Déjà actif depuis 2023 à Mayotte, l’Espace IAE a inauguré, ce mercredi 23 septembre, de nouveaux locaux à Chiconi. Plus adaptés aux rencontres et aux formations, ils doivent surtout devenir un point de rassemblement pour les 24 structures d’insertion par l’activité économique du territoire. Une journée d’échanges qui a aussi permis de faire émerger plusieurs pistes de travail, de la lutte contre l’illettrisme au rapprochement avec les entreprises.
Ce n’est pas un nouvel acteur de l’insertion qui ouvre ses portes à Chiconi, mais un Espace IAE existant qui prend ses quartiers dans des locaux plus adaptés, au 179 avenue de N’gnambo. Depuis 2023, la structure accompagne les 24 structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) présentes à Mayotte, en les aidant notamment dans leur développement et leur mise en réseau avec les employeurs et les partenaires institutionnels.
L’inauguration organisée ce mercredi avait donc surtout pour objectif de réunir autour d’une même table ceux qui font vivre le secteur : structures d’insertion, services de l’État, collectivités, France Travail, Mission locale, organismes de formation ou encore partenaires économiques. « L’Espace IAE existait déjà auparavant, mais les locaux n’étaient pas vraiment adaptés », explique David Horiot, président du réseau CHANTIER école. L’enjeu est désormais de « définir comment on peut poursuivre le travail en collaboration ».
Former davantage et aller vers les publics
L’insertion par l’activité économique s’adresse aux personnes éloignées de l’emploi. Le principe : leur proposer un contrat de travail tout en assurant un accompagnement social et professionnel et, lorsque cela est nécessaire, une formation, avec l’objectif de faciliter ensuite l’accès à un emploi durable.
Parmi les besoins identifiés mercredi figure notamment la prise en charge de l’illettrisme. Le réseau souhaite développer les formations, quitte à mutualiser les besoins de plusieurs structures pour constituer des groupes suffisamment importants. La mobilité reste en effet un obstacle majeur. L’une des pistes serait donc de faire davantage venir les organismes de formation directement auprès des salariés en insertion, plutôt que de leur demander systématiquement de se déplacer.
Une autre réflexion est engagée autour de la création éventuelle d’un groupement d’employeurs. Une étude de préfiguration doit permettre d’en mesurer la faisabilité. L’idée serait à la fois de permettre aux structures d’insertion de partager certains salariés permanents et de répondre à des besoins de main-d’œuvre d’entreprises sur plusieurs mois.
Mais l’un des principaux chantiers reste le rapprochement avec le monde économique. « S’il n’y a pas plus de liens avec les entreprises qui sont les employeurs des salariés qui sont accueillis par les SIAE, ça ne fonctionnera pas », insiste le président de CHANTIER école. Plutôt que de laisser chacune des 24 structures démarcher séparément les entreprises, l’Espace IAE veut jouer davantage ce rôle d’intermédiaire.
« On devient une éternelle passerelle »
Du côté des structures, cette mise en réseau est attendue. Directeur de l’association Outsaha Maecha, basée à M’tsamboro, Tadjidine Anli estime que les SIAE se retrouvent parfois confrontées à des difficultés qui dépassent largement leur champ d’action. « On est voué à servir de passerelles, sauf que parfois on devient une éternelle passerelle », résume-t-il. Il cite notamment le manque de solutions d’hébergement ou encore les délais liés aux démarches administratives, qui peuvent interrompre ou ralentir les parcours engagés.
Pour son association, disposer d’un lieu à Chiconi présente également un intérêt très concret. Installée dans le nord de Mayotte, elle pourra utiliser l’Espace IAE pour rencontrer des partenaires ou des bénéficiaires sans leur imposer systématiquement un déplacement jusqu’à M’tsamboro. « On a une possibilité aujourd’hui d’aller vers, mais aussi d’être reçu », souligne son directeur.
Les nouveaux locaux doivent ainsi servir autant aux professionnels qu’aux personnes accompagnées, en accueillant réunions, formations et temps de travail. Après le cyclone Chido, qui a endommagé les locaux ou les équipements de plusieurs structures d’insertion, l’Espace IAE entend plus largement contribuer à consolider un secteur encore fragile.
Une mission d’autant plus importante dans un territoire où l’accès à l’emploi reste particulièrement difficile. Selon l’Insee, 55 % des actifs âgés de 15 à 24 ans étaient au chômage à Mayotte en 2024.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.



































