Le syndicat des eaux affiche une très bonne santé financière. Premier vice-président des eaux de Mayotte (LEMA) lors de la précédente mandature, chargé de l’administration générale, l’avocat mahorais Yanis Souhaïli Bahédja a représenté Ahamada Fahardine, absent du territoire, lors de la passation de pouvoirs avec la nouvelle équipe élue dimanche dernier.
Il n’a pas caché sa volonté de transmettre rapidement les responsabilités à la nouvelle équipe dirigeante, reconnaissant que la LEMA n’a pas été un bateau facile à manœuvrer, surtout en eaux troubles, entre les besoins criants d’une population en constante augmentation et la mauvaise presse liée au procès très médiatisé de l’affaire « Bavi/Camille », tenu en début d’année à Paris.
Il revient sur la gestion de la LEMA par son équipe, évoque les projets à venir ainsi que les chantiers en cours au bénéfice des usagers de l’eau à Mayotte.
Flash Info : Selon vous, qu’est-ce que le public doit retenir de cette mandature qui s’achève à la LEMA, mandature dont vous avez assuré la première vice-présidence ?
Yanis Souhaïli B. : Il faut déjà retenir que le syndicat n’est pas mort ! À notre arrivée, il y a six ans, il s’agissait d’un syndicat très endetté financièrement. Aujourd’hui, je dirais que la situation financière est stabilisée et rétablie, et que le syndicat des eaux bénéficie désormais d’une très bonne santé financière.
Cela étant dit, les élus qui viennent d’arriver ne devront pas faire n’importe quoi. Il faudra gérer cette structure en bons pères de famille, car elle est essentielle pour la population mahoraise puisqu’elle assure la gestion de l’eau potable et de l’assainissement.
F.I. : Les Mahorais se demandent quel est réellement le fond du problème au sein de la LEMA. Qu’est-ce qui fait que, d’une mandature à l’autre, leur situation quotidienne évolue si peu ?
Y.S.B. : Je comprends parfaitement ce questionnement. Cela fait partie des regrets que j’ai exprimés tout à l’heure devant le public. J’ai dit être satisfait sur le plan administratif et financier, mais malheureux du fait qu’il y ait encore des coupures d’eau aujourd’hui.
Des travaux sont engagés et j’espère que la situation s’améliorera en 2027. Mais il faut comprendre qu’on ne peut pas rattraper, en six ans, un retard accumulé pendant vingt ans. C’est pour cette raison que, malgré les nombreux travaux engagés, la population ne perçoit pas encore les choses positivement, puisque les coupures d’eau persistent.
F.I. : Pourriez-vous nous présenter l’essentiel des projets que votre équipe a lancés au cours des six dernières années ?
Y.S.B. : Beaucoup de projets ont été lancés : les captages, les forages, l’usine de dessalement d’Hironin-Bé, la maîtrise foncière pour la troisième retenue collinaire d’Ourouvéni, les réparations sur le réseau ainsi que la recherche de fuites. Beaucoup de choses ont réellement été faites.
Au niveau de l’assainissement, il y a la STEP de Koungou, qui devrait bientôt être terminée. Il y a également le raccordement à la STEP de Chiconi, où seule la commune d’Ouangani est actuellement raccordée, ce qui reste insuffisant au regard du nombre d’habitants nécessaire pour faire fonctionner pleinement l’usine.
Les choses ont aussi avancé à Tsingoni, où nous recherchions un terrain pour une STEP, ainsi qu’à Dzaoudzi-Labattoir, où un terrain aurait été trouvé.
Tout cela a été réalisé ; désormais, il faut que les travaux démarrent et soient livrés. J’espère qu’avec l’usine de dessalement d’Hironi-Bé, dont la livraison est prévue en 2027, les tours d’eau prendront fin. Mais, encore une fois, il ne faudra pas s’arrêter là : il faudra aller encore plus loin.
F.I. : Vous avez surpris plus d’une personne tout à l’heure en déclarant qu’à la LEMA, il fallait venir travailler et qu’il n’y avait pas d’argent facile à gagner. Pouvez-vous clarifier vos propos ?
Y.S.B. : Beaucoup de gens pensent que les élus viennent dans ce type de structure pour gagner de l’argent. Moi, en toute transparence, je dis que ce n’est pas le cas. Le président percevait une indemnité de 1 500 euros par mois, les vice-présidents une indemnité de 500 euros, et ceux qui n’étaient pas vice-présidents bénéficiaient simplement d’un jeton de présence, c’est-à-dire du remboursement d’indemnités kilométriques lorsqu’ils participaient à un conseil syndical.
C’est tout ce qu’il y a à gagner à « L’Eau de Mayotte ». Pour le reste, c’est énormément de travail.
Ce que j’ai constaté durant notre mandature, c’est qu’au début, tout le monde était heureux d’être élu, puis, au fil du temps, le nombre d’élus présents dans les commissions de travail diminuait. C’est pour cela que je dis qu’il ne faut pas se contenter d’être élu à la LEMA ; il faut comprendre qu’ensuite, pendant six ou sept ans, il faudra travailler.
F.I. : Malheureusement pour vous, le public retiendra surtout de votre mandature le fameux procès du « Syndicat des Eaux ». Quelle leçon faut-il tirer de cette affaire ? Que faut-il éviter pour que Mayotte ne retombe plus dans un tel système ?
Y.S.B. : Je pense que chacun doit rester à sa place. Les élus décident, les techniciens donnent leur avis et, dans le cadre des marchés publics, chacun doit respecter son rôle.
Les membres de la commission d’appel d’offres ne doivent pas se laisser distraire ou influencer par certaines propositions d’entrepreneurs. Tout cela relève de la corruption. Il ne faut pas que les marchés soient biaisés ; il faut être extrêmement vigilant.
À Mayotte, tout le monde se connaît et, parfois, il vaut mieux dire : « Non, je ne participe pas à cette décision parce que je connais telle ou telle personne », plutôt que de favoriser quelqu’un, car cela peut ensuite se retourner contre soi.
Il faut être vigilant, et c’est aussi à l’administration de guider les élus. Lorsqu’il y a une bonne administration, les élus prennent généralement de bonnes décisions. En revanche, lorsqu’une administration reste silencieuse et ne conseille pas les élus, on peut se retrouver dans ce type de situation.
F.I. : Vous avez évoqué une déception personnelle, expliquant que certaines personnes vous reprochaient de n’avoir rien fait pour stopper l’enquête sur l’affaire Bavi et vous accusaient même d’avoir contribué à son issue ?
Y.S.B. : Oui, c’est ce qui se dit, et cela m’a beaucoup touché. Quand on connaît cette affaire, et surtout sa genèse, on comprend que, personnellement, je ne pouvais rien faire et que je n’y suis pour rien.
L’enquête a débuté en 2019. À cette époque, je n’étais même pas élu. J’en ai eu connaissance officiellement plus tard, même si, en tant qu’avocat, j’avais entendu certaines rumeurs au tribunal, où je me rends régulièrement. Je savais qu’une enquête était en cours, mais j’ignorais totalement sur quoi elle portait.
Je rappelle qu’il s’agissait d’une enquête menée par le Parquet national financier à Paris. Là-bas, je ne connais personne. Et même si j’avais connu quelqu’un, quel pouvoir aurais-je eu pour stopper une enquête ? Aucun.
Quand on affirme que je souhaitais la condamnation de mes frères, c’est vraiment méchant. Je n’ai jamais voulu la condamnation de qui que ce soit.
Pour ceux qui ont suivi le procès à Paris, effectivement, j’y étais, non pas en tant qu’avocat, mais comme représentant de la LEMA, puisque j’étais chargé de l’administration générale et qu’on m’avait demandé de suivre ce dossier en raison de ma profession d’avocat et de ma capacité à comprendre certains aspects juridiques.
À Paris, je n’ai pas pris la parole et je n’ai pas été entendu dans le cadre de l’enquête. Aujourd’hui encore, je ne comprends donc pas pourquoi certains affirment que j’aurais contribué à la condamnation de ces personnes.
Journaliste politique & économique




































