À l’occasion de la Journée nationale de la qualité de l’air, ce mercredi 14 octobre, Nils Paragot, ingénieur responsable d’études au sein de Hawa, l’association chargée de surveiller la qualité de l’air à Mayotte, fait le point sur la situation. Si l’air reste globalement de bonne qualité sur l’île, certaines zones, notamment les grands axes routiers, connaissent une pollution nettement plus importante.
A l’occasion de la journée nationale de la qualité de l’air, Nils Paragot, ingénieur responsable d’études au sein de Hawa, l’association chargée de surveiller la qualité de l’air à Mayotte, nous a dressé un bilan de la situation sur le territoire. Il est globalement positif : la qualité de l’air est bonne sur l’île aux parfums, mais il existe néanmoins une grande disparité selon les zones. Les abords des grands axes routiers à Kaweni et, dans une moindre mesure, à Koungou, la qualité de l’air est très mauvaise. Avec une moyenne de 20 000 véhicules par jour, la route nationale qui traverse cette zone concentre une importante pollution liée au trafic automobile. En revanche, il suffit parfois de s’éloigner des grands axes, notamment vers Kawéni village, pour retrouver un air de meilleure qualité.
Si Hawa a été créé en 2014 à Mayotte, dans le prolongement de la départementalisation, la question reste relativement méconnue sur l’île, comme dans beaucoup d’outre-mer. « La surveillance de la qualité de l’air découle du droit européen. Les textes affirment que les citoyens sont en droit de respirer un air de bonne qualité », développe Nils Paragot. Dans cette optique, l’association met en place régulièrement des actions de sensibilisation. Dès ce mois d’octobre, elle va se rendre dans les entreprises afin de sensibiliser les employés à cette question et elle se rendra dans les établissements scolaires dès le retour des vacances. Une campagne qui se poursuivra jusqu’à la fin de l’année pour rappeler qu’une qualité de l’air « globalement satisfaisante » ne dispense pas de prévenir les pollutions locales.

Les particules fines, principal problème à Mayotte
Pour surveiller la pollution atmosphérique, Hawa utilise l’indice Atmo, établi à partir de cinq polluants : les particules fines PM10 et PM2,5, le dioxyde d’azote, l’ozone et le dioxyde de soufre. À Mayotte, ce sont surtout les particules fines qui posent problème. Issues notamment des gaz d’échappement, de l’usure des pneus et des freins, elles proviennent aussi des poussières soulevées par les véhicules. L’état des routes joue ici un rôle important : après les pluies, la boue déposée sur les chaussées sèche, puis se retrouve en suspension dans l’air au passage des voitures. Le phénomène est accentué par l’érosion des sols et la présence de nombreux padzas, ces terrains dénudés dus à des monocultures de bananes ou de manioc qui dévégétalisent progressivement les sols.
À ces sources de pollution s’ajoute le brûlage des déchets, pourtant interdit mais encore largement pratiqué sur le territoire. « C’est la cerise sur le gâteau », ironise Nils Paragot, qui souligne la difficulté de quantifier ces émissions. Hawa commence également à s’intéresser à des polluants émergents, notamment les microplastiques présents dans l’air, étudiés avec des chercheurs d’Aix-Marseille. Leur impact sanitaire reste encore mal connu, faute de seuils de référence établis. Enfin la présence de pesticides dans l’air est également mesurée.
Des conséquences sanitaires parfois graves
Respirer un air pollué n’est pas sans conséquences. « Cela peut provoquer une irritation des voies respiratoires conduisant parfois à des bronchites chroniques, parfois des maladies cardiovasculaires et, à long terme, certains cancers figurent parmi les risques », explique l’ingénieur. C’est toutefois l’asthme qui constitue la conséquence la plus fréquente d’une dégradation de la qualité de l’air. « Lors de mes interventions dans les établissements scolaires, je constate régulièrement la présence d’enfants asthmatiques ou ayant un proche concerné », note Nils Paragot. Une situation qui semble s’être aggravée par rapport à autrefois, sans que nous ayons en possession les statistiques qui pourraient clairement le démontrer.

L’ingénieur recommande notamment d’éviter les activités sportives à proximité des routes très fréquentées. « Faire son jogging au milieu des gaz d’échappement peut considérablement réduire les bénéfices de l’exercice physique », prévient-il. Mieux vaut, lorsque cela est possible, privilégier des secteurs éloignés de la circulation même si ce choix se heurte malheureusement, à Mayotte, à la question de la sécurité et de l’éclairage public.
Urbanisme, transports et chantiers : plusieurs leviers d’action
Pour améliorer la situation, Hawa travaille avec les collectivités sur différentes pistes : entretien des routes, meilleure évacuation des eaux pluviales, réduction du trafic automobile et respect des normes environnementales sur les chantiers. Les entreprises devraient notamment bâcher leurs camions et nettoyer leurs roues afin d’éviter de disperser boue et poussières sur les chaussées. « C’est normalement obligatoire, mais beaucoup de le font pas systématiquement », déplore l’ingénieure qui révèle que « les contrôles à ce sujet reste encore peu fréquents sur l’île ».
Le développement des transports collectifs, avec l’arrivée de Caribus, pourrait également contribuer à limiter les émissions. Mais changer les habitudes ne sera pas simple sur un territoire où la voiture reste fortement associée à « la réussite sociale ». Quant au brûlage des déchets, notamment végétaux, son interdiction doit encore être mieux respectée.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.




































