Malgré une stabilité des prix en septembre, selon les derniers chiffres de l’Insee, les dépenses du quotidien continuent de peser sur le budget des ménages mahorais. La hausse du carburant alourdit encore la facture.
Sous les ombrelles du parking du centre commercial des Hauts-Vallons, Souf, 36 ans, range ses courses dans le coffre de sa voiture. Aujourd’hui, il a payé 170 euros pour acheter, entre autres, plusieurs kilos de riz parfumé, des pains au chocolat, des pâtes, du lait, de l’huile, un seau et une serpillière. Malheureusement, il n’a pas trouvé d’eau embouteillée d’une marque particulière, qu’il recherche depuis ce matin dans différents magasins du territoire pour ses deux enfants en bas âge.
Venu de M’tsahara, il s’est d’abord rendu à Combani avant de traverser Grande-Terre pour tenter sa chance à Mamoudzou. Une réalité partagée par de nombreux habitants, confrontés aux pénuries ou aux délais d’approvisionnement dans les magasins.
“Avant pour un plein j’en avais pour 70 euros, maintenant 100”
S’il assure que le prix de ses courses “n’a pas trop changé”, il regrette en revanche l’augmentation du prix du carburant. Avec les différents arrêts effectués sur son trajet, il a déjà dépensé plus que prévu.
“Avant, pour un plein, j’en avais pour 70 euros. Désormais, j’en suis à 100 euros. J’essaie donc de faire moins de trajets. Je me limite à une ou deux activités et sorties plaisir dans le mois”, explique-t-il.
À la sortie du magasin, une jeune femme fait un constat similaire sur le montant de ses achats. “Moi, j’en ai eu pour 139 euros de courses. Il suffit d’acheter un sac de riz de 20 kg et deux ou trois cartons de poulet et l’addition grimpe vite”, insiste-t-elle.
Mais plus encore que les denrées alimentaires, ce sont les factures d’électricité qui pèsent sur son budget mensuel. “Tous les deux mois, je paye 200 euros pour les charges. Tout augmente à Mayotte et, en plus, maintenant, la commune de Mamoudzou augmente la taxe foncière. On n’en peut plus”, ajoute-t-elle.

avec une hausse limitée à 0,1 %, selon l’Insee. Un ralentissement que les habitants ne ressentent pas dans leur
pouvoir d’achat.
“Les vêtements pour bébé ont beaucoup augmenté”, poursuit la jeune femme, qui cherchait un cadeau pour un nouveau-né dans sa famille.
“J’achète des vêtements de façon occasionnelle à Mayotte. Je préfère acheter en ligne dans l’Hexagone et j’attends qu’on me ramène mes achats. Le prix ici est trop élevé, parfois trois fois plus cher”, souligne une autre cliente du centre commercial.
Pour Nadjima, 36 ans, entrepreneure à Bandraboua et mère de trois enfants, l’objectif est de tout faire pour gagner en autonomie et “ne pas subir” la vie chère.
“Tous les ans, les prix augmentent. Si on n’a pas un petit jardin à côté pour faire pousser des légumes et des fruits et compenser les achats, ça devient compliqué. Pareil pour l’électricité, avec mon mari, on pense à installer des panneaux solaires. Car, en plus des prix, on est toujours exposés aux risques de coupures. J’ai ouvert une épicerie. Si je n’ai plus d’électricité, les produits congelés sont perdus, ce qui augmente encore la facture”, explique-t-elle.
“Pour trouver les prix les moins chers, il faut venir à Mamoudzou ou Combani, mais dans ce cas, tu dois payer l’essence”
Pour les vêtements, Nadjima préfère tout de même y mettre le prix afin de s’assurer d’une meilleure qualité. “On paye plus cher au début, mais ça va tenir plus longtemps”, estime-t-elle.
L’entrepreneure se rend rarement dans les grandes surfaces, même si les prix y sont moins élevés. “Pour trouver les prix les moins chers, il faut venir à Mamoudzou ou Combani, mais dans ce cas, tu dois payer l’essence. Je préfère donc payer un peu plus cher mes achats auprès des petites boutiques proches de chez moi”, justifie-t-elle.

pouvoir d’achat.
Le carburant, une hausse qui pèse sur le budget
Dans sa dernière publication consacrée aux prix à la consommation en septembre 2026, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) indique que ceux-ci sont restés stables à Mayotte sur un mois, après une hausse de 0,4 % en août. Cette stabilité globale ne signifie toutefois pas que les dépenses des ménages diminuent. Certains prix continuent d’augmenter, en particulier ceux de l’énergie.
En septembre, les prix de l’énergie ont progressé de 3 %, après une hausse de 0,9 % en août. Cette augmentation s’explique notamment par celle des produits pétroliers (+4,6 %). Le litre de gazole a ainsi augmenté de 14 centimes et celui du supercarburant de six centimes. Le prix de la bouteille de gaz a également progressé de 50 centimes, tandis que le tarif de l’électricité est resté stable sur le mois.
Dans le même temps, les prix de l’alimentation ont diminué de 0,6 % en septembre, après un recul de 0,2 % en août. Ceux des produits manufacturés ont également baissé de 0,3 %, notamment dans l’habillement et les chaussures (-1,2 %). Les prix des services ont reculé de 0,5 %, principalement en raison de la baisse saisonnière des tarifs du transport aérien (-21,4 %). Une baisse sur le mois qui ne semble toutefois pas se refléter dans le quotidien des habitants rencontrés.
Sur un an, entre septembre 2025 et septembre 2026, les prix à la consommation ont augmenté de 1,6 % à Mayotte. La hausse atteint 14,1 % pour l’énergie, avec une progression de 20,9 % pour les produits pétroliers et de 2,9 % pour l’électricité. L’énergie représente 8 % de la consommation des ménages mahorais.
Sur la même période, les prix des services ont progressé de 0,9 %, ceux des produits manufacturés de 0,2 % et ceux du tabac de 2,6 %. L’alimentation est, elle, quasiment stable (+0,1 %). Au niveau national, l’inflation atteint 3,1 % sur un an, contre 1,6 % à Mayotte.
Des prix déjà en hausse avant Chido
En septembre 2023, plus d’un an avant le passage du cyclone Chido, les prix à la consommation augmentaient déjà de 4,2 % sur un an à Mayotte. L’alimentation avait progressé de 7,8 % et l’énergie de 17,9 %, selon l’Insee. À cette période, les prix des produits pétroliers avaient augmenté de 17,6 % sur un an.
Le ralentissement de l’inflation ne signifie pas que les prix sont revenus à leur niveau d’avant, il indique simplement qu’ils augmentent moins vite.
Réduire les déplacements, acheter certains produits ailleurs ou cultiver ses propres fruits et légumes : autant de solutions pour tenter de limiter les dépenses. Mais lorsque le carburant augmente et que les autres charges restent élevées, les marges de manœuvre des ménages sont de plus en plus limitées.
Journaliste



































