Saïrati Assimakou dénonce les intimidations après son témoignage

Depuis 2020, Saïrati Assimakou milite contre les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales après avoir témoigné publiquement de l’inceste qu’elle a subi. Régulièrement ciblée par des messages hostiles sur les réseaux sociaux, elle dénonce le poids du silence et l’inaction des autorités. Après un nouveau message, elle annonce son intention de porter plainte.

C’est un message dégradant qu’a reçu Saïrati Assimakou le 3 août dernier, à 8 h 37, par message privé sur son profil Instagram. A 33 ans, est la fondatrice et la chargée de projet chez Souboutou Ouhédzé Jilaho « Ose libérer ta parole ». Des messages de ce genre, elle en reçoit régulièrement depuis qu’elle a décidé de prendre la parole et de s’engager sur les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales.

« D’habitude, j’ai le droit à des messages de faux comptes. Cette fois-ci, j’ai décidé de ne pas laisser passer. » L’échange est affiché via un post sur son compte. Sur la même publication, elle répond sèchement : « Je viens de t’afficher comme l’animal que tu es. »

Son internaute du jour invoque alors une faute de frappe : « C’est une erreur de frappe, pardon. » Une phrase qu’elle ne souhaite pas excusée. «Il faut mettre la réalité en face des gens. Le problème de ce message, c’est que ça va au-delà.  Il pense posséder le corps des femmes comme ils veulent. » raconte-elle.

Sairati garde en mémoire cette date du 24 janvier 2020, jour où elle décide de prendre la parole pour la première fois et de dénoncer, au travers des réseaux sociaux, un cas d’inceste exercé par son géniteur. La vidéo provoque une onde de choc.

À la veille de la mort de ce dernier, la trentenaire se souvient des scènes. Elles provoquent des nuits blanches, jusqu’à avoir des idées noires. Ingénieure sociale de formation, c’est au travers d’un accompagnement thérapeutique qu’elle finit par mettre des mots sur les abus qu’elle a vécus.

Un enjeu collectif

Depuis la diffusion sur les réseaux sociaux de son témoignage sur l’inceste, elle estime observer des évolutions. « On ne peut pas dire qu’il y a plus de tabou. La difficulté, nous ne sommes pas en capacité de répondre à ses plaintes. Une victime de viol ou d’inceste en parle au moins une fois dans ca vie… Le probleme ce sont les personnes autour la famille, l’entourage, les aidants. Mais oui, il y a une évolution. » C’est pourquoi, selon elle, il est important de libérer cette parole.

Elle questionne néanmoins la posture des élus et des autorités. « C’est-à-dire que, quand une personne prend la décision [de parler], il y a une inertie. Je me bats toute seule, malgré les structures. Elles sont où ? Pourquoi il y a un écart ?”

Publiquement, via son réseau Linkdin le directeur de Nariké M’sada, Moncef Mohoudire, a affiché son soutien. Arnaud Gallais, participant à la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), a également apporté publiquement son soutien à Saïrati. La fondatrice de Souboutou Ouhédzé Jilaho annonce l’intention de porter plainte contre son internaute.

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Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.

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