« J’aurais dû faire quelque chose. » Huit ans après la mort d’un jeune homme roué de coups sur la plage de Sohoa, un homme comparaissait, mardi 27 octobre, devant le tribunal correctionnel de Mamoudzou pour non-assistance à personne en danger. Il a été condamné à quatre ans de prison, dont trois avec sursis.
En mars 2018, à Chiconi, un jeune homme d’une vingtaine d’années, soupçonné de vol, est conduit de force sur la plage de Sohoa, où il subit un violent passage à tabac. Au sol, la victime supplie ses agresseurs et appelle à l’aide. Son corps sera retrouvé nu, ligoté et bâillonné sur la plage. L’enquête, longtemps restée au point mort, avait été relancée en 2023 grâce à des éléments recueillis dans une autre affaire de meurtre.
Le prévenu n’a pas participé aux violences. Mais il a reconnu avoir assisté à la scène pendant cinq minutes avant de rentrer chez lui regarder la télévision, sans prévenir les secours. Une inaction qui lui était reprochée, mardi, devant le tribunal correctionnel de Mamoudzou.
« Il y a des affaires où on est poursuivi pour ce qu’on a fait et des affaires où on est poursuivi au regard de ce qu’on a choisi de ne pas faire », a rappelé la procureure. Pour le ministère public, cinq minutes suffisaient à mesurer la gravité de la situation. « On ne lui demandait pas de s’interposer physiquement », mais au minimum d’alerter les forces de l’ordre. La procureure a également déploré l’absence de prise de conscience du prévenu huit ans après les faits. Elle a requis quatre ans de prison, dont trois avec sursis.
« Vous avez une responsabilité imputable à tout un village »
La défense a insisté sur le climat d’insécurité qui régnait à Mayotte en 2018. « J’aurais pu jouer un rôle, mais à ce moment précis, j’ai eu peur », a expliqué le prévenu aux enquêteurs. Son avocat a soutenu qu’il n’avait pas conscience que la victime risquait de mourir. Il a également dénoncé une responsabilité que l’on ferait porter à un seul homme, alors que de nombreux habitants avaient assisté à la scène. « Vous avez une responsabilité imputable à tout un village, du moins un quartier », a-t-il plaidé, rappelant également que les auteurs présumés des violences n’avaient toujours pas été jugés. Il a enfin mis en avant le parcours de son client, ancien militaire devenu éducateur sportif et entrepreneur, au casier judiciaire vierge.
« J’ai pris une mauvaise décision », a reconnu le prévenu.
Le tribunal l’a condamné à quatre ans d’emprisonnement, dont trois ans assortis du sursis simple. La partie ferme pourra faire l’objet d’un aménagement devant le juge de l’application des peines. Le prévenu a également été privé de ses droits civiques pendant cinq ans, en raison de « l’incivisme » dont il a fait preuve, selon les termes du tribunal.
Il devra par ailleurs verser 7 000 euros de dommages et intérêts à la mère de la victime, ainsi que 4 000 euros au titre du préjudice du frère et de la sœur, et 1 000 euros pour les frais d’avocat.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.


































