Accouchements hors maternité, évacuations sanitaires : les défis de la périnatalité à Mayotte

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Avec 9 070 naissances enregistrées en 2025, dont 710 en dehors des structures hospitalières, Mayotte fait face à d’importantes difficultés en matière de santé périnatale. Réunis ce mercredi 4 novembre à la Technopole de Dembéni, pour les 13es Journées périnatales de Mayotte, les professionnels de santé ont dressé un état des lieux de la prise en charge des nouveau-nés et de leurs familles, notamment en matière d’accès aux soins et d’évacuations sanitaires.

En 2025, 710 enfants sont nés à domicile ou sur la route à Mayotte, soit près de 8 % des naissances, contre moins de 0,5 % à l’échelle nationale. Un chiffre rappelé ce mercredi par Étienne Billot, directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS), lors de l’ouverture des Journées périnatales organisées par le réseau Répéma. Sur les 9 070 naissances enregistrées l’an dernier, 6 210 ont eu lieu à la maternité de Mamoudzou.

Les taux de mortalité maternelle et infantile restent par ailleurs nettement supérieurs aux moyennes nationales, selon les données de Santé publique France. Parmi les facteurs identifiés par l’ARS figurent la précarité socio-économique, les grossesses précoces et un suivi médical des femmes enceintes souvent tardif ou insuffisant. En 2025, 4,5 % des nouveau-nés avaient une mère mineure, contre 0,3 % au niveau national.

Pour améliorer la prise en charge, le directeur de l’ARS a insisté sur la nécessité de renforcer le suivi des grossesses, de sécuriser les transports vers les maternités et de développer les structures de proximité. Il a notamment présenté le renforcement de la médicalisation de la maternité de Kahani comme une priorité. « Les indicateurs de mauvaise santé périnatale ne doivent pas être considérés comme une fatalité », a-t-il souligné.

Près d’un enfant sur trois évacué sans accompagnant entre 2018 et 2023

Les évacuations sanitaires (EVASAN) figuraient parmi les principaux sujets de cette première journée. En 2025, le Centre hospitalier de Mayotte (CHM) a assuré 1 823 transferts sanitaires, toutes spécialités confondues, dont 645 sur civière et 20 en couveuse. Une activité qui a doublé en dix ans, selon le docteur Vincent Gilles, responsable médical des EVASAN au CHM.

Mais au-delà de l’organisation médicale, c’est la question de l’accompagnement des enfants qui interpelle. Présentant les résultats d’une recherche sur les évacuations sanitaires entre Mayotte et La Réunion, la sociologue Céline Gabarro a indiqué que seuls 67,6 % des enfants évacués entre 2018 et 2023 avaient été accompagnés d’un proche durant le trajet. Une proportion qui varie selon la nationalité : 57 % pour les enfants comoriens, contre 80,7 % pour les enfants français.

Ces différences s’expliquent notamment par les obstacles administratifs, les titres de séjour territorialisés à Mayotte ne permettant pas aux ressortissants étrangers de se rendre à La Réunion sans laissez-passer. Les contraintes financières, les difficultés d’hébergement et la nécessité de s’occuper des autres enfants restés à Mayotte peuvent aussi empêcher les parents de partir.

Le docteur Vincent Gilles a confirmé des difficultés persistantes concernant les laissez-passer, malgré quelques améliorations récentes. Il a alerté sur les conséquences des séparations prolongées entre parents et enfants, certaines hospitalisations à La Réunion pouvant durer plusieurs mois.

Depuis 2025, la gestion des EVASAN est répartie entre le CHM, chargé des transferts urgents ou nécessitant une assistance médicale, et le guichet unique de la Caisse de sécurité sociale de Mayotte (CSSM), qui organise les départs programmés des assurés sociaux autonomes. Ce dernier traite environ 250 dossiers par mois, dont 90 % reçoivent un avis favorable.

Accouchements hors maternité, évacuations sanitaires : les défis de la périnatalité à Mayotte
De gauche à droite : le docteur Goudjo, président des Journées périnatales, le docteur Soumet Abasse, président du réseau Répéma, Mme M. Ousseni, responsable du guichet unique EVASAN de la CSSM, et le docteur Vincent Gilles, responsable médical des évacuations sanitaires au CHM.

Mais la définition même de l’autonomie a suscité des interrogations de la part d’une assistante sociale présente dans la salle. Si un patient est capable de se déplacer seul, il n’est pas nécessairement en mesure d’organiser son séjour, par exemple s’il n’a jamais pris l’avion. Par ailleurs, « Il part fragilisé, il est malade », a-t-elle rappelé. Or, la CSSM évalue principalement l’autonomie physique des patients, sans tenir compte de leurs difficultés administratives ou sociales. Mme M. Ousseni, responsable du guichet unique de la CSSM, a reconnu ce besoin d’accompagnement et indiqué travailler avec des partenaires pour développer un soutien au départ de Mayotte et à l’arrivée à La Réunion.

L’accueil des patientes remis en question

L’humanisation des soins, troisième grand thème de ces journées, a été soulevée dès l’ouverture par le docteur Goudjo, directeur de la PMI-Prévention santé et président de cette édition. Il a dénoncé certaines pratiques d’accueil au sein des centres de protection maternelle et infantile (PMI).

« Il y a un regard qui tue ou des paroles qui blessent », a-t-il regretté en évoquant les femmes enceintes et adolescentes parfois découragées à leur arrivée. « La PMI est un lieu d’accueil inconditionnel », a-t-il rappelé, invitant les professionnels à signaler ces situations.

Les échanges se poursuivront jeudi 5 novembre autour de l’humanisation des soins, de la place des familles et des relations entre soignants et patients. L’ARS a par ailleurs confié au réseau Répéma l’élaboration d’une feuille de route pour la périnatalité sur la période 2026-2028.

Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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