Avec “Kingia”, l’État vise 70 chefs de bande et un “choc de sécurité”

L’État a relancé début avril une offensive sécuritaire d’ampleur sur le territoire avec l’opération « Kingia », présentée par la préfecture comme la continuité des dispositifs « Wuambushu » et « Place nette ». Vendredi 10, chacun des maires du territoire ainsi que le président et les conseillers de l’Assemblée de Mayotte étaient conviés par le préfet à une Conférence de sécurité pour connaître les objectifs et modalités de l’opération.

Interrogé sur d’éventuels moyens revus à la baisse à l’issue de la conférence, le préfet François-Xavier Bieuville rejette toute idée de recul. « Il y a autant de moyens, voire davantage », affirme-t-il, évoquant des renforts venus de métropole, notamment des effectifs spécialisés dans les enquêtes judiciaires et le démantèlement des réseaux criminels.

Environ 60 policiers supplémentaires et une centaine de gendarmes ont été déployés pour une durée de deux mois. L’objectif est de provoquer un « choc de sécurité » susceptible de produire des effets durables, en ciblant en priorité les chefs de bande. Le préfet indique s’être vu fixer un objectif de 70 interpellations de ces profils, précisant que 23 personnes considérées comme impliquées dans des violences organisées ont déjà été arrêtées dans les premiers jours.

L’opération repose sur un pilotage centralisé via un poste de commandement interservices, chargé de coordonner les actions quotidiennes : sécurisation, maintien de l’ordre, lutte contre l’habitat illégal, opérations anti-fraude et contrôle de l’immigration irrégulière. Des opérations du Comité opérationnel départemental anti-fraude (CODAF) sont également programmées à un rythme d’une quarantaine d’interventions par mois.

Cette stratégie s’inscrit dans la continuité de l’opération « Place nette », menée entre avril et juillet 2024, qui avait mobilisé l’ensemble des services de l’État autour des mêmes objectifs. Selon les chiffres officiels, 938 interpellations avaient été réalisées – dont 100 cibles prioritaires – et plus de 270 armes avaient été saisies.

Le préfet défend une approche fondée sur des opérations intensives mais temporaires, estimant qu’elles permettent d’obtenir des résultats durables sans instaurer un climat de sécurité permanente jugé trop contraignant. Il met en avant une baisse de 6 % de la délinquance observée après « Place nette ».

Face aux inquiétudes d’une partie de la population, qui redoute une hausse des violences au lancement de l’opération, le préfet reconnaît « un petit démarrage qui provoque un peu de trouble à l’ordre public », déjà observé lors des précédentes interventions. Il y voit toutefois le signe « d’une efficacité certaine » de l’action engagée : « à partir du moment où on trouble une situation, il y a des réactions », souligne-t-il. Des tensions qu’il juge temporaires, assurant que « très rapidement, ces troubles sont maîtrisés », les réactions étant « immédiatement appréhendées » pour aboutir à une « pacification durable ».

À la sortie de la rencontre, les élus locaux saluent cette nouvelle opération, tout en appelant à des réponses structurelles. À Koungou, le deuxième adjoint au maire chargé de la sécurité, Manrifa Fazouili, évoque une « bonne volonté » de l’État, mais insiste sur la nécessité de traiter les causes profondes, notamment l’insertion des jeunes en situation irrégulière. « On a des jeunes qui sont là, ils ont eu des diplômes, ils n’ont pas de papiers », souligne-t-il, estimant que « ces jeunes constituent le vivier » de la délinquance locale.

Même prudence du côté du conseiller départemental Sidi Nadjeidine, qui salue les moyens engagés et « la volonté pour faire avancer les choses », tout en appelant à la continuité de l’effort. « Souvent, on met un coup de fouet, on a un coup d’accélérateur et après on lève un peu le pied », regrette-t-il. Pour lui, la réponse sécuritaire doit s’accompagner d’actions plus larges : « il faut accompagner la population », notamment sur les volets social, environnemental et sanitaire, afin de traiter durablement les difficultés du territoire.

Si l’opération « Kingia » vise à restaurer rapidement l’ordre public, son efficacité à long terme dépendra de sa capacité à s’inscrire dans une stratégie globale, combinant réponse sécuritaire et politiques d’accompagnement sur un territoire confronté à des défis structurels persistants.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS
Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une