Levée de grève, hier soir, à l’aéroport Marcel-Henry de Pamandzi. Instants de joie et d’allégresse sur le trajet qui mène de l’ancienne aérogare aux nouveaux bâtiments : les membres de l’intersyndicale n’ont pas caché leur satisfaction d’avoir réussi à faire plier la direction d’EDEIS Aéroport de Mayotte et son pendant sécuritaire, GISM Mayotte Airport Security. La plateforme aéroportuaire est de nouveau opérationnelle à compter de ce vendredi matin 19 juin 2026.
Tous les représentants des syndicats du personnel de l’aéroport de Mayotte ont apposé leur signature au protocole de fin de crise, mettant ainsi un terme à plusieurs jours de grève qui ont fortement perturbé le trafic aérien dans le ciel mahorais.
« J’ignore si je pourrai rejoindre mon lieu de travail demain à Saint-Denis. Il y a de quoi être inquiète lorsqu’on a été contrainte de rebrousser chemin à La Réunion en milieu de semaine parce que l’aéronef qui nous transportait n’a pas pu se poser à Pamandzi en raison de la grève », raconte Nathalie M., venue participer à un conseil d’administration à Mamoudzou.
Dans la même réunion, Marianne F. n’a cessé de scruter sa montre, se demandant à quel moment elle devrait écourter sa présence afin de rejoindre Pamandzi dans les temps et tenter d’embarquer sur un vol à destination de Gillot. « C’est vraiment compliqué et préjudiciable pour les personnes qui ont un pied dans chacun des deux départements voisins. Mais que faire d’autre que de croiser les doigts en espérant que ce mouvement se résolve très rapidement ? »
Ces deux personnes peuvent désormais être rassurées : leurs vœux ont été exaucés. « Tout est rentré dans l’ordre ce soir. Nous reprenons tous le chemin du travail demain matin. Nos revendications ont été satisfaites. La grève est maintenant terminée », exulte Naïm au milieu d’un concert improvisé sur un air célèbre du chanteur Bob Kira, diffusé à plein volume par des haut-parleurs portatifs posés sur le dos de certains manifestants. « Douéééé, aïa doué… ! »
« C’est bon, tout est vraiment bon pour nous tous. Il fallait résister et nous avons réussi à tenir le coup en restant solidaires jusqu’au bout », déclare l’une de ses collègues dans une euphorie totale, sous le regard des quelques passants, des chauffeurs de taxi encore présents aux arrêts dédiés ainsi que des policiers chargés de bloquer les accès aux terminaux d’enregistrement des bagages.
EDEIS et GISM accordent une augmentation de salaire de 5 % et une prime variable
Les haut-parleurs continuent de diffuser des refrains repris en chœur par les grévistes, qui esquissent quelques pas de danse improvisés. Dans leurs bras, les bannières de leurs syndicats respectifs flottent au vent sous une brise nocturne chargée d’une fraîcheur venue du large.
Toumbou Irchad (CGT-Ma) est le premier représentant syndical à s’adresser à Flash Info, seul média présent sur les lieux hier soir.
« Ça n’a pas été facile pour nous d’arracher des concessions à notre employeur. Nous étions en négociation depuis 9 heures ce matin et, comme vous le voyez, c’est seulement maintenant, à presque 19 heures, que nous avons réussi à nous entendre, avec du positif à la clé. Les deux entités, EDEIS et GISM, nous accordent chacune 5 % d’augmentation de salaire sur les 10 % que nous réclamions. Cela nous satisfait et nous levons donc la grève. Le trafic redeviendra normal sur l’aéroport dès demain », a conclu Toumbou Irchad.
Selon lui, la principale difficulté des négociations a porté sur l’attribution d’une prime exceptionnelle. EDEIS et GISM étant deux entités juridiques distinctes, elles appliquent des conventions collectives différentes, dont l’une intègre déjà un dispositif d’intéressement. Cette situation a sensiblement compliqué le travail des négociateurs.
Les agents de GISM Mayotte Airport Security ont finalement obtenu une prime de 1 700 euros, contre les 4 000 euros initialement réclamés.
Pour sa part, Nissia, qui s’est exprimée au nom du personnel d’EDEIS Aéroport de Mayotte, a indiqué que « ces trois jours de discussions ont été très laborieux, mais au final nous sommes satisfaits du résultat obtenu. Notre objectif était de réduire l’écart entre les salaires les plus bas et les plus élevés. Dans cette logique, nous avons privilégié les plus faibles rémunérations grâce à cette augmentation de 5 %. Une prime d’intéressement sera réévaluée afin que nous obtenions au minimum 3 300 euros par agent sur l’ensemble du personnel d’EDEIS. Une petite compensation a également été accordée aux agents en contrat à durée déterminée (CDD), même si leur situation ne leur permettait pas de participer pleinement au mouvement de grève ».
La jeune déléguée syndicale a également apporté des précisions concernant les agents qu’EDEIS avait fait venir à grands frais de La Réunion et du Canada il y a quelques jours afin de contourner le mouvement de grève et d’assurer le fonctionnement de l’aéroport. Elle affirme que la société ne les a finalement pas déployés sur le terrain, en raison du signalement effectué par les grévistes auprès des autorités locales compétentes en matière d’emploi, mais aussi de leur méconnaissance des spécificités de la plateforme aéroportuaire de Mayotte.
Elle le répète avec conviction : « La grève est terminée. Les avions voleront sans aucune contrainte dès ce vendredi. »
Une page se tourne donc à l’aéroport Marcel-Henry de Pamandzi.
Journaliste politique & économique


































