Dans le cadre de la Journée traditionnelle du lycée Younoussa Bamana, les élèves des ateliers journalisme et théâtre ont eu l’opportunité de rencontrer l’écrivain Nassur Attoumani. Cette rencontre avait pour ambition de mettre la littérature à l’honneur et de sensibiliser les élèves à la richesse du patrimoine littéraire mahorais, le tout clôturé par une représentation théâtrale.
Le multiculturalisme était présent dans les couloirs du lycée Younoussa Bamana, mettant en lumière les régions de l’océan Indien. Tenues traditionnelles, panneaux et affiches coloraient l’établissement. Dans la salle audiovisuelle se préparait une rencontre culturelle entre Nassur Attoumani et les élèves des ateliers journalisme et théâtre. Au programme : un échange sous forme de questions-réponses, suivi d’une représentation de la pièce La Fille du polygame.
L’atelier journalistique est composé d’une vingtaine d’élèves, mais seuls dix ont été sélectionnés pour le projet final en récompense de leur dévouement. Cinq élèves étaient chargés de la prise de parole et cinq autres du cadrage vidéo.
La salle se remplit et l’événement débute par un exposé analytique ainsi qu’une réflexion impressionnante menée par les lycéennes sur plusieurs œuvres incontournables de l’auteur, telles que La Fille du polygame, Le Nerf de bœuf ou encore Le Calvaire des baobabs.
S’ensuit un échange ludique avec l’auteur, accompagné de son épouse, Sitina Bamana. Les questions portent sur ses aspirations, ses débuts dans l’écriture, son rapport à la notoriété, l’influence de ses œuvres à travers le monde ou encore l’évolution de la place des femmes dans la société. L’écrivain déclare d’ailleurs : « Quand tu écris dans ton salon et que tu vois qu’un de tes livres est traduit aux États-Unis, que La Fille du polygame a été jouée au Mozambique en portugais, en Roumanie ou en Norvège, eh bien, c’est Mayotte qui gagne. »
L’auteur, au style satirique et humoristique, a séduit son auditoire avec des anecdotes de vie aussi amusantes qu’émouvantes. Parmi elles, son accident de voiture au cours duquel un ami a perdu la vie, événement qui l’a poussé à écrire ; mais aussi la portée satirique de son casque colonial, ainsi que le cliché dont il fait lui-même l’objet : beaucoup le croient décédé alors qu’il est toujours vivant.
Cette confusion s’explique par l’association de son œuvre à une époque révolue, au point que certains supposent spontanément que son auteur appartient lui aussi au passé. Il rappelle ainsi l’image que l’on se fait de Flaubert ou de Molière, déjà morts lorsque l’on découvre leurs œuvres à l’école.
Hasnaou Ahamada, modératrice de la table ronde et élève de terminale, témoigne de l’ambiance de la rencontre : « Le talent de Nassur Attoumani est inné ; il est né des épreuves vécues dans sa vie. Et, à certains moments, on se serait cru au Marrakech du rire. Au début, on pensait que cela allait être purement littéraire, mais pas du tout. »
Antonia Feissonna Mowane, élève de terminale et présentatrice au sein de l’atelier, nous livre quant à elle son ressenti sur la préparation de l’événement et sa prestation personnelle :
« Pour les préparatifs, c’était énormément de stress, mais au fur et à mesure, cela allait mieux. Le lycée et les professeurs nous ont totalement encouragés. Le nombre de personnes présentes m’a poussée à mieux m’exprimer en donnant le meilleur de moi-même. Au-delà de tout ce qui se passe de négatif, il y a de la lumière à Mayotte. Nous pouvons tous nous améliorer. »
Mme Djambae, professeure de lettres, insiste sur le rayonnement international de l’île : « Il fallait vraiment intégrer le volet littéraire à la journée traditionnelle. C’est une écriture mahoraise ; il y a des expressions mahoraises qui se retrouvent dans des œuvres mondialement connues. »
Nassur Attoumani, un choix indéniable
Nassur Attoumani s’est indéniablement imposé sur la scène internationale en abordant des thèmes parfois controversés de la société insulaire.
Depuis environ sept ans, l’atelier théâtre du lycée Younoussa Bamana avait cessé ses activités avant de reprendre en novembre 2025. C’est M. Ndoku qui est à l’origine de ce renouveau et de la relance de la formation aux arts dramatiques. Présent dans l’établissement depuis 2021, il est professeur de littérature, chercheur et coordinateur de lettres.
C’est également lui qui a invité M. Attoumani, pour lequel il témoigne une grande admiration : « J’ai rencontré Nassur Attoumani il y a deux ans. Il était venu au collège de M’gombani pour une séance de dédicaces. J’avais besoin de quelqu’un qui connaît bien la société mahoraise, car je menais une étude sur le vieillissement à Mayotte. C’est quelqu’un qui, malgré sa célébrité et sa stature, reste disponible et très humain. À partir de ce moment-là, nous avons créé des liens assez particuliers. »
Il poursuit sur son envie de faire découvrir le romancier aux jeunes : « Les élèves ne connaissaient pas Nassur Attoumani. Pour moi, c’était anormal, d’où mon invitation. »
L’auteur a lui aussi réagi avec beaucoup de reconnaissance : « Monsieur Ndoku est un très grand poète. J’ai lu ce qu’il écrit, c’est d’un très haut niveau. J’aime avoir ce contact avec ceux qui lisent mes livres. Je suis ému par l’accueil et par la qualité de l’exposé des cinq lycéennes. La relève est prometteuse malgré toutes les crises. C’est formidable d’introduire la littérature mahoraise dans un établissement local. J’aimerais faire davantage de rencontres publiques avec les jeunes. C’est l’occasion pour moi d’échanger et d’inciter au chemin de l’écriture ; il vaut mieux lancer des mots que lancer des cailloux », conclut-il.
Selon M. Ndoku, cet événement est l’occasion de faire vivre la littérature et la culture. Un journal vidéo ainsi qu’un journal écrit retraçant la journée seront d’ailleurs réalisés.


































