Grève du 5 novembre : l’école mahoraise face aux arbitrages budgétaires de Paris

Si l’appel national à la grève visait à faire converger les différentes luttes, le cortège de ce jeudi 5 novembre à Mayotte a principalement mobilisé le milieu éducatif, avec les syndicats, les enseignants, les personnels d’établissements et les lycéens en tête. Face aux demandes de meilleures conditions d’apprentissage, de titularisation des personnels précaires et de renforcement des moyens humains, le rectorat assure être suspendu aux arbitrages budgétaires du ministère.

Pancartes et drapeaux en main, enseignants, personnels d’établissements scolaires, syndicats et surtout lycéens se sont réunis devant le rectorat à Mamoudzou, mais aussi à Chirongui, au carrefour de Madame Anziz, pour faire entendre leurs voix dans le cadre de l’appel national à la grève, ce jeudi 5 novembre.

Grève du 5 novembre : l’école mahoraise face aux arbitrages budgétaires de Paris
Lycéens en tête de cortège, la mobilisation a rassemblé l’ensemble du monde éducatif autour d’une même demande : de meilleures conditions d’apprentissage et d’enseignement.

“Nous voulons étudier et enseigner dans de dignes conditions”, note une banderole, “Bassi Ivo (ça suffit) Parcoursup, manque de profs et de salles, salles à 40 degrés sans fenêtres, classes surchargées, toilettes insuffisantes”, relève une autre.

Les lycéens en tête du cortège

Plus d’un mois après les premières manifestations lycéennes, le 29 septembre, place de la République, les slogans restent les mêmes, preuve que la colère ne retombe pas, signe aussi qu’aucune réponse n’a été à la hauteur des lycéens.

“Samedi dernier, nous avons eu un conseil des déléguées de la vie lycéenne avec le rectorat au lycée de Kahani, et nous n’avons obtenu aucune réponse, aucune échéance sur les travaux, aucun suivi annoncé”, signale Shayna, 16 ans, lycéenne au lycée Younoussa Bamana, sous l’approbation de ses camarades. “On nous dit qu’il n’y a pas d’argent, qu’il n’y a pas de temps, qu’il y a des choses plus importantes. Ils disent qu’ils ont fait des efforts mais on ne voit rien”.

“Les toilettes du lycée ont été rouvertes, mais elles sont toujours sales. Les élèves n’osent même plus y aller et pourtant on nous pointe du doigt, ça ne passe plus. On se retrouve encore avec des tables sans chaises et des chaises sans tables, des robinets avec de l’eau non potable”, ajoute Shayna.

“On est obligé de manifester pour avoir de l’eau, vous vous rendez-compte ? On ne se contente plus d’espérer quelque chose aujourd’hui, on demande le minimum pour se sentir respecté”.

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Bruno Dezile, secrétaire général de la CGT Educ’action.

En plus des élèves du lycée Younoussa Bamana, certains sont venus du lycée polyvalent de Kawéni (LPO) pour pouvoir s’exprimer. “A Kawéni on ne peut pas manifester sous peine de se faire virer, et à cause des violences lors du dernier rassemblement c’est compliqué”, lance une élève de première en CAP cuisine.

“Au LPO certains surveillants nous font du chantage, en nous disant, “tu couches avec moi j’enlève tes absences”, c’est grave. Il y a aussi un manque de professeurs important. On veut que ça change”.

Aux côtés des lycéens qui ont animé le cortège du début à la fin, dans une énergie débordante, syndicats et professeurs sont venus manifester contre le gouvernement, en écho au mouvement national, tout en rappelant également les revendications propres à Mayotte. Les enseignants d’EPS ont demandé une nouvelle fois la construction de 4 piscines flottantes pour un accès à la natation “pour tous les enfants”.

Une logique budgétaire qui anéantit toutes les revendications

Pour Bruno Dezile, secrétaire général de la CGT Educ’action, la priorité reste la fin de la précarité des personnels. “On a plus de 3 000 personnels qui sont précaires dans cette académie et qui ont besoin d’être reconnus”, avance-t-il. Le syndicat demande notamment leur titularisation, ainsi qu’une revalorisation des personnels contractuels, notamment les AESH et les AED. Il réclame également l’IRCANTEC – le régime de retraite complémentaire des agents contractuels de la fonction publique – pour les contractuels à Mayotte, qui ne bénéficient pas du même régime que leurs collègues de l’Hexagone.

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Au-delà des revendications propres à Mayotte, les manifestants ont également dénoncé la politique du gouvernement actuel

La CGT Educ’action met également en avant les conditions d’accueil des élèves et de travail des personnels. Rénovation et construction de bâtiments, de salles de classe supplémentaires pour réduire les effectifs, de sanitaires, de CDI ou de salles de permanence figurent parmi les revendications. Le syndicat demande également qu’une collation ou un repas soit gratuit pour l’ensemble des élèves de l’académie.

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Le manque de personnel est également pointé du doigt, notamment pour mieux encadrer les élèves. “Pour combattre le harcèlement dans les établissements scolaires, il faut plus d’adultes. Il faut plus d’AED, il faut plus de psychologues, il faut plus d’infirmières”, estime Bruno Dezile.

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Enseignants, lycéens, personnels d’établissements, réunis devant le rectorat.

Reste désormais la question des réponses apportées à ces revendications. Pour le secrétaire général de la CGT Éduc’action, une grande partie des demandes dépend directement du ministère de l’Éducation nationale. “Le rectorat, c’est juste un interlocuteur qui nous sert de passerelle, à travers la rectrice qui fait remonter nos besoins au niveau du ministère”, explique-t-il. Selon lui, les demandes se heurtent ensuite aux restrictions budgétaires.

“On est vraiment sur une logique de restriction budgétaire et de faire un maximum d’économies. À chaque revendication, on sait que le ministère pense aux enveloppes derrière et c’est là-dessus que ça bloque, alors qu’à Mayotte, ça devrait être à l’opposé de tout ça”.

Le rectorat assure aller au bout des compétences dont il dispose avec les moyens dont il dispose

Une réunion entre les représentants des syndicats et le rectorat s’est tenue à 11 h. Les échanges ont finalement confirmé, au moins en partie, le constat dressé par Bruno Dezile. Le rectorat a ainsi rappelé que plusieurs revendications relèvent de l’arbitrage ministériel. Ainsi certaines demandes concernant les moyens humains ont été retoquées, comme celle d’une nouvelle grille pour les assistants d’éducation (AED).

Sur les conditions d’accueil des élèves et d’exercice des personnels, le rectorat reconnaît des difficultés. Depuis le passage du cyclone Chido, des mesures ont été prises pour reconstruire et améliorer les établissements, selon l’académie mais “la pression démographique” complique la mise en œuvre des travaux et des solutions.

Concernant l’annonce du ministre de l’Éducation nationale de plafonner les effectifs en seconde à 28 élèves dans la moitié des lycées les moins favorisés, le rectorat cherche désormais à savoir où installer les salles de classe supplémentaires nécessaires. Salles disponibles dans les établissements actuels, foncier à proximité, installation de modulaires, plusieurs pistes sont étudiées pour répondre à cette nouvelle contrainte. Les installations “hors site” ne sont pas la solution idéale, mais peuvent être déployées plus rapidement, entre six et dix mois selon le rectorat, en attendant la construction de nouveaux établissements, qui nécessitera plusieurs années.

Sur la question de l’enseignement de la natation, le rectorat s’est également dit favorable au développement des bassins flottants. Celui installé à Bandrélé constitue pour l’instant une expérimentation, avec l’objectif d’en avoir un par intercommunalité. Leur déploiement dépend toutefois aussi des collectivités. Le rectorat rappelle par ailleurs être la seule académie à recruter des maîtres-nageurs, avec sept recrutements effectués, et assure aller “au bout des compétences dont il dispose avec les moyens dont il dispose”.

Sur tous les sujets, les besoins supplémentaires seront remontés au ministère, assure le rectorat. Il attend désormais le vote du budget, qui déterminera les moyens dont il disposera pour répondre aux besoins identifiés. Une partie des réponses attendues à Mayotte dépendra donc des arbitrages qui seront rendus à Paris.

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