Élections à L’Eau de Mayotte : Saïd Maanrifa Ibrahima l’emporte haut la main face à Hanima Ibrahima

Fin de mandature aux eaux de Mayotte ce dimanche 17 mai 2026. Une effervescence inhabituelle pour une fin de semaine régnait au siège de l’institution, à Kawéni, où s’est déroulée l’élection d’une nouvelle équipe désormais investie de la lourde responsabilité de travailler à l’approvisionnement en eau potable — ainsi qu’à la gestion des eaux usées — pour les six années à venir.

Le maire LR de Mtsangamouji, Saïd Maanrifa Ibrahima brillamment reconduit à la tête de sa commune en mars dernier, succède officiellement au maire sortant de Bandraboua, le socialiste Fahardine Ahamada. Il a remporté le scrutin qui l’opposait à Hanima Ibrahima, maire de Chirongui. Trente-quatre délégués étaient appelés à départager les deux candidatures (deux par commune) ; 19 ont choisi d’accorder leurs suffrages au maire de Mtsangamouji.

Les tractations post-électorales de ces dernières semaines ont été très favorables à la fédération départementale du parti Les Républicains (LR). Arrivés en tête des élections municipales des 12 et 25 mars 2026, les élus de cette formation politique ont raflé la mise dans les différents EPCI et organismes à statut associatif émanant des communes mahoraises, laissant désemparés les camps adverses, partis en ordre dispersé dans ces batailles annexes, sans doute un peu trop sûrs d’eux.

Avant-dernier round – mais non moins significatif – de ces élections annexes : le contrôle de l’établissement « L’Eau de Mayotte », nouvelle appellation du syndicat intercommunal chargé de l’eau potable et des eaux usées à Mayotte. Une institution aujourd’hui au cœur d’un mécontentement généralisé au sein de la population mahoraise, en raison de ses faibles performances dans la gestion de cette ressource et des coupures récurrentes subies par les usagers.

Le scrutin s’est tenu dimanche 17 mai 2026, sous un chapiteau dressé dans l’arrière-cour du siège de la LEMA à Kawéni, jouxtant celui de « La Mahoraise des Eaux », chargée de la distribution et de l’entretien du réseau d’eau potable sur le territoire. Le décor, sobre, contrastait avec l’étalage de moyens observé ailleurs dans certaines intercommunalités.

Il faut dire que le retentissement du récent procès tenu à Paris contre d’anciens dirigeants de cet établissement et plusieurs chefs d’entreprise locaux – accusés, pour les uns, de non-respect des règles d’attribution des marchés publics, et pour les autres, de corruption – invitait sans doute à cette sobriété.

Élus locaux, représentants et militants de formations politiques, agents de la LEMA, journalistes et citoyens passionnés par la conduite des affaires de Mayotte avaient fait le déplacement pour assister à cet événement appelé à clôturer – avec la prochaine élection du président de l’Association des maires de Mayotte – la saga du renouvellement des équipes dirigeantes des structures connexes aux 17 communes de l’île.

En arrière-plan, le souvenir douloureux du procès des anciens dirigeants du SIEAM

Malgré les sourires de façade, une certaine crispation se lisait sur certains visages, présageant sans doute l’issue d’un scrutin déjà joué d’avance. Certaines pratiques locales allaient dans ce sens, en particulier l’arrivée remarquée en bus des délégués estampillés LR (et affiliés), renouant avec une tradition destinée à s’assurer qu’ils ne succombent pas à des tentatives de dernière minute visant à les faire changer d’avis quant au sens de leur vote en faveur du candidat adoubé par leur groupe.

Le bouchon a été quelque peu poussé trop loin avec la mise en place d’une petite haie de quatre individus aux allures de vigiles, en costume, dans l’allée centrale du chapiteau afin de séparer les délégués LR de leurs collègues du camp adverse. Une tache noire dans ce décor, finalement dénoncée publiquement au micro — par l’une des déléguées présentes — auprès du président de séance, Hamidani Magoma, adjoint au maire de Mamoudzou.

Ce léger incident une fois réglé, le scrutin a pu se dérouler normalement, sans autre difficulté particulière.

Auparavant, Yanis Souhaïli Bahédja, premier vice-président de l’équipe dirigeante de la LEMA, avait officié en lieu et place de son président Fahardine Ahamada, absent du territoire, afin de souhaiter la bienvenue à l’assistance ainsi qu’aux nouveaux délégués des différentes communes membres de l’institution.

Dans une intervention remarquée et particulièrement détaillée, il est revenu sur le parcours semé d’embûches de l’équipe sortante, les difficultés financières récurrentes du début de mandature, puis la stabilité retrouvée auprès des différents bailleurs au terme de la première année d’exercice. Il a également dressé un bilan exhaustif des actions engagées et des projets en cours de réalisation ou en passe de l’être dans les mois à venir.

Peu d’argent à gagner à la LEMA, mais beaucoup de travail pour le bien-être des Mahoraises et des Mahorais

Une phrase de son allocution a particulièrement marqué les esprits :

« Ici, on ne vient pas pour s’enrichir parce qu’il n’y a pas d’argent à se distribuer, mais plutôt pour travailler dans l’intérêt des Mahorais. »

Il a également déploré le manque d’assiduité de nombreux délégués lors des séances de travail de la gouvernance de la LEMA.

Dans un souci de transparence, il n’a pas hésité à rendre publiques les indemnités mensuelles versées au président – 1 500 euros – ainsi qu’aux vice-présidents 500 euros.

Deux candidatures étaient en lice pour la présidence de L’Eau de Mayotte : celle de Saïd Maanrifa Ibrahima, maire de Mtsangamouji, pour les LR, et celle de Hanima Ibrahima, maire de Chirongui, soutenue par les forces de gauche et les non-alignés.

Initialement annoncé pour porter les couleurs de ces derniers, le maire reconduit de Sada, Houssamoudine Abdallah, s’était finalement retiré dans la dernière ligne droite — trois jours auparavant — au profit de Hanima Ibrahima. Un retrait qui a définitivement fait pencher la balance en faveur du camp LR.

Au final, le suspense n’aura duré qu’une trentaine de minutes. Saïd Maanrifa Ibrahima a été déclaré élu président de la LEMA à l’issue du dépouillement, avec 19 voix contre 15 pour son adversaire du jour.

Passé le temps de l’euphorie collective parmi ses soutiens, le scrutin a repris son cours jusqu’à la mi-journée pour l’élection des vice-présidents.

Beaucoup de travail attend désormais la nouvelle équipe dirigeante de la LEMA, entre la finalisation des projets engagés par la précédente mandature et les nouveaux chantiers à imaginer pour répondre aux immenses attentes des usagers, lassés par les tours d’eau incessants tout au long de l’année, malgré l’abondance des pluies de mousson cette année.

Dans sa première déclaration aux médias locaux, le nouveau président de la LEMA a affirmé vouloir prioriser « l’obtention rapide de solutions pour donner de l’eau aux Mahorais ».

« On parle ici d’eau potable et d’eaux usées. Nous avons plusieurs réflexions à mettre sur la table afin que Mayotte puisse s’en sortir dans les semaines et les mois à venir. »

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