EPIC du port de Longoni : la grille tarifaire qui met le feu aux poudres

À peine rendue publique, la nouvelle grille tarifaire de l’Établissement public industriel et commercial (EPIC) du port de Longoni déchaîne déjà les passions, aussi bien parmi les usagers de la plateforme portuaire que chez les consommateurs. Pour les premiers, il y aurait tromperie sur les promesses qui avaient accompagné le remplacement de Mayotte Channel Gateway (MCG) par l’EPIC, notamment celle d’une baisse des tarifs. Pour les seconds, cette hausse annoncée risque d’alourdir encore davantage une inflation déjà difficilement supportable sur le territoire. Une chose est sûre : le dossier est loin d’avoir livré tous ses rebondissements.

À moins d’un mois de la fin officielle de la délégation de service public (DSP) confiée à Mayotte Channel Gateway (MCG), le port de Longoni revient sur le devant de la scène. En cause, la publication par le Conseil départemental de Mayotte d’une nouvelle grille tarifaire qui semble contredire les arguments avancés jusqu’ici par les élus pour justifier la reprise en régie de cet outil économique stratégique.

Cette nouvelle tarification a immédiatement suscité un tollé chez de nombreux usagers, qui dénoncent le doublement pur et simple de certaines prestations.

« Ce ne sont pas des élus que nous avons à la tête de cette assemblée, mais des ennemis du peuple. Nous sommes fatigués de payer, avec notre argent, les conséquences de leur incompétence. C’est tout simplement de la manipulation de masse à visée malveillante. »

Ces propos particulièrement virulents ont été tenus lundi après-midi par une commerçante de Bouéni, visiblement très remontée, devant le siège des chambres consulaires à Mamoudzou. Au passage, elle n’a pas épargné la presse locale, qu’elle accuse d’être « trop complaisante » envers les responsables politiques.

Plus posée, Halima, une autre usagère du port qui l’accompagnait, explique que certaines prestations actuellement facturées 34 euros pourraient atteindre près de 60 euros avec la mise en place de la nouvelle gestion portée par le président du Conseil départemental, Ben Issa Ousséni.

« Ils nous ont bien eus avec leurs arguments sur les tarifs prétendument excessifs imposés par MCG. Pourtant, le port fonctionnait correctement et les Mahorais le savent. L’EPIC n’est même pas encore officiellement aux commandes qu’on nous montre déjà ce qui nous attend dans un mois. »

Les témoignages recueillis ce jour-là sont nombreux et, pour la plupart, bien plus virulents encore.

Une vague d’indignation

« Le dogmatisme n’a jamais été une solution à un quelconque problème », observe un retraité qui venait d’entendre les échanges entre les deux commerçantes.

Avant d’ajouter :

« Autrefois, à Mayotte, on politisait tous les problèmes. Aujourd’hui, c’est encore pire : on les personnalise. À mon sens, c’est une posture très dangereuse. »

Selon lui, les décideurs locaux auraient manqué de réflexion dans la conduite de ce dossier.

« Ils se sont précipités pour récupérer la poule aux œufs d’or sans réellement savoir comment ils allaient ensuite la gérer. S’ils n’y prennent pas garde, ils pourraient provoquer un mouvement populaire comparable à celui de février 2018 sans même le voir venir. Dans le contexte actuel de Mayotte, c’était probablement l’erreur à ne pas commettre. »

Quelques minutes plus tard, dans un taxi en direction de Cavani, le sujet revient naturellement dans les discussions.

Une passagère dénonce une logique qu’elle juge purement financière.

« Nos élus feraient mieux de travailler plutôt que d’envier ou de vouloir nuire à cette dame sous prétexte qu’elle s’est enrichie à Mayotte. Elle a travaillé pendant plus de quarante ans. Il est donc normal qu’elle ait réussi. »

« Nous avons été manipulés »

À Mtsapéré, terminus de la course, Safina Soula, figure du Collectif Mayotte 2018, livre à son tour son analyse.

« Je suis attristée par la manière dont Mme Nel, la dirigeante de MCG, a été traitée. Le véritable problème dans cette affaire, c’est que les Mahorais ont été manipulés, je ne sais pas par qui. J’ai parfois l’impression que les intérêts défendus depuis la métropole ne sont pas toujours ceux de Mayotte, alors même que nous sommes un département français. »

Elle poursuit : « Si certaines personnes influentes souhaitent qu’elle s’efface progressivement parce qu’elle dérange, elles devraient le faire avec davantage d’humanité. Même si je ne partage pas forcément l’idée qu’elle quitte le port, rien ne justifie de salir son image en la faisant passer pour une voleuse. Elle a servi cette île, participé à l’ouverture du port sur le monde et créé des emplois. On ne peut pas en dire autant de tous les opérateurs qui arrivent aujourd’hui à Mayotte. »

Au cours de son intervention, Safina Soula rappelle longuement les investissements réalisés par MCG pour moderniser le port de Longoni.

« Où étaient l’État et le Département pendant toutes ces années ? Où étaient nos élus ? Dormaient-ils ? »

Une chose apparaît désormais certaine : la publication de cette nouvelle grille tarifaire semble avoir produit l’effet exactement inverse de celui qui était recherché. Le débat autour de la reprise en main du port de Longoni est loin d’être clos, et les prochaines semaines devraient être riches en nouvelles controverses.

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