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Football. Quand les fundi se prennent pour Dieu

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Les salles de sport mahoraises en forme pour la reprise

Il ne manquait plus qu’elles. Les salles de sport sont les dernières sur la liste à pouvoir reprendre leurs activités à Mayotte. Elles pourront rouvrir leurs portes à partir du 22 juin, mais avant, elles doivent opérer des changements radicaux afin de respecter les gestes barrière, et ce n’est pas de tout repos.

Saison terminée pour les sportifs mahorais

Les fédérations nationales tranchent les unes après les autres : les compétitions amateurs 2019/2020, jusque-là suspendues pour cause de Coronavirus sont définitivement interrompues. La saison est donc terminée pour le basket-ball, le handball, le rugby et le volley-ball mahorais. La Fédération française de football temporise encore…

 

Le handisport mahorais bientôt au programme des Jeux des Îles ?

Si aucun comité départemental de handisport n’existe à Mayotte, le Cros espère bien pouvoir développer la pratique d’ici 2023, date des prochains Jeux des Îles de l’océan Indien. Une première réunion de travail a eu lieu en ce sens mercredi, avec les associations et les institutions. Un seul mot d’ordre : l’inclusion.

Le chidjabou est légion à Mayotte. Cette prière est accomplie par un maitre coranique, nommé localement « fundi », et se résume bien souvent à la récitation de versets du coran. L’objet ? Se préserver d’un incident, d’un accident, d’un drame ou d’une blessure en sollicitant une protection divine. Ainsi, aux yeux des Mahorais, toutes les occasions sont bonnes pour effectuer ce rituel : à l’achat d’un véhicule, à l’achèvement d’une maison, au lancement d’un commerce, à l’aube d’un voyage ou encore avant une rencontre sportive. Mais, certains d’entre eux réclament plus qu’une protection. Ils font alors appel à des maitres coraniques qui poussent leur connaissance de l’islam à l’extrémité, au point de s’improviser médium… L’un des matchs à enjeu de la 18ème journée de Division d’Honneur devait se dérouler à Combani, où les Diables Noirs recevaient l’ASJ Handréma. Les DNC flirtent dangereusement avec la zone de relégation tandis que l’ASJH lutte pour conquérir son premier titre de champion de Mayotte de son histoire. Deux clubs aux objectifs opposés, mais pour qui donc les quatre points de la victoire étaient essentiels. Si essentiels qu’ils n’ont pas hésité à mêler le sportif à l’extra-sportif, en refusant d’accéder à l’aire de jeu… pour gagner ! « Le premier qui entrera sur le terrain perdra le match » : telle était en effet la prédiction du fundi des deux clubs comme l’affirme un joueur de Handréma. Mais, après s’être changés et échauffés hors du stade, les Diables Noirs franchissent le pas.

Suspension du match par l’arbitre : une décision incomprise par les clubs mais soutenue par l’Udaf Mayotte
A « 16h58 » précise le président du club Ibrahim Ambdoulhanyou, qui a vivement soutenu cette décision. « Quand je suis arrivé, peu avant l’heure du coup d’envoi prévu à 17h, j’ai vu les équipes dehors. Je ne suis pas dans ces histoires (d’incantation, ndlr) donc je ne veux pas les commenter. J’ai juste dit à mes joueurs d’entrer sur le terrain. Quand ils l’ont fait, les dirigeants de Handréma se sont moqués de nous. » L’entrée des Combaniens est suivie de celle des Nordistes. « A 17h10, on était tous sur le terrain », affirme Bacar Youssouf, président de l’ASJH. « Certes, il s’est passé ce qu’il s’est passé mais on était prêt à tourner la page et à débuter le match », ajoute-t-il. Cette introduction peu commune amuse le public, mais excède un des acteurs de la rencontre, et pas des moindres, puisqu’il s’agit de Loutoufi Soulaïmana, l’arbitre central. Et quand l’un des capitaines tarde à répondre au corps arbitral pour les dernières formalités d’avant match, c’est, pour le dirigeant du jeu, la goutte d’eau qui fait déborder le vase. « Ses assistants et lui devaient procéder au tirage au sort pour le ballon etc, mais ça trainait encore. Du coup il en a eu marre et a décidé de ne pas faire jouer le match », explique le porte parole des arbitres, Mohamed Bacar, dit Moka.

 

Le président de l’Union départementale des arbitres de football (Udaf) Mayotte soutient ce choix. « Je comprends qu’il ait craqué. Quand tu viens pour arbitrer un match et que les deux équipes te font perdre ton temps pour des histoires de grigris, un moment tu dis stop. » Défaite sur tapis vert ? Match à reprogrammer ? La CRSR tranche samedi Un avis que ne partagent pas du tout les deux présidents. « Pour moi, c’est un choix précipité de la part de l’arbitre », estime Ambdoulhanyou. « Ailleurs, ce même jour, des matchs ont débuté bien après l’heure initiale, et ça n’a pas posé problème. Là, il n’était pas encore 17h20 quand il a pris cette décision. » En début de semaine, le corps arbitral, l’ASJ Handréma et les Diables Noirs ont déposé leur rapport à la ligue mahoraise de football. L’affaire devrait être jugée par la commission régionale des statuts et règlements (CRSR), ce samedi. Le risque que les deux clubs puissent perdre la rencontre sur tapis vert existe-il ? « Franchement, je n’en ai aucune idée », confie un membre de la ligue. « On entend tellement de choses dans ce dossier… Je pense que le rapport de l’arbitre va être déterminant », conclut-il. L’affaire Combani-Handréma a en tout cas fait le buzz cette semaine, les footeux et au-delà, les amateurs de sport sur l’île se demandant comment a-t-on pu en arriver là. Certains prônent la défaite sur tapis vert pour les deux équipes. D’autres trouvent plus juste la reprogrammation du match. Les deux clubs, eux, assurent ne pas s’inquiéter. « Aujourd’hui, je ne vois aucune raison de faire perdre le match à une équipe ou à une autre. Nous étions sur le terrain, prêts à jouer, rappelle Yousssouf. Mais l’arbitre en a décidé autrement et rien de ce qu’on lui a dit n’a pu le convaincre de revenir sur sa décision. »

 

« Votre adversaire m’a donné, mais je vous ferais gagner si vous me donnez plus » Un match non joué avec, à l’origine, un maitre coranique anxieux pour la première équipe qui entrera sur le terrain : cela relève de l’insolite. Pourtant, les anecdotes de ce type dans le milieu du football mahorais ne manquent pas. Sans jamais citer de noms ou de clubs, Ahmed Abdou, ancien joueur et dirigeant, témoigne. « A la fin des années 90, des fundi osaient aller voir des dirigeants de clubs pour leur dire « votre adversaire m’a donné tant d’argent, mais je vous ferais gagner si vous me donnez plus » : et ça marchait ! Les adversaires payaient davantage. Plus récemment, à la fin des années 2000, on surveillait les stades à la veille de matchs importants pour s’assurer que personne ne vienne y déposer de grigris. Une fois, un gars a été attrapé, il a été attaché à un arbre une bonne partie de la journée et c’est la police qui était venue le détacher. » Des cas à part, mais des agissements qui dépassent largement le cadre d’un chidjabou ordinaire. Ayant eu écho de l’affaire, Saïd Nourdine, imam dans une mosquée du Sud, dénonce. « Ces fundi prétendent agir au nom de Dieu, or, en prédisant l’avenir, ils s’attribuent un pouvoir qui n’appartient qu’à Dieu. Dans l’islam, c’est le pire des péchés… » Pour lui, les dirigeants de clubs sont tout aussi condamnables. « Quand ils prient leurs joueurs de ne pas entrer sur le terrain les premiers, ils adhèrent à la prédiction de leur fundi. Ils l’associent à Dieu, c’est aussi grave. » Ces pratiques ne dateraient donc pas d’aujourd’hui et à croire les amateurs de football mahorais, elles devraient encore avoir de beaux jours devant elles.

I.M

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