Dans son rapport annuel, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) dresse le bilan économique de Mayotte pour 2025. L’année de reprise est portée par les chantiers de reconstruction post-Chido et par l’endettement des ménages et des entreprises, plutôt que par une véritable amélioration structurelle.
L’IEDOM présente son rapport annuel économique de Mayotte 2025. L’année de reprise, après le cyclone Chido, est portée par l’argent de la reconstruction et par l’endettement des ménages et des TPE, pas par une amélioration structurelle. La reprise est fragile, l’indice du climat des affaires clôture l’année à 112,8 points, tombé à 99,9 au 2nd trimestre, son niveau le plus bas depuis la crise de l’eau en 2023.
Le BTP était censé porter l’économie. Le secteur affiche des carnets de commandes élevés, mais des réalisations inférieures aux attentes des chefs d’entreprise, et une baisse d’effectifs malgré le volume d’activité. La demande est présente mais la main d’œuvre, la trésorerie ou les matériaux manquent encore. En cause, les chantiers de reconstruction tardent à démarrer, ce qui explique l’écart entre carnets de commandes et réalisations.
La consommation des ménages est en hausse sur l’année, portée par le contexte post Chido (remplacement de biens sinistrés, reconstruction des logements, etc). Mais cette hausse repose largement sur l’endettement plutôt que sur une hausse réelle des revenus. Les encours de crédit à la consommation atteignent +15,8 % (contre +6,1 % en 2024).
Cette ruée de consommation, alliée aux besoins de reconstruction, fait exploser les importations : +21,6 % pour les produits courants, +25,4 % pour les biens d’équipement. La facture globale des importations en 2025 atteint le montant record de plus de 300 millions d’euros. D’après l’IEDOM, ce bond des importations s’explique par un effet de rattrapage après une année 2024 où la population n’avait pas pu/voulu consommer. Les exportations, bien qu’en progression (+28,1%), demeurent quasiment inexistante : le taux de couverture des échanges extérieurs ne dépasse pas 1,4 %. Le déficit commercial franchit 1,1 milliard d’euros sur l’année, soit plus d’un tiers du PIB mahorais en 2025.
Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits recule de 6,1 % en 2025 (15 090 contre 16 070 en 2024), dans toutes les tranches d’âge. Une amélioration dont le rapport lui-même évoque un possible lien avec les départs de salariés après le cyclone, plutôt qu’une vraie reprise de l’embauche. Le signal est d’ailleurs contredit par une autre mesure du même document : le taux de chômage au sens du BIT resté à 29 %, demeure un record national, et 61 000 personnes (soit 36 % de la population en âge de travailler) restent sans emploi ou dans le halo du chômage.
Sur le secteur bancaire, les dépôts progressent de 21,7 % pour la deuxième année d’affilée, les crédits aux entreprises atteignent 867,1 millions d’euros (+7 %), et les crédits à la consommation des ménages bondissent de 15,8 %. Seul le taux de créances douteuses remonte légèrement à 6,6 %, signe que la dette qui alimente cette croissance bancaire commence à peser sur certains emprunteurs.
La loi de refondation promet 4 milliards d’euros d’ici 2031, dont doivent sortir la construction d’écoles et le nouvel aéroport de Bouyouni (chiffré à 1,2 milliard d’euros). Mais sa mise en œuvre bute déjà sur la lenteur des décrets d’application et un contexte budgétaire national orienté vers la baisse des dépenses publiques. L’année 2026 dépendra de la capacité de l’État a effectivement décaisser l’argent déjà promis.


































