les différences liées à leur répartition par âge. En 2025, ce taux atteint 18,0 pour 1 000 femmes à Mayotte, contre 17,0 pour 1 000 en France métropolitaine et 33,0 pour 1 000 dans l’ensemble des départements et régions d’outre-mer (DROM).
Un taux de recours élevé chez les mineures
Mayotte se distingue toutefois sur certains indicateurs. Chez les mineures, le taux de recours à l’IVG atteint 11,7 pour 1 000 à Mayotte, contre 5,5 pour 1 000 en France métropolitaine. Un autre indicateur témoigne du poids des grossesses chez les adolescentes sur l’île : en 2025, 410 enfants sont nés d’une mère mineure à Mayotte, soit 4,5 % des naissances. Ils étaient 420 en 2024. Une centaine de ces naissances concernaient des mères âgées de moins de 16 ans. Dans l’Hexagone, les mères mineures représentent 0,3 % des naissances.

Autre particularité : les IVG réalisées entre 12 et 16 semaines d’aménorrhée représentent 8,6 % de l’ensemble des IVG à Mayotte, contre 5,0 % en France métropolitaine. Les semaines d’aménorrhée correspondent au nombre de semaines écoulées depuis le premier jour des dernières règles.
Cette proportion plus élevée montre que les IVG à un terme avancé occupent une place plus importante à Mayotte qu’en métropole. Elle peut notamment conduire à s’interroger sur le moment auquel certaines femmes accèdent à l’information, découvrent leur grossesse ou entrent dans un parcours de soins. Les données de la Drees ne permettent toutefois pas d’établir les causes de cet écart.
Depuis 2022, le délai légal de recours à l’IVG en établissement de santé a été porté de 14 à 16 semaines d’aménorrhée. À l’échelle nationale, la Drees estime que les IVG réalisées à partir de 14 semaines d’aménorrhée représentent entre 2 % et 3 % des IVG hospitalières en 2025. Ces données montrent donc que les prises en charge à un terme plus avancé restent minoritaires, même si elles sont plus fréquentes dans les DROM qu’en métropole.
Une partie des IVG réalisées en dehors de l’hôpital
Toutes les IVG ne sont pas réalisées à l’hôpital. Une IVG médicamenteuse consiste à interrompre une grossesse à l’aide de médicaments, sans intervention chirurgicale. Elle peut notamment être réalisée en cabinet médical ou dans un centre de santé.
À Mayotte, en 2025, 1 119 IVG ont été réalisées dans un établissement de santé, principalement à l’hôpital, contre 481 hors établissement : 477 en cabinet libéral et 4 en centre de santé ou centre de santé sexuelle. Les IVG réalisées hors établissement représentent ainsi environ 30 % du total.
Cette organisation des soins s’inscrit dans une évolution nationale : en France, 81 % des IVG sont médicamenteuses en 2025 et 47 % sont réalisées en dehors d’un établissement de santé.
Une baisse qui ne dit pas tout du recours à l’IVG
La baisse du taux de recours ne permet pas, à elle seule, de mesurer le non-recours, c’est-à-dire les situations dans lesquelles une femme souhaite interrompre sa grossesse mais n’accède pas à une IVG. Les données de la Drees comptabilisent les interruptions réalisées et ne permettent pas de savoir combien de demandes éventuelles n’aboutissent pas.

À Mayotte, plusieurs facteurs peuvent toutefois éclairer le contexte dans lequel s’inscrit le recours à l’IVG, notamment l’accès à l’information, à la contraception et aux soins de santé sexuelle et reproductive. Des acteurs locaux évoquent également le tabou qui entoure encore la sexualité et l’IVG, susceptible de compliquer la recherche d’information ou certaines démarches. Le poids de ces différents facteurs dans l’évolution du recours reste impossible à mesurer à partir des seules statistiques disponibles.
Les autres DROM affichent des taux de recours plus élevés
En 2025, le taux de recours à l’IVG standardisé sur l’âge atteint 33,0 pour 1 000 femmes de 15 à 49 ans dans l’ensemble des DROM, contre 17,0 en France métropolitaine.
La Guadeloupe affiche le taux le plus élevé, avec 48,9 IVG pour 1 000 femmes, devant la Guyane (46,1), la Martinique (35,5) et La Réunion (27,6).
Chez les 15-17 ans, les écarts sont également marqués. Le taux de recours atteint 26,6 pour 1 000 en Guyane et 18,6 en Guadeloupe. Il s’établit à 14,3 en Martinique, 13,0 à La Réunion contre 5,5 en France métropolitaine.



































