Une douzaine de bateaux ont bloqué le passage des barges entre Mamoudzou et Petite-Terre, ce 2 novembre 2026 aux alentours de 6 h 30 du matin.
Près de deux ans après le cyclone Chido, les professionnels du nautisme attendent toujours des infrastructures adaptées pour exercer leur activité. Ce lundi 2 novembre, une douzaine de bateaux ont bloqué les barges à Mamoudzou pour réclamer des solutions d’urgence. Une mobilisation qui a pris de court les usagers. Une réunion avec le Département-Région est prévue ce mardi.
À l’arrivée de la barge Karihani à Mamoudzou, ce lundi 2 novembre, vers 6 h 30 du matin, automobilistes et passagers sont invités à monter à bord comme à leur habitude. Certains s’apprêtent à rejoindre leur travail en Petite-Terre, tandis que d’autres, valises à roulettes à la main, prennent la direction de l’aéroport.
Mais en quelques minutes, cette scène quotidienne est perturbée par l’arrivée de dizaines de bateaux pneumatiques et en aluminium, siglés du nom des opérateurs nautiques, qui se positionnent face à la barge, bloquant tout départ du navire et de ses passagers.
“La Marine nationale, le Maria Galanta et la STM ont eu des infrastructures, nous rien”
“Chido est passé, l’abandon est resté”, indique une banderole fixée au cadre métallique d’un bateau. Comme ils l’avaient annoncé depuis plusieurs jours, les opérateurs nautiques ont bloqué le passage des barges pour faire entendre leurs revendications, à savoir la construction d’un ponton d’urgence à Dzaoudzi, la réparation et la sécurisation de celui de Mamoudzou, dans l’attente de la construction de véritables ports de plaisance de part et d’autre du lagon.
En juillet dernier, après un premier blocage en mai, une réunion entre les représentants du Département-Région et les opérateurs nautiques avait permis d’éviter un nouveau mouvement. Plusieurs engagements avaient alors rassuré les prestataires, notamment la construction d’un ponton d’urgence à Dzaoudzi, annoncée pour septembre 2026. Mais faute d’avancées concrètes depuis, les opérateurs ont finalement décidé de reprendre leur mobilisation.
“Depuis le cyclone Chido, il ne s’est strictement rien passé”, fustige Denis Fabre, de la société Mayotte Explo. “Depuis 4 mois, et la réunion avec le Département, le projet de ponton d’urgence en Petite-Terre est tombé à l’eau, et le ponton de Mamoudzou est endommagé, il manque des taquets, on ne peut plus s’amarrer pour récupérer les clients”.
“On n’arrête pas de se faire voler des kayaks qui nous permettent de rejoindre nos bateaux, sans ponton. Des accidents arrivent avec la barge. Sous l’eau, c’est un dépotoire. Sans aménagements, nos clients doivent marcher dans l’eau en Petite-Terre, au risque de se couper avec des tessons de bouteilles par exemple”, énumère Denis Fabre. Un quotidien que chaque opérateur nautique traverse depuis presque deux ans.
“Au contraire, la Marine nationale a reçu une installation avec eau et électricité, le Maria Galanta a aussi eu son nouveau ponton, la STM idem, tout a été fait pour eux et pour nous rien. Et heureusement que la saison des croisières reprend bientôt sinon on aurait encore moins”.
“Qu’ils nous mettent au moins une passerelle en attendant. Il faudrait aussi un spot qui éclaire les bateaux de la zone pour éviter les vols”, poursuit Denis Fabre. “On ne va plus lâcher. On se sent oubliés par le CD. On va bloquer les barges tous les jours, ils vont comprendre”.
Denis Fabre, gérant de Mayotte Explo, réclame des aménagements d’urgence, notamment un ponton à Dzaoudzi, pour améliorer les conditions de travail des opérateurs nautiques et garantir la sécurité de leurs clients.
La population abandonnée à la gare maritime, alors que le Département-Région avait connaissance du mouvement depuis 15 jours
Sous les ombrelles de la gare maritime de Mamoudzou, la confusion règne. La barge Karihani n’a pas bougé depuis près d’une heure et les véhicules quittent le bateau en marche arrière sous les regards des passagers inquiets. “On n’était pas au courant de la grève”, indique l’un d’eux, son téléphone en main à la recherche d’informations.
Interrogés, les agents M’Safara qui gèrent la billetterie du réseau, avouent ne pas avoir été informés de la situation. Pourtant, cela fait 15 jours que le mouvement a été annoncé et que le Département-Région est alerté. Aucune communication n’a été faite auprès des usagers.
Les passagers dans la confusion à la gare maritime de Mamoudzou. Personne n’a anticipé les blocages, pas même le Département-Région pourtant informé.
Résultat, des dizaines de personnes s’entassent derrière la grille sans savoir si elle va finir par s’ouvrir. Les scooters viennent aussi en nombre au bord du quai dans l’incompréhension.
“C’est scandaleux de ne pas avoir prévenu”, lance une jeune femme, valise à la main, qui se dirige en vitesse au ponton d’urgence dans l’espoir d’y trouver un taxi-bateau, ou de monter à bord d’une embarcation de pêcheur, en vain. “J’ai un vol à 10 h, je ne sais pas ce que je vais faire”.
Plusieurs personnes qui avaient un vol à 10 h à l’aéroport Marcel Henry ont tenté de monter à bord de taxi-bateau, ou de bateaux de pêcheurs pour rejoindre Petite-Terre. En vain.
Mais sur le quai, tous sont rapidement invités à rebrousser chemin par la Police aux frontières, la seule qui a pu mener des allers-retours entre Mamoudzou et Dzaoudzi. Entre les membres du GAO et de la gendarmerie, quelques personnes ont tout de même pu rejoindre Mamoudzou via le pneumatique noir foncé. “Ils ne prennent que des fonctionnaires”, indique-t-on au milieu de la foule, sans que l’information ne puisse être vérifiée. Mais la rumeur suffit à faire froncer de nombreux sourcils.
“On s’est levé à 4 h du matin pour venir de Dzoumogné !”, s’insurge un homme, casque de moto sur la tête. “Les revendications des opérateurs sont légitimes, mais qu’ils laissent passer quelques barges, il ne faut pas tout bloquer sinon les gens ne vont pas comprendre leur mouvement. Il y en a qui travaillent, qui doivent prendre l’avion”.
“Si on ne peut pas passer, on va devoir intervenir sur un autre site”, raconte un ouvrier d’une entreprise de travaux hydrauliques, vêtu d’un gilet orange fluo, “chaque jour on a des quotas à respecter et le blocage de ce matin nous plante un peu, ça va augmenter nos délais d’intervention”.
Le ponton d’urgence de Mamoudzou va être réparé, avec notamment le remplacement de plusieurs taquets, indispensables pour l’amarrage des bateaux.
Au bout d’une heure et demie, la barge Karihani, désormais vide, quitte Mamoudzou direction Dzaoudzi. Les opérateurs demandent à rencontrer des élus du Département-Région, sinon ils ne bougeront pas.
Une réunion ce mardi entre le Département-Région et les opérateurs, mais des questions en suspens
Face à l’ampleur du mouvement, deux représentants finissent par arriver sur le ponton aux alentours de 9 h et trois barges sont autorisées à passer. Un soulagement pour les habitants. A l’aéroport, les vols ont été repoussés afin de permettre aux passagers d’embarquer.
Malgré plusieurs revendications claires, les opérateurs nautiques sont toujours dans la confusion d’un calendrier flou, entre projets urgents, provisoires, définitifs, appels d’offres en cours ou abandonnés.
“Une honte, cette situation est une honte. On critique mais même aux Comores ils font mieux”, interpelle un homme qui participe au blocage. Très vite, les représentants et les opérateurs nautiques s’accordent sur un rendez-vous, ce mardi 3 novembre au matin, pour mettre en place des solutions.
Si les opérateurs nautiques ont compris les délais nécessaires à la construction des pontons définitifs, ils demandent des solutions d’urgence. “Il nous suffit de deux pads en béton à Dzaoudzi et des réparations sur le ponton de Mamoudzou et c’est bon”, indique l’un d’eux au représentant de l’Assemblée. “Il fallait nous le dire, ça nous arrange si vous voulez cela, comme ça on annule la construction du ponton de secours, pour lequel on a lancé les appels d’offres et vous avez un ponton d’urgence le temps de mettre en place les travaux définitifs !”, s’exclame ce dernier.
S’ils n’obtiennent pas de réponses valables, les opérateurs menacent de bloquer les barges « chaque jour ».
Mais l’installation du ponton d’urgence de Dzaoudzi nécessitera de faire des travaux d’enrochement avant sa construction, vont-ils être effectués ? Faudra-t-il l’enlever pour construire le port de plaisance définitif ?
Autant de questions encore en suspens pour des opérateurs plongés dans l’incompréhension d’un calendrier qui devient de plus en plus complexe, entre appels d’offres en cours, projets maintenus et abandonnés. Seule la réparation du ponton d’urgence actuel à Mamoudzou a été actée. Les taquets manquants, petits morceaux de métal permettant aux bateaux de s’y accrocher, doivent être remplacés ce mardi.
“On a mobilisé 12 bateaux et on a bloqué tout le monde juste pour deux taquets”, rigole Denis Fabre. “On verra demain à la réunion si on a des avancées concrètes, mais sinon on va maintenir la grève et bloquer tous les jours”.
“La Marine nationale, le Maria Galanta et la STM ont eu des infrastructures, nous rien”
“Chido est passé, l’abandon est resté”, indique une banderole fixée au cadre métallique d’un bateau. Comme ils l’avaient annoncé depuis plusieurs jours, les opérateurs nautiques ont bloqué le passage des barges pour faire entendre leurs revendications, à savoir la construction d’un ponton d’urgence à Dzaoudzi, la réparation et la sécurisation de celui de Mamoudzou, dans l’attente de la construction de véritables ports de plaisance de part et d’autre du lagon.
En juillet dernier, après un premier blocage en mai, une réunion entre les représentants du Département-Région et les opérateurs nautiques avait permis d’éviter un nouveau mouvement. Plusieurs engagements avaient alors rassuré les prestataires, notamment la construction d’un ponton d’urgence à Dzaoudzi, annoncée pour septembre 2026. Mais faute d’avancées concrètes depuis, les opérateurs ont finalement décidé de reprendre leur mobilisation.
“Depuis le cyclone Chido, il ne s’est strictement rien passé”, fustige Denis Fabre, de la société Mayotte Explo. “Depuis 4 mois, et la réunion avec le Département, le projet de ponton d’urgence en Petite-Terre est tombé à l’eau, et le ponton de Mamoudzou est endommagé, il manque des taquets, on ne peut plus s’amarrer pour récupérer les clients”.
“On n’arrête pas de se faire voler des kayaks qui nous permettent de rejoindre nos bateaux, sans ponton. Des accidents arrivent avec la barge. Sous l’eau, c’est un dépotoire. Sans aménagements, nos clients doivent marcher dans l’eau en Petite-Terre, au risque de se couper avec des tessons de bouteilles par exemple”, énumère Denis Fabre. Un quotidien que chaque opérateur nautique traverse depuis presque deux ans.
“Au contraire, la Marine nationale a reçu une installation avec eau et électricité, le Maria Galanta a aussi eu son nouveau ponton, la STM idem, tout a été fait pour eux et pour nous rien. Et heureusement que la saison des croisières reprend bientôt sinon on aurait encore moins”.
“Qu’ils nous mettent au moins une passerelle en attendant. Il faudrait aussi un spot qui éclaire les bateaux de la zone pour éviter les vols”, poursuit Denis Fabre. “On ne va plus lâcher. On se sent oubliés par le CD. On va bloquer les barges tous les jours, ils vont comprendre”.
Denis Fabre, gérant de Mayotte Explo, réclame des aménagements d’urgence, notamment un ponton à Dzaoudzi, pour améliorer les conditions de travail des opérateurs nautiques et garantir la sécurité de leurs clients.
La population abandonnée à la gare maritime, alors que le Département-Région avait connaissance du mouvement depuis 15 jours
Sous les ombrelles de la gare maritime de Mamoudzou, la confusion règne. La barge Karihani n’a pas bougé depuis près d’une heure et les véhicules quittent le bateau en marche arrière sous les regards des passagers inquiets. “On n’était pas au courant de la grève”, indique l’un d’eux, son téléphone en main à la recherche d’informations.
Interrogés, les agents M’Safara qui gèrent la billetterie du réseau, avouent ne pas avoir été informés de la situation. Pourtant, cela fait 15 jours que le mouvement a été annoncé et que le Département-Région est alerté. Aucune communication n’a été faite auprès des usagers.
Les passagers dans la confusion à la gare maritime de Mamoudzou. Personne n’a anticipé les blocages, pas même le Département-Région pourtant informé.
Résultat, des dizaines de personnes s’entassent derrière la grille sans savoir si elle va finir par s’ouvrir. Les scooters viennent aussi en nombre au bord du quai dans l’incompréhension.
“C’est scandaleux de ne pas avoir prévenu”, lance une jeune femme, valise à la main, qui se dirige en vitesse au ponton d’urgence dans l’espoir d’y trouver un taxi-bateau, ou de monter à bord d’une embarcation de pêcheur, en vain. “J’ai un vol à 10 h, je ne sais pas ce que je vais faire”.
Plusieurs personnes qui avaient un vol à 10 h à l’aéroport Marcel Henry ont tenté de monter à bord de taxi-bateau, ou de bateaux de pêcheurs pour rejoindre Petite-Terre. En vain.
Mais sur le quai, tous sont rapidement invités à rebrousser chemin par la Police aux frontières, la seule qui a pu mener des allers-retours entre Mamoudzou et Dzaoudzi. Entre les membres du GAO et de la gendarmerie, quelques personnes ont tout de même pu rejoindre Mamoudzou via le pneumatique noir foncé. “Ils ne prennent que des fonctionnaires”, indique-t-on au milieu de la foule, sans que l’information ne puisse être vérifiée. Mais la rumeur suffit à faire froncer de nombreux sourcils.
“On s’est levé à 4 h du matin pour venir de Dzoumogné !”, s’insurge un homme, casque de moto sur la tête. “Les revendications des opérateurs sont légitimes, mais qu’ils laissent passer quelques barges, il ne faut pas tout bloquer sinon les gens ne vont pas comprendre leur mouvement. Il y en a qui travaillent, qui doivent prendre l’avion”.
“Si on ne peut pas passer, on va devoir intervenir sur un autre site”, raconte un ouvrier d’une entreprise de travaux hydrauliques, vêtu d’un gilet orange fluo, “chaque jour on a des quotas à respecter et le blocage de ce matin nous plante un peu, ça va augmenter nos délais d’intervention”.
Le ponton d’urgence de Mamoudzou va être réparé, avec notamment le remplacement de plusieurs taquets, indispensables pour l’amarrage des bateaux.
Au bout d’une heure et demie, la barge Karihani, désormais vide, quitte Mamoudzou direction Dzaoudzi. Les opérateurs demandent à rencontrer des élus du Département-Région, sinon ils ne bougeront pas.
Une réunion ce mardi entre le Département-Région et les opérateurs, mais des questions en suspens
Face à l’ampleur du mouvement, deux représentants finissent par arriver sur le ponton aux alentours de 9 h et trois barges sont autorisées à passer. Un soulagement pour les habitants. A l’aéroport, les vols ont été repoussés afin de permettre aux passagers d’embarquer.
Malgré plusieurs revendications claires, les opérateurs nautiques sont toujours dans la confusion d’un calendrier flou, entre projets urgents, provisoires, définitifs, appels d’offres en cours ou abandonnés.
“Une honte, cette situation est une honte. On critique mais même aux Comores ils font mieux”, interpelle un homme qui participe au blocage. Très vite, les représentants et les opérateurs nautiques s’accordent sur un rendez-vous, ce mardi 3 novembre au matin, pour mettre en place des solutions.
Si les opérateurs nautiques ont compris les délais nécessaires à la construction des pontons définitifs, ils demandent des solutions d’urgence. “Il nous suffit de deux pads en béton à Dzaoudzi et des réparations sur le ponton de Mamoudzou et c’est bon”, indique l’un d’eux au représentant de l’Assemblée. “Il fallait nous le dire, ça nous arrange si vous voulez cela, comme ça on annule la construction du ponton de secours, pour lequel on a lancé les appels d’offres et vous avez un ponton d’urgence le temps de mettre en place les travaux définitifs !”, s’exclame ce dernier.
S’ils n’obtiennent pas de réponses valables, les opérateurs menacent de bloquer les barges « chaque jour ».
Mais l’installation du ponton d’urgence de Dzaoudzi nécessitera de faire des travaux d’enrochement avant sa construction, vont-ils être effectués ? Faudra-t-il l’enlever pour construire le port de plaisance définitif ?
Autant de questions encore en suspens pour des opérateurs plongés dans l’incompréhension d’un calendrier qui devient de plus en plus complexe, entre appels d’offres en cours, projets maintenus et abandonnés. Seule la réparation du ponton d’urgence actuel à Mamoudzou a été actée. Les taquets manquants, petits morceaux de métal permettant aux bateaux de s’y accrocher, doivent être remplacés ce mardi.
“On a mobilisé 12 bateaux et on a bloqué tout le monde juste pour deux taquets”, rigole Denis Fabre. “On verra demain à la réunion si on a des avancées concrètes, mais sinon on va maintenir la grève et bloquer tous les jours”.