Université de Mayotte : la reconduction annoncée d’Abal-Kassim Cheik Ahamed à la présidence suscite une polémique au sein de la communauté universitaire

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Ce mardi 3 novembre 2026, le conseil d’administration de l’Université de Mayotte a placé le président sortant, Abal-Kassim Cheik Ahamed, largement en tête des candidats à la direction de l’établissement. Or de nombreux personnels de l’Université ainsi que plusieurs organisations syndicales n’ont eu de cesse de dénoncer, ces dernières années, une gestion qualifiée de « catastrophique » et s’interrogent sur le système de vote ayant permis ce résultat.

Avec 15 voix contre 4 et 1 pour ses concurrents, Abal-Kassim Cheik Ahamed remporte haut la main le vote du conseil d’administration pour la désignation du président de la structure. Si ce dernier est validé par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace et que le ministre procède à sa nomination officielle, Abal-Kassim Cheik Ahamed sera donc renouvelé pour 5 ans dans ses fonctions et débutera un nouveau mandat le 14 décembre 2026. Or cette future nomination pose question au sein de la communauté universitaire, dans un contexte marqué par des contestations récurrentes de la gouvernance et plusieurs procédures judiciaires.

Une gouvernance fortement critiquée

Au cours des 5 années de présidence d’Abal-Kassim Cheik Ahamed, des enseignants-chercheurs, des personnels administratifs ainsi que plusieurs organisations syndicales ont dénoncé d’importants dysfonctionnements au sein de l’Université. En 2023, sa direction aurait utilisé le prétexte de la cyberattaque de la fin du mois de décembre pour justifier le refus de communiquer certains documents administratifs. Or les résultats de l’expertise informatique ont démontré qu’en réalité très peu de fichiers avaient été détruits. Si l’affaire est encore en train d’être jugée, la direction de l’Université nie ces allégations, affirmant que « l’expertise informatique ne portait que sur une petite partie de ses serveurs ». Une allégation que contestent pourtant plusieurs membres du service informatique. Par ailleurs, une étudiante-stagiaire avait été privée de son diplôme suite à une erreur de calcul de sa moyenne par l’Université, erreur qu’elle s’était toujours refusée à corriger. Enfin, la direction avait également refusé d’utiliser le système de promotion interne mis en place par le Ministère (« repyramidage »), au prétexte qu’elle « avait choisi une autre voie pour étoffer son corps professoral ». Une position qui a donc privé, de fait, les Maîtres de conférences de l’Université de Mayotte de possibilités de promotion au professorat, provoquant une vive polémique.

Devant ces nombreux dysfonctionnements, les syndicats CGT Educ’Action et Sup’Recherche-UNSA ont adressé une lettre ouverte au président Emmanuel Macron le 17 juillet 2026, dans laquelle ils dénonçaient les dysfonctionnements administratifs de l’Université de Mayotte, des conflits sociaux, des soupçons de favoritisme et des décisions de justice défavorables à l’établissement. Ils réclamaient une nouvelle inspection indépendante et la mise sous administration provisoire de l’Université. Un article à ce sujet était même sorti dans le célèbre journal national Le Canard Enchaîné. Mais depuis, ce courrier des syndicats semble être resté « lettre morte », ce que confirme la réélection récente d’Abal-Kassim Cheik Ahamed à la présidence par le conseil d’administration.

Un choix de système de vote fortement critiqué

Si le scrutin de ce mardi 3 novembre a été organisé selon la procédure prévue par les statuts de l’Université de Mayotte, certains Maîtres de conférences s’interrogent sur la légitimité de ce système, différent des universités françaises de droit commun. En effet, malgré son appellation, l’Université de Mayotte est un établissement relevant du régime des instituts et écoles extérieurs aux universités. Son dirigeant, appelé « président » par les statuts de l’établissement, est juridiquement un directeur, nommé par le ministre sur proposition du conseil d’administration. Selon plusieurs membres de la communauté universitaire, ce système favoriserait particulièrement le maintien du dirigeant sortant, sans que les personnels de la communauté universitaire n’aient véritablement « leur mot à dire ». Et ce, même si de nombreux enseignants se déclarent très mécontents de la manière dont Abal-Kassim Cheik Ahamed gère l’Université.

Le conseil d’administration est composé de 20 membres : 10 représentants élus des personnels et des étudiants et 10 personnalités extérieures. Or, au sein de cette dernière catégorie, 6 sont désignées suivant une procédure dans laquelle le président de l’Université joue un rôle déterminant. Autrement dit, le dirigeant de l’établissement intervient dans le choix de 6 des 20 membres du conseil appelés, quelques années plus tard, à se prononcer sur son propre renouvellement. Même si ces personnalités demeurent libres de leur vote, pour la communauté universitaire « ce mécanisme soulève une question évidente d’indépendance et de représentativité démocratique ».

Les statuts de l’Université de Mayotte remis en cause

Les statuts de l’Université de Mayotte font actuellement toujours l’objet d’un recours déposé devant le tribunal administratif. « Comment garantir une gouvernance véritablement démocratique lorsque les personnels de l’établissement disposent d’une représentation aussi limitée dans le choix de leur dirigeant et que ce dernier intervient lui-même dans la composition de l’instance appelée à se prononcer sur son renouvellement ? », s’interrogent plusieurs représentants des personnels de l’Université. Cette question continue à alimenter une polémique qui survient dans un contexte de tensions persistantes, de contestations syndicales et de procédures judiciaires mettant en cause plusieurs décisions de la direction.

nora-godeau
Journaliste

Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.

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