Lecornu à mayotte : la visite qui sent déjà la Présidentielle

Première visite officielle de Sébastien Lecornu à Mayotte à la fin de ce mois. Les services de l’Hôtel de Matignon auraient annoncé à plusieurs médias nationaux, dont Le Figaro, l’AFP, Le Monde et Ouest-France, que le chef du gouvernement se déplacera sur le territoire du 26 au 27 août 2026. Au menu de son programme : la reconstruction post-cyclone Chido, la lutte contre l’immigration clandestine, la rentrée des classes 2026-2027, l’accès aux soins, ainsi que les projets d’infrastructure et de transport.

Un déplacement dans l’archipel qui interroge en raison de sa soudaineté et de sa proximité avec la visite du candidat de centre droit, Édouard Philippe, qui achèvera la veille sa première visite dans l’archipel. Faut-il y voir une relation de cause à effet ?

Sébastien Lecornu en déplacement à Mayotte, c’est la dernière information palpitante du moment, reprise en chœur par tous les médias nationaux et régionaux en fin de semaine dernière. Du Figaro — qui a été le premier à l’annoncer — en passant par Le Monde, Ouest-France, les agences de presse spécialisées dans l’actualité ultramarine, les médias en ligne et j’en passe, tout le monde titre sur ce déplacement annoncé comme très politique.

Un qualificatif qui lui est attribué parce qu’il interviendrait à la fin de ce mois d’août 2026, juste au lendemain du passage sur l’île d’Édouard Philippe, premier candidat de droite déclaré à l’élection présidentielle de 2027 à avoir choisi de démarrer sa quête de voix dans les Outre-mer, à La Réunion et à Mayotte, du 24 au 25 août inclus.

Comme par effet de magie ou de contagion — style virus Ebola — voilà que le Premier ministre de France se souvient enfin qu’il existe un département nommé Mayotte, un département en souffrance absolue depuis le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024.

Cette annonce pourrait être classée dans la catégorie « blague de la semaine » si la vie quotidienne des Mahorais ne s’apparentait pas à une gymnastique quotidienne pour la survie, au milieu d’une multitude de crises et de sous-crises chroniques : l’eau très souvent absente du robinet, une économie moribonde avec des entreprises aux trois quarts menacées de dépôt de bilan, un système de santé en proie à un effondrement sans précédent qui ne dit pas son nom.

Très longue est la liste des privations auxquelles se trouve soumis l’archipel, 101e département français, qui est passé d’une terre de résilience en 2025 à un pays de résignés l’année d’après. À force d’imiter « sœur Anne », scrutant l’horizon sans jamais rien voir arriver, les populations locales ont fini par déchanter et se résigner à l’idée qu’elles étaient les oubliées de la République, les non-ayants droit au chapitre de la solidarité nationale.

S’il y en a pour l’Ukraine et les anciennes colonies françaises d’Afrique, ce n’est assurément pas le cas pour les Mahoraises et les Mahorais, auxquels les gouvernements macroniens successifs ont imposé une disette absolue en leur appliquant la méthode Coué pour les convaincre d’accepter le triste sort que Paris leur réserve.

Des Mahorais très sceptiques quant aux retombées de cette visite du Premier ministre sur le territoire

« Tout est en train de s’effondrer, mais Emmanuel Macron nous demande de nous estimer heureux d’être des citoyens français, sous-entendu que notre sort pourrait être pire s’il en était différemment », note avec une dose d’humour noir Ibrahim Madi Halifa au cours d’une traversée en amphidrome, hier matin, dimanche, entre Mamoudzou et le rocher de Dzaoudzi.

« À 67 ans, je pensais avoir tout vu s’agissant de l’indécence des hommes politiques, mais, ce coup-ci, c’est un grand chapeau qu’il faut leur attribuer, à tous d’ailleurs, quelle que soit la tendance politique qu’ils représentent. Ils pensent que le Mahorais est dupe dans cette désorganisation organisée de son territoire, mais ils se trompent. Ils font seulement preuve d’une grande dignité d’âme qui, visiblement, est inconnue de ces politiciens. »

Wawouuu, quelle douche froide !

Poursuivant sa tirade, il énumère une liste longue comme le boulevard des Crabes qu’il va emprunter pour retourner à son logis dès qu’il aura débarqué de la barge : cherté de la vie, alors que le Département de Mayotte verse plusieurs millions d’euros chaque année aux grandes surfaces pour atténuer les prix de certaines denrées alimentaires de première nécessité.

« Malgré cela, le sac de 10 kilos de viande bovine importée du Mercosur est inaccessible aux familles les plus modestes, son prix avoisine aujourd’hui les 100 euros ; le kilo de poisson est devenu un produit de grand luxe, rare sur les étals parce que l’État interdit aux pêcheurs de se rendre en mer ; des guerres lointaines chamboulent le marché des importations, devenant un prétexte à une flambée des prix de vente pour quasiment tous les produits. »

Ces déclarations, faites de manière tonitruante, presque un peu provocatrice, n’ont pas manqué d’attirer l’attention des autres passagers de la barge assis à proximité du sexagénaire. Il y a ceux qui s’en gaussent, ceux qui demeurent imperturbables, avec pour seule hâte de voir l’amphidrome toucher terre, et ceux qui saisissent la balle au bond, ajoutant leur zeste de commentaires aux observations du sieur Ibrahim Madi Halifa.

« De toute façon, nous avons tous compris que des temps très durs attendent les Mahorais dans les années à venir. Les pauvres sont appelés à devenir encore plus pauvres et les riches encore plus aisés. C’est la dure loi de la nature : le plus fort piétine le plus pauvre et, malheureusement, nous ne disposons pas d’élus en situation de plaider notre cause commune. Ceux que nous avons élus sont les premiers à se coucher au sol dès qu’un ministre arrive et, au final, tout va encore plus mal une fois qu’il reprend l’avion pour Paris », entonne Alansar Dahalani, de Miréréni-Combani, qui n’a pas perdu une miette des propos de son voisin de banquette.

Une visite aux allures très politiques à quelques mois seulement de l’élection présidentielle

Il resitue l’échange sur la visite désormais annoncée du Premier ministre Sébastien Lecornu à Mayotte et s’interroge sur le sens véritable d’un tel déplacement sur le territoire par les temps qui courent.

« J’ai vu dans le journal qu’il vient les 26 et 27 août pour faire le point sur l’avenir du territoire, autant dire le médecin après la mort de son patient. À l’AFP, il est dit qu’il vient faire un point complet sur la situation de Mayotte après le lancement d’un plan quinquennal à la suite du cyclone Chido. Franchement, c’est du n’importe quoi gouvernemental. Qu’est-ce qui a été fait ici en deux ans, en dehors de spolier les gens de leurs terrains ? Y a-t-il de l’eau ? Y a-t-il de meilleures routes ? Des aides pour les plus démunis ? Où en est le prêt à taux zéro pour la reconstruction de nos maisons ? C’est toujours la même chose lorsqu’ils veulent venir faire du tourisme aux frais des Français », a-t-il tenu à préciser à son auditoire.

« On nous annonce une cascade de mesures qui n’est jamais suivie de faits une fois qu’ils ne sont plus là. On nous envoie des préfets qui appliquent des consignes contraires aux annonces des ministres et le quotidien du Mahorais ne change guère. Je plains ceux qui vont se déplacer pour l’écouter leur dire que les fonds ont été consommés avant même d’arriver à Mayotte par les gendarmes, les pompiers et les supermarchands de rêves. Il a aussi été ministre des Outre-mer et n’a accompli aucun miracle pour les ultramarins ! Aujourd’hui qu’il est à Matignon, il s’en est encore davantage éloigné et, dans quelques mois, il ne sera plus en poste. Alors, pourquoi croirons-nous à ses annonces ?

Le mal est fait. Il nous faut espérer un nouveau pansement de la part du futur chef de l’État, rien de plus. Macron, c’est zéro pointé pour Mayotte. »

D’après les différents médias nationaux qui ont fait état de cette visite de Sébastien Lecornu à Mayotte, il vient aborder les sujets de la reconstruction post-cyclone Chido, de la lutte contre l’immigration clandestine — une arlésienne —, de la rentrée des classes 2026-2027 — alors que les écoles ne sont toujours pas reconstruites —, de l’accès aux soins — dans le plus grand désert médical de France —, ainsi que des projets d’infrastructure et de transport.

Que des sujets qui laissent le Mahorais sceptique quant à la volonté réelle du gouvernement actuel de faire bouger les lignes dans l’archipel. Un désamour profondément prononcé entre les citoyens français du territoire et le chef du gouvernement, qui risque de se traduire en « Trafalgar » électoral pour les troupes du camp présidentiel lors des prochains rendez-vous électoraux de 2027 et 2028.

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