🎁 Article offert
Le 21 septembre 2026, à Mtsapéré, s’est ouverte la 2e édition des Assises de la sécurité et de la citoyenneté de Mayotte. Des élus, des directeurs généraux des services, des acteurs associatifs et des chercheurs étaient réunis pour partager leurs observations et réfléchir aux réponses à apporter face à une délinquance devenue presque quotidienne dans le 101e département français.
« Ceux qui sèment le désordre sont organisés en réseau. Il faut donc que nous aussi, nous nous organisions, partout. », a ouvert le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, Le 21 septembre 2026, à Mtsapéré ou s’est ouverte la 2e édition des Assises de la sécurité et de la citoyenneté de Mayotte. les échanges en appelant à une meilleure coordination entre les communes. « La situation nous impose de travailler ensemble. Notre responsabilité est de créer les conditions pour y parvenir », a-t-il ajouté, en plaidant pour la mise en place d’actions intercommunales et d’un travail partenarial avec les services du Département. Selon l’élu, des réponses commencent à émerger, mais nécessitent une mobilisation collective.
Un manque de données sur le territoire
Les échanges se sont poursuivis avec l’intervention du sociologue Faisoil Soilihi, spécialiste de Mayotte et de la sociologie du développement économique. Il a insisté sur le manque de données disponibles pour mesurer précisément les phénomènes sociaux et la délinquance sur le territoire.
Le chercheur est notamment revenu sur l’histoire des migrations à Mayotte, en particulier sur l’arrivée de populations comoriennes fuyant le régime d’Ali Soilih. Selon lui, ces mouvements ont progressivement modifié la composition démographique et sociale de l’île.
Il faut mettre en place une plateforme d’aide à la décision. il faut disposer d’outils pour agir de manière pérenne sur le plan social
Les données de l’Insee montrent qu’en 2024, 8 910 enfants sont nés de mères domiciliées à Mayotte. Parmi ces naissances, environ 75% étaient issues de mères de nationalité étrangère, principalement comorienne et malgache. L’Insee indique également que l’âge moyen à l’accouchement était de 29 ans en 2024 à Mayotte, contre 31,2 ans dans l’Hexagone. La population mahoraise demeure particulièrement jeune. Selon l’Insee, l’âge moyen de l’ensemble de la population était de 23 ans, contre 41 ans en France métropolitaine.
Faisoil Soilihi a également évoqué les difficultés liées à la pauvreté, à l’insalubrité, à la monoparentalité et à l’absence de solidarité familiale. Ces facteurs peuvent fragiliser les parcours des enfants et des adolescents, notamment lorsque les parents sont absents ou rencontrent eux-mêmes des difficultés administratives et économiques. Le sociologue a appelé à mieux collecter et traiter les données afin d’aider les élus et les acteurs publics à prendre des décisions adaptées. « Il faut mettre en place une plateforme d’aide à la décision. Une fois que l’on sait ce qui se passe, il faut disposer de méthodes et d’outils pour agir de manière pérenne sur le plan social », a-t-il expliqué.
Plusieurs profils de jeunes concernés
Le géographe Ousseni Zourdane a ensuite présenté plusieurs profils de jeunes susceptibles de se retrouver en situation de rupture ou de basculer dans la délinquance. Il a évoqué les enfants dont les parents ne sont jamais venus à Mayotte, ceux dont les parents ont été expulsés, ainsi que les jeunes nés à Mayotte qui n’ont pas obtenu la nationalité française. Il a également cité les jeunes qui poursuivent leur scolarité jusqu’au baccalauréat, mais restent ensuite bloqués dans leur parcours, les enfants français dont le père a refusé de reconnaître la naissance et les jeunes en situation de décrochage scolaire.
« À Mayotte, nous peinons encore à mesurer le nombre de jeunes impliqués dans des actes de délinquance », a résumé un intervenant. Les intervenants ont aussi évoqué les conflits intercommunautaires, les addictions, les agressions et les cambriolages. Ils soulignent toutefois la difficulté à quantifier précisément le nombre de jeunes concernés par ces phénomènes.
Pour y parvenir, les associations, les maires, les services de l’État et la préfecture devront être associés à la réflexion. Les participants ont également insisté sur la nécessité d’une politique migratoire claire et d’une stratégie globale pour le territoire.
L’insertion comme réponse ?
Plusieurs intervenants ont présenté des initiatives destinées à favoriser l’insertion sociale et professionnel des jeunes. L’association Bien’Vaillante a notamment accompagné d’anciens “casseurs de voitures” vers une activité de lavage automobile dans le village de Combani. Renaldi, fondateur de l’association Le Maki Bleu, propose quant à lui un système fondé sur le bénévolat. Les jeunes peuvent effectuer des heures auprès d’associations reconnues de l’île. Cette expérience peut ensuite les aider à financer leur permis de conduire et à construire un projet professionnel. « L’expérience du bénévolat m’a changée. Je souhaite maintenant en faire profiter d’autres jeunes », a-t-il expliqué. Pour les participants, la formation et l’accès à l’emploi constituent des leviers essentiels. Plusieurs pistes ont été citées, notamment l’apprentissage d’un métier, l’artisanat, le bâtiment et les travaux publics, l’aquaculture et la logistique.
Les échanges ont enfin fait ressortir un constat partagé : les acteurs locaux doivent multiplier les initiatives et travailler davantage ensemble. « Nous n’avons pas encore toutes les solutions, mais nous devons arrêter l’hypocrisie et agir », a résumé un directeur général des services présent aux assises.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.



































