Comores : la grève contre les nouveaux prix des carburants conduit à des émeutes

Des écoles privées de la capitale ont annoncé la suspension des cours jusqu’à lundi, tandis que des routes restent barricadées depuis mercredi alors que les transporteurs refusent d’augmenter les tarifs des taxis tel qu’il leur a été suggéré par le gouvernement visiblement pas prêt à lâcher du lest.

Personne ne l’a vue venir. La mobilisation contre la hausse du prix des carburants prend chaque jour de l’ampleur plus particulièrement dans la capitale de l’Union des Comores et ses environs. Cette grève appelée par le syndicat des commerçants et celui des transporteurs ne faiblit pas et Moroni reste toujours paralysée. Mais depuis mercredi, la tension est montée d’un cran surtout au sud de Moroni où la route menant à la ville limitrophe d’Iconi reste bloquée. Cailloux, carcasses de voiture, pneus incendiés sont jetés sur le pavé au point que même une moto peine à se frayer facilement un chemin.

D’après des habitants d’iconi, la situation a commencé à devenir inquiétante mardi soir, à partir de 1h du matin quand la route a été barrée. Mais c’est mercredi que des échauffourées ont été signalées. Des vidéos relayées sur les réseaux sociaux authentifiées montrent des pickups de la gendarmerie faire demi-tour sous les regards de jeunes cagoulés survoltés lançant des projectiles. A château, un quartier situé au sud-ouest de la capitale des voitures avaient été mises sur la route avant d’être incendiées. A Mkazi, fief de l’actuel ministre de l’agriculture, Daniel Ali Bandar et qui par ailleurs est classée parmi les villes de la Grande Comore avec le plus grand nombre d’électeurs derrière Moroni, la route la séparant de Mavigunu, localité voisine était encore fermé, ce jeudi.

Gaz lacrymogène

Les forces de l’ordre se trouvaient quant à elles sur la route menant à Iconi, toujours inaccessibles de tous les côtés.  » On est en quelque sorte sous embargo. La ville est paralysée. Personne ne peut sortir. Mercredi, les gaz lacrymogènes tirés par l’armée dérangeait les malades qui étaient hospitalisés dans notre centre hospitalier« , a confié, ce jeudi, un habitant d’Iconi, où est originaire l’actuel Gouverneur de la Banque centrale, le Dr Younoussa Ben Imani, fidèle d’Azali Assoumani, dont le fils ainé chargé de coordonner l’action gouvernementale a tenu une conférence de presse, avant-hier. Avec trois ministres à ses côtés, notamment le ministre de l’intérieur, Nour El Fath Azali a essayé de justifier la hausse des prix du carburant. Il a laissé entendre que sans cette révision tarifaire (46% pour le gazole et 33% pour l’essence), la société comorienne des hydrocarbures n’allait pas être capable d’acheter les produits pétroliers.

S’il a reconnu qu’ils ont proposé aux transporteurs d’augmenter encore les frais des transports pour cesser la grève, le secrétaire général du gouvernement a exprimé son étonnement de voir les syndicats déclencher ce mouvement. A l’entendre, tous les acteurs avaient été consultés avant la fixation de ces nouveaux prix, qui sont rejetés par la population. Mais pour le ministère de l’intérieur, Mohamed Ahamada Assoumani, les jeunes qui tiennent tête aux forces de l’ordre, qui se révoltent, seraient tous payés et manipulés par l’opposition pour renverser le régime en place. Le premier flic du pays a déclaré détenir des preuves que les émeutiers dont 26 étaient déjà aux arrêts, mercredi, sont payés par des politiciens. D’autres arrestations ont eu lieu à l’aube de ce jeudi, selon nos informations.

Au cours de leur conférence de presse, les trois ministres et le secrétaire général du gouvernement ont martelé avoir choisi les tarifs les moins pénibles tout en mettant en avant leurs mesures dites d’accompagnement. Ils ont ainsi promis de sécuriser les commerces qui ouvriront. 

Poursuites judiciaires

Dans son intervention, la première depuis sa nomination, le ministre de la justice a prévenu que les manifestants seraient poursuivis pour trouble à l’ordre public et attroupement illégal. Des déclarations qui ne font pas peur aux jeunes, malgré les tortures subies par certains dans la rue, mercredi, selon des vidéos mises en ligne ce jeudi.  Hier, les marchés étaient encore vides, donnant l’allure tournant au ralenti. Des banques assuraient uniquement le service minimum.

Des écoles privées à l’instar du Groupe scolaire Fundi Abdoulhamid ont d’ailleurs jugé prudent de suspendre les cours jusqu’à lundi prochain.  A Avenir, un autre établissement privé sis à quelques pas du centre caritas Comores, la direction a laissé libre cours aux parents de garder leurs enfants chez eux s’ils ne se sentent pas capables de les déposer à l’école. Dans les sites universitaires, seule une poignée d’étudiants fait le déplacement, d’après un chef de département interrogés, ce mercredi.

La société civile et des mouvements politiques appellent le gouvernement à annuler les nouveaux tarifs. Le parti Ushe, a souligné que l’abattement de 40% tant vanté se chiffrant à 565 millions de francs sur trois mois, était en réalité récupéré en dix jours puisque la hausse du prix du carburant apporte en un mois 1.75 milliards de francs à l’État. Enfin Ushe, dernier né du paysage politique du pays préconise une indexation des prix sur le cour international pétrole pour protéger les consommateurs des chocs.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS

Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
, 1er journal des ?? / @Reuters @el_Pais @mayottehebdo ??

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une