Fondation de France : 28 millions d’euros ont déjà été engagés pour la reconstruction de Mayotte sur les 44,4 millions d’euros de dons récoltés

Suite à Chido, la Fondation de France a recueilli 44,4 millions d’euros de dons privés. Début octobre, environ 28 millions étaient déjà engagés au travers des diverses associations d’utilité publique engagées dans la reconstruction de l’île. Karine Meaux, directrice du « pôle urgence catastrophes naturelles majeures » au sein de la Fondation de France, nous explique en toute transparence la manière dont les fonds ont été utilisés et ce qu’il reste encore à accomplir.

Créée il y a 60 ans par le général De Gaulle et André Malraux, la Fondation de France est aujourd’hui un organisme 100% privé, qui a pour objectif de recueillir et d’utiliser à bon escient les dons des Français qui souhaitent œuvrer pour des causes d’intérêt général. « Notre rôle est d’identifier les acteurs qui vont pouvoir répondre aux besoins de la société et donc de faciliter le transfert de l’argent des donateurs vers les organisations qui ont besoin de cet argent », explique Karine Meaux, directrice du « pôle urgence catastrophes naturelles majeures » au sein de la Fondation de France. Tous les fonds collectés sont privés et uniquement redistribués à des organismes privés à but non lucratif, c’est-à-dire des organisations de la société civile, principalement incarnées en France par des associations loi 1901, tout domaine de l’intérêt général confondu.

Fondation de France : 28 millions d’euros ont déjà été engagés pour la reconstruction de Mayotte sur les 44,4 millions d’euros de dons récoltés

Suite au passage du cyclone Chido en décembre 2024, la Fondation de France a fait un appel aux dons et a ainsi recueilli 44,4 millions d’euros de la part de Français désireux d’aider Mayotte à se reconstruire. « C’est la plus grosse collecte que la Fondation de France n’ait jamais fait dans le cadre des urgences », précise la directrice, preuve que la solidarité nationale après Chido a été massive. « Même si nous avons la possibilité de collecter des fonds à l’international, les dons reçus après Chido sont venus principalement de donateurs français de métropole, que ce soit de la part d’entreprises, de particuliers, ou même d’enfants qui ont récolté de l’argent en vendant des gâteaux dans leur école », souligne encore Karine Meaux.

Le gros des dons a été récolté durant les 8 premières semaines qui ont suivi le passage du cyclone. L’argent a été ensuite réparti en fonction des priorités, en commençant, bien sûr, par les urgences vitales.

2-3 semaines post-Chido : les urgences extrêmes

« Dès le lendemain du passage de Chido, mes collègues ont envoyé des communiqués de presse et j’ai commencé à constituer un comité d’experts bénévoles et à contacter des associations pour qu’elles nous remontent des projets », raconte la directrice du « pôle urgence catastrophes naturelles majeures ». Malgré la coupure des réseaux téléphone et internet, l’immense réseau de la Fondation de France a permis que des personnes soient contactées rapidement. Karine Meaux s’est rendue quant à elle à Mayotte par le premier vol affrété par la sécurité civile, environ une semaine après la catastrophe. A l’aide d’un véhicule de fortune trouvé sur place, elle a sillonné le territoire afin de prendre directement contact avec les associations qui aidaient les gens sinistrés dans la rue. « Les fonds ont commencé à être engagés dès les 2-3 premières semaines qui ont suivi Chido. Jusqu’au mois d’avril environ, c’est-à-dire jusqu’au ramadan, la majeure partie de notre énergie et de nos fonds ont été mobilisés pour des projets d’urgence extrême : eau, alimentation, besoins de première nécessité », explique-t-elle. Comme il s’agissait là d’une « aide humanitaire », aucune conditionnalité n’était demandée pour recevoir cette aide. Cependant, la Fondation a principalement financé des associations mahoraises connaissant bien la population locale, afin de s’assurer que l’argent récolté aille bien aux personnes réellement dans le besoin et d’éviter toute forme d’abus.

Les clubs sportifs : de gros vecteurs de cohésion sociale à Mayotte

350 associations mahoraises ont ainsi participé à la reconstruction de l’île depuis le passage du cyclone. « On priorise les associations qui ont une faible capacité de collecte », indique la directrice. « Les grosses peuvent aller chercher l’argent public elles-mêmes », précise-t-elle.

Fondation de France : 28 millions d’euros ont déjà été engagés pour la reconstruction de Mayotte sur les 44,4 millions d’euros de dons récoltés

Très vite, les questions sanitaires ont fait leur apparition. « Lors de catastrophes comme Chido, des épidémies sont à craindre notamment à cause de l’accumulation des déchets », poursuit Karine Meaux. La Fondation a beaucoup travaillé avec la protection civile sur les questions sanitaires et a très vite été submergée de demandes de la part des clubs sportifs. « C’est très spécifique à Mayotte, je n’ai jamais vu cela ailleurs en 25 ans de métier, mais tous les clubs sportifs de villages étaient mobilisés pour effectuer de la distribution alimentaire et mettre en place des activités pour occuper les jeunes et libérer ainsi les parents », raconte-elle. Au plus proche de la population, ces clubs font en effet souvent le lien entre les différentes situations sociales et communautés et assurent ainsi la cohésion sociale à l’intérieur des villages.

La nature : une priorité pour les Mahorais

Dès son arrivée sur place, Karine Meaux a constaté que beaucoup de demandes avaient trait à la nature. « J’ai constaté que pour les Mahorais la nature avait une importance majeure », déclare-t-elle. « Nous avons reçu énormément de demandes pour aller nettoyer les espaces, les rivières, et replanter les forêts et mangroves », poursuit-elle. Beaucoup de demandes ont cependant dû être refusées car, peu de gens le savent, mais après une catastrophe naturelle majeure, il faut laisser la nature se régénérer d’elle-même pendant un an. La Fondation de France a donc beaucoup travaillé avec les acteurs environnementaux de l’île comme la FMAE, les réseaux EDD et les associations. Du nettoyage encadré par l’ONF et les associations environnementales a ainsi pu être réalisé sans nuire à la nature et à sa capacité autonome de régénération.

Appuyer l’agriculture locale afin de limiter les importations

Dès février 2025, face au gros problème alimentaire, la Fondation de France s’est penchée sur le problème agricole, en lien avec la CAPAM et des coopératives mahoraises. Le but était de relancer la production locale afin de moins dépendre des importations extérieures. La Fondation a ainsi financé le nettoyage des espaces agricole et a fourni du petit matériel aux agriculteurs. Elle a même, dans un second temps, financé l’achat de semences et de plans.

L’un des plus gros volets de financement de la Fondation de France a concerné la reconstruction de l’habitat détruit par Chido. Une question complexe qui a nécessité une réflexion approfondie que nous aborderons dans le deuxième article de notre série consacrée à l’utilisation de l’argent des dons privés par la Fondation de France. Vous pourrez le découvrir dans la prochaine édition du Flash Info.

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Journaliste

Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.

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