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Jusqu’au terme de la mandature présidentielle en cours, Mayotte n’obtiendra rien de concret du bloc central qui gouverne la France. Pour les gouvernants de la métropole, Mayotte est destinée à servir de soupape de sécurité à La Réunion (elle-même considérée comme un sas de sécurité pour la France hexagonale), face à la vague migratoire en provenance des Comores et des pays d’Afrique de l’Est et de la région des Grands Lacs.
Le scénario cauchemardesque, favorisé par les discours préélectoraux de François Hollande, alors candidat à l’élection présidentielle, semble devoir servir d’enfer éternel aux Mahorais, dont le vote ne lui avait pas été favorable, pas davantage qu’à Emmanuel Macron, son successeur.
Les sénateurs français de droite assument pleinement leur choix en s’opposant au texte que Saïd Omar Oili a défendu hier après-midi au Palais du Luxembourg ! Leurs principaux arguments : un nouvel appel d’air migratoire et un risque de déstabilisation de La Réunion.
Drôle de Ve République que celle qui s’assoit sur une règle de punition collective frappant un demi-million d’individus ayant choisi de s’exprimer différemment de la métropole !
Porteur, hier après-midi au Sénat, d’une proposition de loi visant à supprimer de manière anticipée le visa territorialisé imposé aux étrangers vivant sur le sol mahorais, le sénateur Saïd Omar Oili s’est entendu dire par ses pairs de droite et du bloc central macroniste qu’une telle mesure ne saurait être adoptée, au motif qu’elle ne protégerait pas La Réunion de la submersion migratoire qui gangrène Mayotte.
Drôle de République égalitaire que cette France en ces temps de fin de règne !
Le gouvernement de Sébastien Lecornu a donc choisi, une fois de plus, de pratiquer la politique du deux poids, deux mesures entre les deux départements français de l’océan Indien.
En toile de fond de ce constat se trouve l’épineuse et très sérieuse question du traitement de l’immigration clandestine incontrôlée en provenance des Comores et des pays d’Afrique de l’Est et de la région des Grands Lacs, la Tanzanie de Samia Suluhu Hassan en étant l’un des épicentres.
Brandie pendant dix ans de mandature jupitérienne comme l’excuse dorée, voire diamantée, des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron pour justifier leur refus absolu d’œuvrer en faveur du développement durable de l’archipel de Mayotte, la question du visa territorialisé s’invite désormais dans les débats des prochaines échéances électorales inscrites à l’agenda politique national et régional français.
Pour aller droit au but (sans appartenir à l’Olympique de Marseille), il est ici question du fameux visa territorialisé, dont l’unique vocation est de confiner sur le sol mahorais les migrants régularisés sur place par la préfecture, quel que soit leur pays de provenance.
Hervé Reynaud, rapporteur de ce texte, rappelle lui-même, en commission des lois, que « la question renvoie, il est vrai, à une difficulté majeure à laquelle notre pays est confronté depuis plusieurs décennies : comment assurer le rapprochement progressif de Mayotte du droit commun de la République, tout en tenant compte d’une situation migratoire et démographique qui demeure sans équivalent sur le territoire national ? »
Un sujet brûlant dans l’archipel, qui donne lieu à de nombreuses joutes verbales entre l’actuel gouvernement de Sébastien Lecornu, le sénateur Saïd Omar Oili et les deux députées Estelle Youssouffa et Anchya Bamana.
Un sujet de discorde franco-français qui a fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours dans les commissions spécialisées de l’Assemblée nationale, avant de rejoindre l’hémicycle du Sénat, au Palais du Luxembourg, la haute chambre du Parlement français, plaçant dos à dos les élus de droite et de gauche.
En élu de proximité – ancien conseiller général, ancien président du conseil départemental et ancien maire de Dzaoudzi-Labattoir – Saïd Omar Oili a choisi, à son tour, de se faire l’écho de la détresse des habitants de Mayotte sur cette problématique qui conditionne leur vie quotidienne. Le 101e département français est devenu une véritable cocotte-minute, susceptible d’exploser à tout moment.
C’est face à ce risque d’explosion sociale, plus que palpable, que le sénateur mahorais a jugé bon de devancer l’échéance de 2030, date programmée dans le cadre d’un compromis conclu entre le Sénat et l’Assemblée nationale en juillet 2025, pour demander la suppression du visa territorialisé.
Cette posture d’une majorité de sénateurs, qui rejette la suppression anticipée du visa territorialisé, valable uniquement sur le sol mahorais, constitue un grand paradoxe si l’on tient compte d’une observation formulée par le même rapporteur, Hervé Reynaud.
Celui-ci relève en effet que, sur les 320 000 habitants recensés cette année dans l’archipel de Mayotte, entre 48 et 55 % seraient de nationalité étrangère, selon les chiffres officiels de 2025, et que 37 000 d’entre eux seraient détenteurs d’un titre de séjour. « D’où l’importance que soulève l’enjeu de toute évolution du droit des étrangers à Mayotte. »
Qu’advienne ce que pourra de la quiétude entre Réunionnais et Mahorais, tant que cela n’impacte pas directement Paris !
En vérité, une lecture de la politique macronienne s’impose aux habitants de l’archipel de Mayotte :
« Votre territoire est nécessaire à l’expansion de l’affairisme français dans l’Est de l’Afrique, mais vous n’êtes que de simples pions que nous devons réussir à déplacer à notre guise, selon notre bon vouloir, sans votre consentement ni dédommagement. Vous devez figurer dans la case des pertes et profits de la République ! »
Les habitants de Mayotte ont écouté avec la plus grande attention le récent podcast diffusé sur Facebook par Yves Jégo, ministre français des Outre-mer au moment de la départementalisation.
Selon lui, Mayotte a vocation à devenir le centre de la sous-région, grâce à des investissements financés par de l’argent « étranger », qui fait actuellement défaut à la France, sur le modèle de Dubaï, aux Émirats arabes unis.
Un doux rêve qui laisse entrevoir, en arrière-plan, la possibilité de faire des Mahorais des étrangers sur leur terre natale et ancestrale, tout en faisant d’eux, dans le même temps, des marionnettes chargées d’amadouer les mastodontes économiques d’Afrique de l’Est que sont le Mozambique, la Tanzanie et le Kenya, sans oublier les pays voisins que sont l’Afrique du Sud, le Botswana, le Zimbabwe et le Malawi, ni le géant malgache, cousin germain du Mahorais.
Un festin de roi sur lequel lorgnent la Région et le Département de La Réunion, par procuration de puissants intérêts financiers extérieurs.
Les Mahorais en ont eu pour leur argent la semaine dernière avec le Ter Eco 2026, qui a permis au président du Département de vendre sur place, sans la moindre vergogne, les dernières billes qui restaient encore en jachère dans l’archipel aux plus offrants.
Alors que la République semble décidée à les faire passer par-dessus bord du lagon, voire à les faire déporter en Terre Adélie ou aux îles Kerguelen, dans les régions australes, il ne sera guère aisé de faire sans eux, même en multipliant les marionnettes de service, telles que Ben Issa Ousséni.
Saïd Omar Oili n’a pas perdu une seule miette de cette vente aux enchères déguisée du territoire de Mayotte, qui ne porte pas encore son nom.
Mieux encore, il en fait aujourd’hui l’amère expérience à travers cette proposition de loi qu’il a défendue en vain, hier, devant ses collègues sénateurs. Celle-ci porte sur la suppression du visa territorialisé, qui confine, sur les 374 kilomètres carrés de l’île, des centaines de milliers d’immigrés en situation régulière ou irrégulière !
Ce qui n’était qu’un secret de Polichinelle à l’occasion du passage de Manuel Valls, alors ministre des Outre-mer sous le gouvernement de François Bayrou, au lendemain du cyclone Chido, est désormais pleinement assumé par la galaxie macronienne : Mayotte est destinée à demeurer le sas de sécurité contre une vague migratoire qui ne doit, sous aucun prétexte, envahir La Réunion, afin d’éviter qu’elle ne déferle ensuite sur l’Hexagone et le reste de l’Union européenne.
En d’autres termes : « Continuez donc à souffrir des sept plaies de l’Égypte pharaonique, humbles Mahorais ! La République n’en a que faire, tant que cela ne contamine pas Paris ! » [NDLR]
Parmi les différents intervenants lors de l’examen de ce texte en commission des lois, il convient de retenir tout particulièrement l’intervention du sénateur Olivier Bitz :
« En renonçant aujourd’hui aux titres de séjour territorialisés, évidemment, nous créerons un appel d’air vers ce territoire d’Outre-mer… »
Il faut entendre ici La Réunion. Le sénateur estime donc que ce n’est vraiment pas le moment de modifier le texte défendu par son collègue Hervé Reynaud.
Ce dernier avance, quant à lui, des arguments différents : « Les efforts de convergence sociale en cours rendent Mayotte encore plus attractive pour les candidats à l’immigration. »
Le reste de cette démarche n’est donc qu’un vœu pieux.
Saïd Omar Oili, avec lequel la rédaction de Flash Infos a échangé par téléphone hier à la mi-journée, ne se faisait guère d’illusions quant à l’issue qui serait réservée à sa proposition de loi portant abolition du visa territorialisé à Mayotte.
Il n’est donc nullement étonné du message véhiculé hier après-midi par une majorité de sénateurs français : devant le Père tout-puissant, Saint-Pierre ne pèsera jamais plus lourd que le Christ lui-même ! Et tant pis pour les myriades de fidèles qui ne partageront pas cet avis.
Qu’advienne ce que pourra : la quiétude des Réunionnais vaudrait-elle davantage que la paix sociale sur le sol mahorais ? Pourvu, surtout, que cela n’impacte pas directement Paris et l’Hexagone !
Journaliste politique & économique

































