Ebola: Mayotte face au risque d’une crise sanitaire majeure

Quel dispositif sera mis en place pour endiguer une éventuelle propagation du virus Ebola s’il venait à apparaître sur l’île ? La question inquiète autant les Mahorais que les occupants actuels du camp de migrants illégaux de Tsoundzou. Faut-il fermer les frontières maritimes, irrémédiablement poreuses, entre Anjouan et Mayotte, comme le réclame avec insistance la députée Estelle Youssouffa dans les colonnes de plusieurs journaux parisiens ? Cette option serait-elle suffisante et aurait-elle un réel impact positif ?

À peine quelques jours après l’apparition d’une nouvelle souche du virus Ebola dans le sud de la RDC, semant plusieurs dizaines de morts sur son passage, la crainte d’une propagation gagne déjà les esprits. Y compris à Mayotte, depuis que, le week-end dernier, un éminent virologue d’un hôpital parisien a indiqué à la télévision que la France courait un risque réel de contamination à partir du territoire mahorais, considéré comme un point d’arrivée massif de migrants clandestins en provenance de la RDC.

Curieusement, le sujet reste quasiment tabou dans les milieux sanitaires et décisionnels de l’île, sans que l’on sache réellement si ce silence traduit une inquiétude face aux nombreuses carences du système de santé local ou une préparation discrète en coulisses. Probablement davantage la première hypothèse que la seconde, lorsque l’on se souvient des tâtonnements et des approximations dont a fait preuve l’Agence régionale de santé de Mayotte lors des épidémies de mpox, de chikungunya ou encore de dengue.

Pourtant, il y a matière à s’inquiéter sérieusement des risques potentiels si l’on se fie aux estimations et déclarations des scientifiques qui s’expriment actuellement sur la propagation de ce virus. Dans un article intitulé  » L’épidémie d’Ebola en RDC peut-elle arriver jusqu’à Mayotte ? « , publié mardi 19 mai 2026 dans Le Parisien, le virologue Jean-Jacques Muyembe, codécouvreur du virus et dirigeant de l’Institut national de recherche biomédicale en RDC, confirme la résurgence du virus et déclare :  » C’est une épidémie qui pourrait reprendre très rapidement, d’autant plus qu’elle survient dans une province très peuplée.  »

Un autre scientifique explique également au quotidien parisien qu’il n’existe, pour l’heure, aucune estimation robuste de la transmissibilité de cette nouvelle souche.  » Ce que l’on sait, c’est qu’il existe une incubation comprise entre 7 et 21 jours, une forte létalité estimée entre 30 et 50 %, et très peu de cas asymptomatiques, moins de 5 % « , précise l’épidémiologiste Mircea Sofonea.

Aucun vaccin contre la forme actuelle du virus

 » Bundibugyo  » est le nom donné à cette variante du virus Ebola qui vient de réapparaître et pour laquelle il n’existerait, à ce stade, ni vaccin ni traitement spécifique.

D’autres scientifiques se veulent toutefois rassurants, estimant que cette résurgence pourrait rester limitée à l’échelle régionale. Une analyse que ne partage pas l’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, qui fait état d’un cas confirmé et d’un décès en Ouganda, pays voisin de la RDC d’où proviendrait le virus. L’agence estime ainsi que le risque de propagation vers les pays d’Afrique de l’Est est élevé.

De son côté, Xavier Lescure, infectiologue et responsable de la Coordination opérationnelle risque épidémique et biologique (Coreb), alerte dans plusieurs médias nationaux sur le risque potentiel de propagation de cette variante du virus à Mayotte.  » C’est un risque possible, il faut être vigilant et anticiper « , a-t-il déclaré à plusieurs confrères parisiens.

C’est précisément ce qui alimente les inquiétudes à Mayotte, où les migrants clandestins arrivent souvent après un parcours migratoire complexe, passant notamment par les îles voisines de l’Union des Comores, principal point de transit avant l’entrée sur le territoire mahorais.

Une vive inquiétude semble désormais gagner les occupants du camp de migrants de Tsoundzou, devenu au fil des mois l’un des symboles des tensions politiques et sociales entre les parlementaires mahorais et les représentants du gouvernement sur l’archipel.

Estelle Youssouffa réclame la fermeture des frontières

La polémique ne semble pas près de s’apaiser, notamment en raison du silence persistant des autorités sanitaires locales. Une situation d’autant plus préoccupante que le système de santé mahorais, déjà fortement fragilisé, fait office de structure de référence pour les Comores voisines, qui y dirigent régulièrement leurs patients, légalement ou illégalement, en cas de crise sanitaire.

Parmi les responsables politiques mahorais, Estelle Youssouffa, députée de la 1re circonscription, est l’une des rares voix à s’exprimer publiquement sur les risques que ferait peser une telle situation sur Mayotte. Elle multiplie les interventions dans les médias nationaux afin d’alerter les autorités françaises sur ce qu’elle considère comme une menace potentiellement explosive pour le 101e département français.

La parlementaire réclame à nouveau la fermeture immédiate et totale des frontières avec l’Union des Comores, arguments à l’appui.

À peine arrivé à la tête de la préfecture lundi dernier, Frédéric Poisot, nouveau délégué du gouvernement à Mayotte, a indiqué attendre les instructions de Paris concernant les mesures à mettre en œuvre.

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