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Pont de Dzoumogné : la déviation se fait toujours attendre

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Des milliers d’automobilistes continuent chaque jour de subir les embouteillages à Dzoumogné, alors qu’une déviation devait être mise en service fin 2024. De nouveaux travaux visibles cette semaine pourraient toutefois marquer une nouvelle étape pour un projet attendu depuis plus de dix ans.

Loin de Kawéni et des travaux qui, depuis le mois de juillet, provoquent d’importants embouteillages et perturbent les déplacements de centaines d’usagers, un autre secteur de Mayotte vit depuis plusieurs décennies au rythme des ralentissements, des files d’attente interminables et des minutes perdues dès les premières heures de la matinée jusqu’à tard dans la soirée.

À l’origine de cette situation, un ouvrage vieillissant qui, malgré plusieurs interventions au fil des années, n’est plus adapté à l’évolution du trafic : le pont de Dzoumogné, situé sur la commune de Bandraboua. Point de passage incontournable entre le nord de Mayotte et le reste de l’île, il impose une circulation alternée par feux tricolores, faute de permettre le croisement des véhicules.

Si des solutions sont régulièrement annoncées, aucune n’a encore permis de mettre un terme aux longues files d’attente que subissent les milliers d’automobilistes empruntant cet axe.

Des heures perdues, chaque année

Selon une étude de trafic réalisée par la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL), en 2016 et actualisée en 2021, plus de 4.500 véhicules franchissent chaque jour ce pont.

Le fonctionnement est immuable : chaque sens de circulation est immobilisé 2 minutes et 45 secondes, le temps de laisser passer les véhicules venant en sens inverse. Sur une journée complète, cela signifie que chaque feu reste au rouge 12 heures sur 24.

Pont de Dzoumogné : la déviation se fait toujours attendre
À raison d’un aller-retour quotidien, l’attente aux feux peut représenter près de 17 heures perdues chaque année pour un automobiliste, hors heures de pointe.

Pour un automobiliste effectuant un aller-retour quotidien, notamment pour se rendre au travail, cette attente représente en moyenne près de 17 heures perdues par an devant ces feux. À l’échelle de l’ensemble des usagers, ce sont plus de 100 heures d’attente cumulées chaque jour qui s’évaporent sur cet unique point de passage.

Ces estimations reposent sur une circulation fluide, où chaque véhicule franchit le pont dès le premier feu orange clignotant. Aux heures de pointe, la réalité est souvent tout autre : les files s’étirent sur plusieurs centaines de mètres et de nombreux automobilistes doivent patienter pendant deux, voire plusieurs cycles de feux avant de pouvoir traverser, allongeant sensiblement le temps d’attente.

Au-delà de la gêne quotidienne, ces minutes perdues ont aussi un coût, plus discret mais bien réel. Retards au travail, consommation supplémentaire de carburant, hausse des coûts de transport, baisse de productivité… autant de conséquences qui pèsent sur les usagers comme sur l’économie locale.

Pont de Dzoumogné : la déviation se fait toujours attendre
Chaque feu reste au rouge pendant 2 minutes et 45 secondes, soit jusqu’à près de trois minutes d’attente avant de pouvoir franchir le pont.

À l’approche du pont, beaucoup accélèrent pour être certains de franchir le feu

“ Le matin, on est constamment en retard au travail ”, témoigne ce mardi 8 septembre, Hidaya, habitante de Bandraboua qui emprunte chaque jour le pont pour rejoindre son travail à Trévani. “ La file de voitures s’étend parfois jusqu’à Bandraboua tellement c’est long ! ”, ajoute-t-elle, après avoir traversé le pont à pied, en tenant son jeune garçon par la main. Le taxi qui les a déposés à Dzoumogné en fin de matinée est resté du côté de la station-service pour ne pas être obligé à faire demi-tour dans le village et se confronter aux feux-rouges.

Juste à côté d’elle, la vitre mi-ouverte, les mains sur le volant, Imane* fixe le feu rouge du regard, dans l’attente qu’il passe à l’orange clignotant, signe qu’elle peut avancer. La jeune femme habite à Dzoumogné et vient d’obtenir son permis de conduire. Le passage de ce pont fait partie de son quotidien. “ Il y a des embouteillages, c’est compliqué ”, lance-t-elle, élevant la voix pour se faire entendre au milieu du trafic. “ Il arrive que des personnes s’embrouillent à cause du pont, ils se prennent la tête pour savoir qui à le droit de passer ou non ”.

Pont de Dzoumogné : la déviation se fait toujours attendre
Datant des années 1940, le pont Bailey de Dzoumogné a été doublé en 2022 par un viaduc métallique provisoire après avoir été fragilisé par un incendie.

Le feu passe à l’orange clignotant. Imane s’élance, mais hésite une fraction de seconde. Derrière elle, les klaxons retentissent immédiatement. Personne ne veut risquer de manquer ce cycle et attendre près de trois minutes supplémentaires.

Quelques minutes d’observation suffisent pour comprendre la pression que subissent les automobilistes. À l’approche du pont, beaucoup accélèrent pour être certains de franchir le feu avant qu’il ne repasse au rouge. D’autres prennent davantage de risques et s’engagent malgré l’interdiction. Dans cette zone bordée de commerces et très fréquentée par les piétons, ces comportements nourrissent les craintes des riverains.

“ J’espère vraiment qu’un nouveau pont sera construit. Mais il n’y a pas eu de changements depuis des années, je n’y crois plus trop ”, confie Hidaya. 

Un mélange d’espoir et de résignation qui semble gagner une partie des habitants. Certains, comme Imane, ignorent même que des projets de nouveau pont et de déviation existent, tant leur concrétisation paraît lointaine.

Des solutions connues depuis plus de dix ans

Pourtant, les solutions ne datent pas d’hier. Le projet de déviation de Dzoumogné remonte à 2010 avec les premières études portées par l’État, à travers la DEAL.

En 2021, l’investissement était évalué à 11,5 millions d’euros. Un an plus tard, le coût annoncé du projet atteignait 17 millions d’euros.

L’objectif est de créer un véritable contournement du village, reliant les entrées sud-est et nord-est de Dzoumogné grâce à une nouvelle portion de RN1, un nouveau franchissement de la rivière Mro Oua Maré et deux giratoires. À terme, le trafic de transit n’aurait ainsi plus à traverser le centre du village, tandis que l’actuelle route retrouverait une vocation davantage locale.

Pont de Dzoumogné : la déviation se fait toujours attendre
Une femme traverse le pont à pied le mardi 8 septembre 2026.

Mais le dossier prend un tournant au mois de juillet 2022, lorsque le pont est volontairement incendié dans un contexte de fortes tensions à Dzoumogné. Fragilisé, l’ouvrage est immédiatement interdit aux véhicules de plus de 3,5 tonnes, compliquant notamment le transport scolaire, l’approvisionnement des communes du nord et les déplacements des poids lourds.

Pour répondre à l’urgence, l’État fait installer un viaduc métallique démontable à une voie, mis en service en octobre 2022. Une solution présentée comme provisoire, destinée à maintenir la circulation dans l’attente du projet définitif.

Le 26 août 2022, dans les colonnes de Mayotte Hebdo, la préfecture présentait justement ce calendrier. Les travaux de la déviation devaient débuter dès le mois de septembre avec la réalisation du giratoire sud. Le contournement était alors annoncé pour la fin de l’année 2024, avant la construction d’un nouveau pont en remplacement de l’ouvrage existant.

Les travaux de la déviation enfin lancés ?

L’échéance est depuis largement dépassée. Le giratoire sud a bien été réalisé et est aujourd’hui opérationnel, mais la déviation n’est toujours pas ouverte à la circulation. Les automobilistes continuent d’emprunter le viaduc métallique provisoire.

Ce mardi, de nouveaux travaux étaient toutefois visibles au niveau du giratoire sud. Un important remblais de terre, long et large de plusieurs mètres, a été aménagé en direction de la rivière Mro Oua Maré. Selon une personne présente sur place, ces travaux seraient liés à la future route de contournement.

Pont de Dzoumogné : la déviation se fait toujours attendre
De nouveaux travaux sont visibles au niveau du giratoire sud, où un important remblai de terre a été aménagé en direction de la future déviation.

 

Reste à savoir si ces travaux marquent effectivement le début d’une nouvelle étape du projet et, surtout, quel calendrier est aujourd’hui retenu pour son achèvement. Sollicitées par Mayotte Hebdo sur l’état du chantier et la nature des travaux en cours, ni la DEAL ni la préfecture n’ont répondu à nos sollicitations au moment de la publication de cet article. Du côté de la Ville de Bandraboua, le maire Abdoul-Lihariti Antoissi assure également ne pas avoir de nouvelles concernant l’avancée du projet.

En attendant, les habitants du nord devront continuer à se lever tôt pour éviter les bouchons de Dzoumogné, faute de déviation.

Victor Diwisch

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

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