Six ans après une première édition qui avait réuni près de 2 000 participants et fait émerger 76 propositions, les Assises de la sécurité et de la citoyenneté de Mayotte reviennent du 21 au 24 septembre à Mamoudzou. Vendredi, les partenaires institutionnels ont dressé le bilan des actions menées depuis 2020 et présenté cette deuxième édition, avec un mot d’ordre : adapter les réponses aux nouvelles réalités du territoire et déboucher sur des engagements concrets.
« En 2020, nous avons fait le choix de ne plus subir et de réunir toutes les forces du territoire pour agir », a rappelé vendredi le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, lors de la conférence de presse de présentation des deuxièmes Assises de la sécurité et de la citoyenneté. Depuis, « beaucoup d’actions ont été engagées et beaucoup de choses ont changé », mais Mayotte a également traversé plusieurs crises et les problématiques de sécurité ont évolué. « L’insécurité n’est pas une fatalité », a-t-il insisté.
Organisée par la Ville de Mamoudzou, la préfecture, le Département-Région, l’Association des maires de Mayotte et la Cadema, cette deuxième édition entend donc repartir du travail engagé en 2020 pour déterminer ce qui doit être poursuivi, modifié ou renforcé.
35 actions issues des premières Assises
Les premières Assises avaient débouché sur un plan partenarial de 35 actions réparties autour de huit thématiques. Six ans plus tard, le bilan présenté vendredi fait état de sept actions réalisées, six engagées, six en cours et seize restant à documenter. Parmi les réalisations figurent notamment le développement de la vidéoprotection, les dispositifs de médiation et de prévention, les actions de soutien à la parentalité ou encore les groupements parentaux d’opération.
À Mamoudzou, la sécurité a représenté d’importants investissements, avec notamment l’extension du réseau de vidéoprotection, le renforcement des effectifs de sécurité et la création de dispositifs de prévention. Mais les organisateurs reconnaissent eux-mêmes que le bilan reste « perfectible », notamment en matière de suivi et d’indicateurs permettant de mesurer précisément les résultats.
Pour Soihibou Hamada, premier vice-président de la Cadema, la réponse ne peut de toute façon venir d’un seul acteur. État, collectivités, associations et familles doivent agir ensemble sur la prévention, l’éducation, l’insertion, l’emploi, l’aménagement des quartiers et le lien social, avant d’en arriver, lorsque cela est nécessaire, à la sanction. « Chacun de ces partenaires possède une partie de la réponse, la collaboration de tous est donc indispensable », martèle-t-il. L’objectif affiché pour cette deuxième édition est clair : « moins de constats et plus d’actions », avec des priorités identifiées, des responsables désignés, des délais et des résultats mesurables.
Les “problèmes de papiers” des jeunes également au cœur des débats
La question de la jeunesse devrait occuper une place importante dans les échanges. Le maire de Mamoudzou a notamment évoqué le cas de jeunes bacheliers admis dans des formations supérieures hors de Mayotte mais empêchés de quitter le territoire en raison de leur titre de séjour territorialisé. Dans « le meilleur des cas », car beaucoup n’ont simplement « pas de papiers tout court », territorialisé ou pas, alors même qu’ils réunissent toutes les conditions nécessaires à l’obtention, à minima, d’un titre de séjour qui leur permettrait d’au moins pouvoir suivre les formations supérieures disponibles à Mayotte. Le maire tient une permanence les vendredi pour recevoir ces jeunes, dont certains ont été reçus avec la mention « très bien » au bac, mais qui se retrouvent malgré tout « privés de perspectives d’avenir », selon les mots d’Ambdilwahedou Soumaila. « On ne peut plus mettre ça sous le tapis », a-t-il estimé, plaidant notamment pour davantage de titres de séjour accordés aux jeunes remplissant les conditions nécessaires. Selon lui, le problème ne peut cependant pas être réglé au cas par cas et nécessite une réponse de la préfecture. L’un des quatre ateliers des Assises sera justement consacré à l’accompagnement des situations administratives liées au droit au séjour.
La prise en charge des mineurs isolés et des jeunes présents la nuit dans les rues fait également partie des préoccupations. La Ville a notamment déployé des médiateurs de nuit chargés d’aller à leur rencontre. Pour Houssamoudine Abdallah, secrétaire général de l’Association des maires de Mayotte, face à une délinquance « très mobile » qui s’adapte en permanence, les pouvoirs publics doivent eux aussi continuellement faire évoluer leurs réponses. Il a également rappelé le rôle de l’éducation, de la transmission des valeurs et de la responsabilité des familles.
Quatre ateliers ouverts à tous
Du lundi 21 au jeudi 24 septembre, les Assises mêleront ateliers, débats, témoignages et actions de terrain. La population est notamment invitée à participer aux quatre ateliers thématiques consacrés aux conflits intervillages et à la sécurité du quotidien, au droit au séjour, à l’aménagement du territoire et aux ruptures sociales et familiales. Ils sont gratuits et ouverts à tous dans la limite des places disponibles.
Le Village citoyen, organisé jeudi après-midi place de la République à Mamoudzou, permettra également aux habitants de rencontrer les acteurs du territoire et de proposer leurs propres solutions. Une place accordée à la parole citoyenne que les organisateurs veulent centrale dans cette nouvelle édition. Les conclusions des quatre ateliers seront restituées jeudi 24 septembre.
Programme destiné au public et inscriptions : www.mamoudzou.yt/evenements/2emes-assises-de-la-securite-et-de-la-citoyennete-de-mayotte/
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.




































