Climat : le Sénat veut faire des outre-mer des acteurs des négociations internationales

Encore trop peu associés à la diplomatie climatique française, les territoires ultramarins devraient siéger pleinement dans les délégations nationales lors des COP et devenir des points d’appui de la France dans leur environnement régional, estime une mission d’information du Sénat.

Le cyclone Chido, qui a frappé Mayotte en décembre 2024, illustre la forte vulnérabilité des territoires ultramarins face au dérèglement climatique. Dans un rapport consacré à « la diplomatie climatique française à l’épreuve d’un monde en tension », le Sénat appelle à mieux intégrer cette réalité dans la stratégie climatique de la France.

Enregistré le 7 juillet, le document est le résultat de cinq mois de travaux conduits par une mission d’information présidée par le sénateur Rachid Temal et dont Teva Rohfritsch était le rapporteur. Trente-deux auditions ont été menées, notamment celles de l’ancien président François Hollande, de l’ancien président de la COP21 Laurent Fabius et de plusieurs scientifiques. Au total, les sénateurs formulent 34 recommandations.

Dans ce rapport de plus de 200 pages, Mayotte est mentionnée parmi les territoires qui se trouvent « en première ligne ». La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, rappelle que Chido, comme le cyclone Garance à La Réunion en février 2025, a montré « avec brutalité » l’exposition des îles françaises. « Ce ne sont pas des événements exceptionnels […] mais bien des signaux de ce qui nous attend si nous n’agissons pas différemment », avait-elle déclaré devant la mission.

Une saison sèche encore moins arrosée à Mayotte

Les sénateurs insistent notamment sur la vulnérabilité des outre-mer face aux sécheresses. Sur des territoires insulaires, les ressources en eau et les capacités de stockage sont limitées, tandis que l’isolement rend les conséquences des catastrophes plus difficiles à absorber.

Pour Mayotte, les projections reprises dans le rapport annoncent une diminution moyenne d’environ 30 % des pluies pendant la saison sèche d’ici à 2100, par rapport à la période 1991-2020. Une évolution qui risque de rendre encore plus critique l’accès à l’eau.

À ces tensions s’ajoutent les risques cycloniques, l’érosion du littoral, le réchauffement de l’océan et la fragilisation des récifs coralliens. Les sénateurs soulignent également que les vulnérabilités sociales et économiques déjà présentes dans les outre-mer amplifient les conséquences des phénomènes climatiques.

Ils reprennent à ce titre l’expression d’« injustice climatique profonde » employée par Naïma Moutchou : les territoires ultramarins contribuent très peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais figurent parmi ceux qui en subissent les conséquences les plus lourdes.

Une diplomatie jugée « trop hexagonale »

Pour la mission d’information, les outre-mer ne doivent toutefois pas être présentés uniquement comme des victimes du dérèglement climatique. Leur expérience des cyclones, des submersions, de la raréfaction de l’eau et de la protection des espaces marins doit aussi servir à construire la position française dans les négociations internationales.

Le rapport constate pourtant que leur participation demeure insuffisante. Lorsqu’ils sont présents dans les délégations françaises aux grandes conférences climatiques, leur place est encore souvent ponctuelle ou limitée à celle d’observateurs. Les sénateurs appellent donc à sortir d’une approche jugée « trop hexagonale ».

Ils proposent d’organiser, avant chaque COP, une concertation structurée avec les territoires ultramarins. Leurs collectivités devraient également être pleinement intégrées à la délégation française et pouvoir participer aux négociations portant sur leurs compétences ou leur environnement régional.

Pour Mayotte, une telle évolution permettrait notamment de faire entendre les enjeux propres au canal du Mozambique : adaptation du bâti aux cyclones, sécurisation de l’approvisionnement en eau, protection du lagon, biodiversité marine ou encore coopération avec les pays voisins de l’océan Indien.

Des moyens permanents pour monter les projets

La participation aux conférences internationales ne suffira pas, prévient cependant la mission. Elle recommande aussi de créer dans chaque territoire des capacités permanentes d’ingénierie environnementale et climatique.

Ces équipes auraient pour rôle d’aider les collectivités à préparer leurs projets, à coordonner les politiques d’adaptation et à mobiliser les financements nationaux, européens ou internationaux. Un enjeu particulièrement important pour les petites collectivités, qui disposent rarement des personnels nécessaires pour répondre à des appels à projets complexes.

Le mandat d’Expertise France pourrait également être étendu aux territoires ultramarins afin de soutenir cette ingénierie publique. Les sénateurs souhaitent plus largement que les financements internationaux accordent davantage de place à l’adaptation des États insulaires et des pays africains, en associant lorsque cela est possible les territoires français voisins.

Mayotte comme point d’appui dans l’océan Indien

Le Sénat propose enfin de faire des outre-mer des « laboratoires de référence » de l’adaptation climatique. Les solutions développées localement pourraient être reprises ailleurs en France, mais également partagées avec les pays exposés aux mêmes risques.

Dans cette logique, Mayotte pourrait devenir un point d’appui de la diplomatie climatique française dans l’océan Indien et auprès des États africains et insulaires de la région. La stratégie nationale proposée par les sénateurs devrait d’ailleurs intégrer une véritable dimension indo-pacifique, centrée sur la résilience des îles, la sécurité maritime, la biodiversité et l’économie bleue.

Le rapport invite ainsi l’État à ne plus seulement parler des outre-mer lors des sommets climatiques, mais à parler avec eux. Après Chido et face à une ressource en eau appelée à se raréfier, la question est désormais de savoir si cette reconnaissance se traduira par une place réelle dans les négociations et par des moyens supplémentaires sur le terrain.

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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