Une partie du personnel gréviste de l’aéroport de Mayotte a été réquisitionnée dans la journée de dimanche afin d’éviter tout dysfonctionnement de la plateforme aéroportuaire, tandis que d’autres agents manifestaient dans une ambiance bon enfant devant les bâtiments de l’aérogare. Le mouvement social, qui n’en est qu’à ses débuts, n’impacte pas encore le trafic aérien régional et national. De son côté, EDEIS ne semble pas disposée à céder sur les revendications portées par l’intersyndicale.
Des gendarmes sillonnant la Petite-Terre pour remettre des ordres de réquisition à une partie du personnel gréviste de l’aéroport de Pamandzi, du personnel affecté à la sûreté aéroportuaire que la société EDEIS a fait venir du département voisin de La Réunion à un coût supérieur au montant global des revendications formulées par son personnel local : c’est tout un dispositif qui a été mis en place pour tenter de contenir un mouvement de grève jugé légitime par les syndicats.
Du jamais-vu jusque-là. Certains observateurs n’hésitent pas à dénoncer des méthodes qu’ils estiment incompatibles avec l’esprit du dialogue social. Pendant ce temps, une question demeure : lequel de l’intersyndicale ou d’EDEIS cédera le premier ?
Le conflit social à l’aéroport Marcel-Henry de Pamandzi, annoncé publiquement dès le 8 juin dernier, est effectivement entré dans sa phase active depuis le samedi 13 juin 2026 à 10 heures. À l’exception des agents de la société Issoufali SARL et de ses différentes filiales, l’ensemble des autres personnels participant à l’exploitation de la plateforme aéroportuaire, notamment ceux d’EDEIS et de Mayotte Airport Sécurité, suivent le mouvement de grève initié par Force ouvrière (FO), la CFDT, le SNEP-CFTC-PAT, le SNEPS et la CFTC Prévention Sécurité.
Selon une source syndicale, le bras de fer ne fait que commencer. La direction est notamment accusée de « botter en touche » et de ne pas respecter l’esprit du dialogue social.
« Elle refuse d’engager de véritables négociations. De toute façon, notre entreprise est coutumière de ce genre d’attitude. Cela l’arrange de confondre une simple médiation entre agents avec un véritable dialogue social entre salariés et employeur », affirme un représentant syndical.
La grève, qui a débuté de manière relativement discrète samedi matin après le départ des principaux vols de la journée, semble désormais s’installer dans la durée malgré les mesures prises pour en limiter les effets.
Il faut dire qu’EDEIS, sur laquelle l’État compte pour mobiliser les 50 millions d’euros nécessaires à la réhabilitation de la piste de Pamandzi avant le 31 décembre 2027, occupe aujourd’hui une position stratégique dans le département. Une situation qui, selon certains grévistes, se traduirait par un manque de considération à l’égard du personnel et par une remise en cause du droit de grève.
Le personnel en grève met en garde contre une sécurité « en trompe-l’œil »
Quel que soit le stratagème utilisé pour tenter de mettre un terme à ce mouvement, sa durée, même limitée, pourrait finir par avoir un impact sur le trafic aérien au départ et à destination de Mayotte.
Pour l’heure, les conséquences restent contenues.
« Les réquisitions opérées actuellement auprès de certains agents et de certains services ne servent à rien puisque le droit de grève nous oblige déjà à assurer un service minimum », explique Abdou Bacar Nassaya, l’une des porte-parole de l’intersyndicale.
Selon elle, la direction d’EDEIS cherche avant tout à donner l’image d’un retour à la normale à travers sa communication, alors que la réalité serait tout autre. Elle estime notamment que certaines réquisitions ont été décidées sans réflexion suffisante et qu’elles ne garantiraient pas toujours un fonctionnement optimal et sécurisé de la plateforme aéroportuaire.
L’intersyndicale attire particulièrement l’attention sur le cas des sapeurs-pompiers aéroportuaires, un service hautement spécialisé pour lequel aucune improvisation ne serait acceptable.
« Cela fait partie des éléments majeurs que notre employeur refuse de prendre en compte », ajoute Abdou Bacar Nassaya.
Il est vrai que ce mouvement social intervient au plus mauvais moment, à l’approche de la haute saison touristique, période durant laquelle le nombre de vols quotidiens augmente sensiblement.
Déléguée syndicale CFDT et chargée de mission sûreté, Abdou Bacar Nassaya n’hésite pas à qualifier l’aéroport de Mayotte de « pire aéroport de France » au regard des conditions de travail des agents.
« Le nombre de vols augmente continuellement alors que les effectifs diminuent progressivement », déplore-t-elle.
Concernant le personnel extérieur recruté par EDEIS pour pallier les effets de la grève, elle juge cette solution « limite », estimant que ces agents ne maîtrisent ni les spécificités ni les réalités locales.
Elle regrette également que les moyens financiers mobilisés pour faire venir ces renforts n’aient pas été consacrés à l’ouverture de discussions avec les salariés afin de répondre, au moins partiellement, à leurs revendications.
Or, selon les syndicats, la direction ne prévoit pas d’engager de négociations avant le 17 juin 2026, date correspondant à son agenda social annuel.
Dimanche, les grévistes qui n’avaient pas été réquisitionnés manifestaient pacifiquement aux abords de l’aérogare dans une ambiance sereine et bon enfant.
Les prochains jours devraient permettre de mesurer l’ampleur réelle de ce mouvement social et ses éventuelles conséquences sur l’activité aéroportuaire de Mayotte.
Journaliste politique & économique


































