Comores : la question de Mayotte s’invite au Conseil des ministres de la COI

La ministre déléguée chargée de la Francophonie, Éléonore Caroit, arrivée à Moroni dimanche, a clairement plaidé pour la non-exclusion de Mayotte, dont l’intégration au sein de la Commission de l’océan Indien (COI) se heurte au blocage des autorités comoriennes, qui s’appuient sur les résolutions des Nations unies.

La Commission de l’océan Indien souffle ses 40 bougies cette année. À cette occasion, l’organisation régionale organise une série d’événements qui s’étaleront jusqu’au 20 juin prochain. Moroni abritait ce lundi le traditionnel Conseil des ministres, qui a vu la participation des délégations des cinq pays membres.

La France, membre de la COI, a dépêché sa ministre déléguée chargée de la Francophonie, Éléonore Caroit, pour la représenter. Arrivée dimanche, la déléguée chargée des Partenariats internationaux a pris part hier aux travaux du Conseil, qui se sont tenus au Palais du peuple.

Si, au sujet de Mayotte, le secrétaire général de la COI, le Malgache Ibrahim Norbert Richard, a assuré dans une interview accordée à Al-Watwan que le secrétariat ne faisait pas « d’ingérence », la ministre Éléonore Caroit ne s’est, en revanche, pas privée de titiller Moroni.

Dans son discours, la vice-présidente de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale a rappelé que, pour affronter tous les défis, il était important de ne laisser aucun territoire de côté.

« C’est la seule position réaliste si l’on veut répondre efficacement à nos problèmes régionaux. Une crise majeure sévit non loin d’ici : l’épidémie d’Ebola dans la région des Grands Lacs. Et les maladies ne connaissent pas de frontières. Allons-nous volontairement laisser une brèche dans notre défense ? », a déclaré la ministre chargée des Français de l’étranger à propos de Mayotte.

Elle a poursuivi en des termes particulièrement explicites sur les ambitions de Paris concernant cette question :

« C’est pourquoi nous souhaitons assurer, de manière pragmatique et en tant que voisins et partenaires, l’intégration de Mayotte à notre instance. Ce sera l’une des priorités de la présidence française, comme l’a indiqué le ministre des Affaires étrangères il y a quelques jours. »

Des propos qui ont suscité une réplique immédiate du ministre comorien des Affaires étrangères, Mohamed Mbaé.

« Ce 40e Conseil des ministres de l’océan Indien revêt une importance toute particulière. Il constitue non seulement un temps institutionnel majeur pour notre région, mais il marque également les 40 ans d’adhésion des Comores à la COI, dans ses frontières dûment reconnues par le droit international : la Grande Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte », a sèchement répondu le chef de la diplomatie comorienne avant de poursuivre.

Archipel de quatre îles

« Madame la ministre, il ne saurait être question d’intégrer Mayotte à la COI, car Mayotte est comorienne conformément aux résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies qui ont permis à notre archipel de devenir un pays indépendant composé de quatre îles », a ajouté Mohamed Mbaé sous les ovations de l’assistance.

Cette passe d’armes intervient après une interpellation musclée de la députée mahoraise Estelle Youssouffa (LIOT), qui a dénoncé, le 2 juin, à l’Assemblée nationale française, l’exclusion de Mayotte de la COI en raison du veto de l’Union des Comores, qui ne reconnaît pas « une Mayotte française ».

L’élue de la première circonscription de Mayotte s’en était prise au Quai d’Orsay qui, selon elle, pratiquerait « depuis des décennies l’à-plat-ventrisme et la soumission face au délire des Comores. Paris s’incline scandaleusement face à Moroni », avait-elle lancé.

En réponse, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, lui a rappelé que le fonctionnement de la COI exige que toute intégration obtienne « l’accord de l’ensemble des membres » et que, pour atteindre cet objectif, « nous déployons un dialogue exigeant et une diplomatie pragmatique ».

Le 25 avril 2025, lors du sommet annuel de la Commission de l’océan Indien organisé à Madagascar, le sujet s’était déjà invité dans les débats. Le président français Emmanuel Macron avait publiquement plaidé pour l’intégration de Mayotte. Une déclaration qualifiée de provocation par son homologue comorien, Azali Assoumani, qui avait réaffirmé que « l’ADN de la COI est le respect du droit international ».

Présidence de la France

La France occupe depuis hier la présidence du Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien. Aura-t-elle les moyens de faire bouger les lignes ?

Le Conseil des ministres constitue l’instance décisionnelle de la COI. Cette année, près de quinze thématiques figuraient à l’ordre du jour.

« Les dossiers soumis à ce Conseil sur la sécurité maritime, la surveillance des pêches, la santé, la réduction des risques, la connectivité ou encore la sécurité maritime témoignent de l’ambition et de la diversité de notre coopération régionale », a souligné le secrétaire général de la COI.

Il a également ajouté deux priorités : la réduction de l’impact des chocs exogènes et le renforcement de la coopération économique et commerciale.

« Pour nos États insulaires, particulièrement affectés par les chocs exogènes, il est urgent que nous nous accordions sur des mécanismes communs d’atténuation de leurs impacts. Le second point concerne la sécurité, car sans elle et sans stabilité, il ne peut y avoir ni progrès économique ni progrès social », a énuméré le chef de la diplomatie comorienne.

C’est donc autour de ces différents sujets que le Conseil devra adopter ses résolutions, qui seront publiées sur le site de l’institution.

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