Un Premier ministre (précédemment ministre des Outre-mer plusieurs fois) qui ferait en 6 mois ce qu’il n’a guère souhaité réaliser au profit de Mayotte au cours des deux mandatures d’Emanuel Macron, Bourahima Ali Ousséni n’y croit pas. Le Président du groupement « Les entrepreneurs de Mayotte » fait une lecture différente de celle de certains élus locaux quelques jours après le passage à Mayotte de Sébastien Lecornu, le chef du gouvernement français. Il plaide en faveur d’un nouveau projet de société que devrait, selon lui, porter le Président de l’Assemblée de Mayotte et son collègue de l’Association des Maires de Mayotte.
Bourahima Ali Ousséni, Président des Entrepreneurs de Mayotte (nouvelle appellation de la CPME) constate que la refondation de Mayotte post-Chido est un échec patent, et que son démarrage n’est constitué que d’un verbiage officiel creux. Un démarrage raté qu’il attribue à un manque d’entente de tous les acteurs locaux, premiers concernés dans cette affaire. A ses yeux, le gouvernement Lecornu n’a fait que ce qu’il voulait, comme il le voulait, et depuis Paris. « Je reste sur ma faim et je ne suis pas rassuré parce qu’à plusieurs reprises, nous avons fait des propositions, notamment lorsqu’il a fallu voter la loi sur la refondation de Mayotte à l’été 2025. Le monde économique a largement contribué à enrichir le débat, y compris pour la mise en place de la LODEOM et le maintien du CICE, en demandant des adaptations spécifiques à l’économie locale. Un an et demi après le passage du cyclone Chido, force est de constater aujourd’hui que nous n’avons pas été écoutés et que nous avions raison ».
A l’image de centaines de milliers d’habitants de l’archipel de Mayotte et des médias (locaux, nationaux et internationaux), il constate que le territoire est à terre à tous les niveaux et que les entreprises se trouvent surendettées, les défaillances se cumulant jour après jour. « Toutes ces annonces faites par le Premier ministre, nous n’y croyons pas trop étant donné que nous sommes à la fin de la mandature d’Emannuel Macron et que ce gouvernement ne va pas tarder à rendre son tablier et quitter ses fonctions. Nous restons donc réellement sur notre faim car l’avenir de l’île est incertain », relève avec amertume l’entrepreneur mahorais. Il fait part de sa profonde inquiétude en se basant sur une réalité simple : cette situation catastrophique va se répercuter sur le quotidien des habitants à travers une forte augmentation du coût des denrées alimentaires, des matériaux de construction, du prix du transport terrestre et aérien malgré le saupoudrage ici et là de quelques aides d’Etat largement insuffisantes pour préserver l’économie ou permettre d’impulser une nouvelle dynamie de développement.
« Pour avoir une certitude sur ce que je dis, il suffit d’aller jeter un coup d’œil sur certains sites officiels pour constater qu’il y a très très peu de marchés qui sortent s’agissant de la reconstruction de Mayotte, la rénovation ou la réparation des dégâts causés par le cyclone Chido. La raison est simple, les fonds ne sont pas là, pas plus pour les collectivités locales que pour les entreprises privées, petites ou grandes ».
L’absence de toute déclaration du Premier ministre au sujet de la résorption des millions d’euros de factures impayées post-Chido dans les communes inquiète les entrepreneurs mahorais
Bourahima Ali Ousséni rejette en bloc les affirmations de Sébastien Lecornu faisant état de fonds présents à Mayotte mais non utilisés par les élus locaux. Son explication est que la prétendue présence de ces fonds se limite au papier et qu’en vérité, les crédits de paiement ne sont pas réels. « L’argent sonnante et trébuchante n’est pas dans les comptes bancaires des collectivités locales mahoraises et ceux de la préfecture de Mayotte. Dès lors, rien ne peut se faire concrètement et il faut arrêter des dire des mensonges à la population ». Le Président des « Entrepreneurs de Mayotte » persiste et signe, les propos tenus par Sébastien Leconrnu la semaine dernière à Mayotte n’engage que l’intéressé, « ce sont des déclarations qui ne permettent pas de lancer les travaux de reconstruction de l’archipel dévasté par le cyclone Chido ou d’aider les entreprises à se relever et se maintenir à flot ».
Pour Bourahima Ali Ousséni, si le gouvernement Lecornu était on ne plus sérieux dans ses engagements vis-à-vis des Mahorais, son geste le plus significatif aurait été d’apporter, avant la fin de son gouvernement, une solution aux millions de factures impayées en souffrance actuellement dans les collectivités locales et qui mettent en péril la survie des entreprises locales. « Nous n’avons eu aucune annonce, aucune déclaration en ce sens, ce qui nous inquiète très fortement ».
La crainte avancée par certains observateurs de la société mahoraise au sujet d’un probable soulèvement populaire de protestation sociale contre la cherté de la vie sur le territoire n’est pas du goût de l’entrepreneur Bourahima Ali Ousséni. Il considère que se lancer dans ce genre d’aventure à l’heure actuelle serait une grande erreur pour les Mahorais. « A ce stade, je suis contre toute manifestation, contre tous blocages, je pense que tout est connu, tout a été dit, il faudrait que les Mahorais travaillent collectivement sur un nouveau projet de société, tout en attendant de pieds fermes les différents candidats à l’élection présidentielle de 2027 ». Le président des « Entrepreneurs de Mayotte » encourage ses compatriotes à voter massivement pour la ou les candidats qu’ils estimeront les mieux à l’écoute de leurs préoccupations et difficultés quotidiennes. Pour ce qui concerne le nécessaire nouveau projet de société, Bourahima Ali Ousséni, botte en touche et renvoie la balle dans les mains du Président de l’Assemblée de Mayotte, Ben Issa Ousséni et du Président de l’Association des Maires de Mayotte, Ambdilwahedou Soumaïla, qu’il désigne comme étant les deux vrais patrons du territoire à l’heure actuelle.
« C’est à eux deux qu’incombent cette responsabilité. Ils ont les moyens humains et financiers ainsi que les locaux adéquats pour organiser ces débats et ateliers pouvant permettre de sortir Mayotte de sa léthargie actuelle pour un meilleur avenir ». Il réfute toute possibilité que le monde économique local puisse être à la source de cette démarche, considérant que telle n’est pas sa vocation pour n’avoir pas été élu par la population de l’île à cette fin. En revanche, il fait valoir une disposition de la sphère économique mahoraise à apporter sa très large contribution dans un tel débat en vue de faire aboutir cet ambitieux projet collectif.
Journaliste politique & économique



































