Réunis ce mardi 17 juin dans l’hémicycle Younoussa Bamana, les élus du Département-Région de Mayotte ont approuvé, à une large majorité, la création d’un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) qui assurera la gestion du port de Longoni à compter du 1er septembre 2026. Cette structure transitoire prendra le relais de l’actuel délégataire, dans l’attente de la création du futur Grand Port maritime de Mayotte.
Une décision attendue, mais qui intervient dans un contexte particulièrement tendu. Dans la salle, de nombreux dockers avaient fait le déplacement pour assister aux débats, témoignant à la fois des inquiétudes et des espoirs suscités par ce changement de gouvernance.
Le 2 juin dernier, la cour administrative d’appel de Bordeaux a confirmé le jugement rendu en juin 2025 par le tribunal administratif de Mamoudzou, ordonnant la résiliation du contrat de Mayotte Channel Gateway (MCG), société appartenant à Ida Nel. L’entreprise exploitait le port depuis 2013 dans le cadre d’une délégation de service public qui devait initialement courir jusqu’en octobre 2028.
La justice reproche à la société d’avoir facturé aux usagers des tarifs « dépourvus de toute base légale », en s’appuyant sur un arrêté tarifaire jugé « dépourvu de toute authenticité ». Cette décision contraint désormais le Département à reprendre la gestion de cette infrastructure stratégique.
Face aux critiques formulées durant la séance, le président du Conseil départemental, Ben Issa Ousseni, a tenu à rappeler le contexte judiciaire de cette transition.
« Ce n’est pas ma faute, je fais face à une décision de justice », a-t-il déclaré devant les élus.
L’opposition dénonce un manque d’anticipation
Les débats se sont ouverts sur les observations des élus de l’opposition. Hélène Polozec a dénoncé un manque d’anticipation de l’exécutif départemental et s’est inquiétée du coût financier de cette reprise en gestion directe. Selon elle, la création de l’EPIC pourrait représenter une dépense comprise entre 4 et 8 millions d’euros pour la collectivité.
Des critiques rejetées par Ben Issa Ousseni, qui a rappelé que les interrogations sur le manque de transparence dans la gestion du port avaient déjà été soulevées par son prédécesseur, Soibahadine Ibrahim Ramadani.
Le président du Département a également insisté sur la bonne santé financière de l’infrastructure, rappelant que le port de Longoni demeure excédentaire. Sa priorité, a-t-il assuré, est désormais de garantir la continuité du service et de préserver les emplois.
« Ma préoccupation aujourd’hui, ce sont les 58 salariés et que l’approvisionnement de Mayotte puisse être stabilisé », a-t-il déclaré.
Des marchandises bloquées au port
Alors que les élus débattaient dans l’hémicycle, la situation se tendait également sur le terrain. Selon une information révélée par nos confrères du Journal de Mayotte, les entrées et sorties de marchandises étaient bloquées au port de Longoni depuis la matinée.
Ce mouvement est intervenu en marge de l’assemblée plénière consacrée à l’avenir de la gestion portuaire. Malgré ces tensions, les salariés présents ont favorablement accueilli la création de l’EPIC.
Le secrétaire du CSE et représentant des salariés a dénoncé plusieurs dysfonctionnements observés ces dernières années.
« Nous avons constaté des manquements dans la gestion du port. Le délégataire investit le strict minimum, laissant à son successeur une situation difficile », a-t-il déclaré.
Pour les salariés, cette nouvelle gouvernance représente l’occasion d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire du port de Longoni.
À moins de trois mois de la reprise effective de l’exploitation, les défis restent nombreux : assurer la continuité des activités, sécuriser les emplois, garantir l’approvisionnement de l’île et préparer la transformation vers le futur Grand Port maritime de Mayotte. Dans les rangs des dockers comme parmi plusieurs élus, beaucoup veulent croire à la réussite de cette transition.
« Nous, les jeunes Mahorais, sommes prêts à relever le défi », résume un salarié du port.
RE-MAA apporte son soutien aux salariés
Dans un communiqué diffusé en urgence, le collectif Résistance Réunion Mayotte en Action (RE-MAA) a réaffirmé son soutien aux salariés du port de Longoni et à leurs organisations syndicales. Il appelle l’État et le Département-Région de Mayotte à respecter leurs engagements en faveur de la création d’un EPIC, étape préalable à la mise en place du futur Grand Port maritime.
Le collectif estime que cette évolution est indispensable pour sécuriser les emplois et accompagner le développement économique de Mayotte. RE-MAA se dit également « incompris » face à certaines prises de position récentes et rappelle que la cour administrative d’appel de Bordeaux a confirmé, le 2 juin 2026, la résiliation anticipée de la délégation de service public confiée à l’actuel gestionnaire du port.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.


































