Une fois de plus, il fait la fierté des siens et de Mayotte tout entière ! Soultoini Ali, l’athlète originaire du sud de l’île, dans la commune de Kani-Kéli, a remporté son pari samedi à Épinal, en métropole. Il est devenu champion de France Masters du javelot, décrochant ainsi le 11e titre de sa carrière sportive, commencée tardivement à l’âge de 15 ans.
Désormais, il tourne son regard vers l’Open de France, avant de participer aux Championnats du monde en août prochain, sous les cieux sud-coréens, dans la ville de Daegu. Un grand respect pour le « maestro ».
Sacré champion de France Masters 2026 samedi à Épinal, dans les Vosges, Soultoini Ali, surnommé « Blackgold Kenny », s’est offert un magnifique cadeau d’anniversaire ce week-end en réalisant une nouvelle performance dans sa longue carrière d’athlète. Il a en effet remporté le concours du javelot avec un lancer à 45 mètres lors des championnats de France de sa catégorie.
Pour l’un des doyens des sportifs mahorais évoluant actuellement hors du territoire, ce 11e titre représente une consécration majeure. L’enfant de Passi-Kéli, dans la commune de Kani-Kéli, considère même cette victoire comme la plus grande de sa carrière sportive, entamée en catégorie Junior à l’âge de 19 ans.
Au fil des années, il a gravi tous les échelons, passant successivement des catégories Espoir, Senior puis aujourd’hui Masters.
« Dans la Fédération française d’athlétisme, comme dans beaucoup d’autres fédérations, toutes les catégories d’âge sont prises en compte. De Minime à Cadet, puis Junior, chacune dispose de son championnat de France. J’ai eu la chance d’y participer à partir de la catégorie Junior, ayant commencé l’athlétisme relativement tard à Mayotte, à l’âge de 15 ans, alors qu’ailleurs beaucoup débutent dès 5, 6 ou 7 ans. Malgré cela, j’ai décroché mon premier titre de champion de France à 19 ans », souligne Soultoini Ali.
L’athlète ne cache pas sa fierté d’avoir remporté des titres dans toutes les catégories par lesquelles il est passé. Une fierté également pour Mayotte, son île natale, qui continue pourtant de souffrir du manque d’infrastructures adaptées à la préparation de ses champions et de ses futurs talents.
« J’ai voulu montrer que malgré ce handicap important, il était possible de faire quelque chose pour contribuer au rayonnement national et international de cette île. Cette victoire constitue pour moi à la fois un accomplissement et une continuité. L’histoire du sport mahorais ne s’écrira que grâce aux sportifs mahorais. Dans mon domaine, l’athlétisme, et plus particulièrement le javelot, j’aimerais que nos jeunes et les générations futures sachent qu’une histoire s’est construite au fil du temps, et que Soultoini Ali, comme d’autres, fait partie des archives vivantes de cette discipline sur le territoire.
Malgré toutes les difficultés rencontrées, l’absence criante d’infrastructures et les obstacles du quotidien, des athlètes continuent de représenter dignement et fièrement Mayotte lors des compétitions nationales et internationales. »
Mais comment Soultoini Ali a-t-il réussi à réaliser cet exploit alors que les conditions, notamment financières, étaient loin d’être réunies ? Dans quel état d’esprit a-t-il abordé la préparation de cette compétition ?
« Quand on vise l’excellence, on ne représente plus seulement Mayotte, mais la France tout entière »
Le champion explique disposer du calendrier sportif local, régional, national et international dès le 1er septembre de chaque année. C’est sur cette base qu’il fixe ses objectifs, organise sa préparation et s’entraîne depuis Mayotte.
Cette organisation le conduit régulièrement à effectuer des déplacements à Madagascar, à La Réunion et parfois dans l’Hexagone afin de compléter sa préparation.
« Lorsqu’on vise l’excellence, par exemple un championnat de France, on est conscient que l’on ne représente pas uniquement son territoire, mais la nation tout entière. Même si je viens de Mayotte, j’ai l’obligation morale de me préparer dans des conditions aussi proches que possible de celles de mes concurrents. Un championnat exige une préparation rigoureuse ; on ne s’y présente pas comme un simple touriste.
Je m’oblige donc à être au meilleur de ma forme et de mes capacités. Cela implique des heures et des heures d’entraînement, des moments difficiles, parfois marqués par le doute, les ajustements et de nombreux sacrifices. Il n’est pas toujours facile de concilier tout cela avec la vie professionnelle et familiale », explique Soultoini Ali.
À ces contraintes s’ajoutent parfois des difficultés purement techniques. Prenant l’exemple d’un terrain de football ou de rugby, il rappelle que les pratiquants de ces disciplines sont naturellement prioritaires dans l’utilisation de ces infrastructures. Spécialiste du javelot, il doit donc constamment s’adapter, profitant de la moindre disponibilité pour s’entraîner.
Malgré ces obstacles, il s’efforce de respecter les objectifs qu’il s’est fixés.
Cette victoire était-elle prévisible ? « En tant que sportif, lorsqu’on participe à un championnat, on a forcément l’ambition de le gagner. Cependant, rien n’est jamais acquis. C’est pourquoi il faut rester concentré sur l’objectif que l’on s’est fixé et tout mettre en œuvre pour l’atteindre », répond le nouveau champion de France Masters du javelot.
Selon lui, une compétition ne se gagne jamais sur le papier, même lorsqu’on figure parmi les favoris.
« Le jour J, tout est remis à zéro. Une blessure pendant l’échauffement, des conditions météorologiques défavorables, le retour d’anciennes douleurs, la pression ou le stress peuvent tout remettre en question. Rien n’est gagné d’avance tant que l’épreuve n’est pas terminée. Tout se joue le jour de la compétition. »
Il convient toutefois de rappeler que Soultoini Ali arrivait à Épinal avec un titre à défendre. Même considéré comme le favori, il n’a jamais sous-estimé ses adversaires, conscients que chacun nourrit l’ambition de s’emparer du titre.
Aujourd’hui, le cœur léger et l’esprit serein, le champion de France Masters du javelot peut désormais se consacrer pleinement à la préparation de ses prochaines échéances : l’Open de France, puis les Championnats du monde qui se dérouleront en août prochain dans la ville sud-coréenne de Daegu.
Journaliste politique & économique


































