Si elle a fait de la santé et du bien-être social des Mahoraises et des Mahorais sa priorité, la situation économique peu réjouissante du territoire ne la préoccupe pas moins. Le sort réservé au port de Longoni par le Département-Région de Mayotte inquiète au plus haut point la députée Anchya Bamana. Elle ne fait nullement mystère des raisons de la posture qu’elle adopte sur ce sujet.
Flash Infos : Comment suivez-vous toutes ces tribulations au sujet de l’annulation de la délégation de service public (DSP) qui avait été consentie à Mayotte Channel Gateway (MCG) pour la gestion du port de Longoni ?
Anchya Bamana : Je dois avouer qu’il y a certaines choses que j’apprends lors des travaux en pleine commission à l’Assemblée nationale. Par exemple, c’est en pleine commission que j’ai appris l’existence d’un amendement destiné à transformer le port de Mayotte en port d’État.
Le débat a eu lieu. Moi, j’ai pris la parole. J’ai posé des questions. Il suffit d’aller visualiser les vidéos de l’Assemblée nationale. J’ai dit que j’avais connaissance du fait que le président du Département avait demandé un audit sur le fonctionnement du port.
Il a fait venir à Mayotte des experts qui gèrent des ports d’État dans les autres départements d’outre-mer. Il est allé lui-même visiter des ports gérés par l’État dans d’autres territoires. Moi, personnellement, j’attends l’avis du Département, à savoir celui de l’exécutif. M. Ben Issa Ousseni devra nous dire son avis, puisque c’est lui qui gère actuellement ce port. C’est après ce qu’il dira qu’il faudra prendre position.
Avant d’aller dans l’hémicycle, c’est en commission que nous donnons notre avis. À la fin de la discussion, l’amendement a été mis aux voix. Il a été acté en commission que le port devrait revenir à l’État.
Le soir même, le président Ben Issa Ousseni m’appelle pour me demander s’il y avait eu des discussions sur le port. Oui, le président lui-même m’appelle. Je lui dis : justement, le sujet a été débattu, l’amendement a été porté par Philippe Vigier, l’ancien ministre des Outre-mer. M. Ben Issa Ousseni promet alors de m’écrire pour me communiquer sa position à la suite de l’audit concernant le devenir du port.
F.I. : Est-ce que vous disposiez, à ce moment-là, de l’audit en question ?
Anchya Bamana : Pas du tout, pas du tout, pas du tout. C’est pour cela que, le soir même, j’écris à M. Ben Issa Ousseni pour lui demander de me faire connaître sa position sur cette question.
C’est dans l’hémicycle que nous votons définitivement. J’avais dit à Ben Issa Ousseni que j’attendais sa décision écrite, dans la perspective du débat à l’Assemblée. La semaine qui a suivi, j’apprends par les médias qu’il y a eu une réunion à l’hémicycle, mais que le sujet du port n’a pas été discuté. Le sujet a été retiré de l’ordre du jour. À ce jour, mercredi 12 août 2026, je n’ai jamais reçu de réponse écrite à mon mail concernant la décision de l’exécutif de Mayotte. Pendant ce temps, le texte est passé.
La semaine suivante, le texte est passé à l’hémicycle et cela a été voté hors des textes. C’est ce qui figure dans le texte du 11 août 2026. Le port de Mayotte passe au statut de port d’État.
Donc, pour moi, les choses sont claires. Entre-temps, j’ai été auditionnée par une mission d’inspection, comme on dit, par la ministre des Outre-mer, Mme Naïma Moutchou. Ces inspecteurs sont passés dans mon bureau à l’Assemblée et j’ai répondu en disant : « Je ne comprends pas pourquoi ils nous demandent comment on va faire fonctionner le port alors que le texte a déjà été voté. »
C’est un port d’État. Donc, pour moi, l’État prend effet. Si l’État a réellement la volonté de le faire, eh bien, il va simplement au bout de ses décisions.
C’est la réponse que j’avais donnée à l’époque. À ce jour, j’ai écrit à Mme Naïma Moutchou. Je vous transmettrai le courrier que je lui ai adressé pour lui demander de me remettre le rapport de l’inspection. À ce jour, je ne l’ai pas vu.
D’autres parlementaires ne l’ont pas non plus vu. Il y a trois semaines, nous avons eu la troisième réunion du comité de pilotage, du comité de suivi de la reconstruction à Paris. J’ai reposé la question, car je souhaiterais avoir le rapport de visite concernant le port de Longoni.
C’est le silence complet. À ce jour, il n’y a pas eu de retour. Donc, pour moi, les choses sont claires : la loi a été votée. Il n’a jamais été écrit dans la loi du 11 août 2025 qu’on allait créer un EPIC.
L’EPIC a été mis en place. Le président a eu la décence de ne pas insister pour être président de cet EPIC. Une de ses collègues y a été nommée.
Une équipe est en place. Sauf que nous sommes le 12 août 2026. Dans combien de temps ? Dans 18 jours, nous sommes censés basculer entre les mains de cet EPIC.
F.I. : Avant même que cela se passe, la presse a fait état d’une grille tarifaire « explosée », qui ferait passer du simple au double le coût des prestations. N’aurait-on pas dû laisser Mme Nel poursuivre la gestion du port ? L’explication première qui avait été donnée à la population pour justifier le « dégagement » de Mme Nel, c’était qu’elle faisait pratiquer des tarifs portuaires qui n’avaient pas été validés et qui étaient trop élevés. Est-ce qu’une situation comme celle-là vous inspire ?
Anchya Bamana : Au sein de la population, les gens s’inquiètent, et beaucoup. Ils ont compris que le contenu de leur assiette, demain, leur coûtera très cher. La population a parfaitement raison d’être inquiète.
Si j’avais été présidente du Département-Région de Mayotte, j’aurais demandé, comme cela a été écrit dans la loi du 11 août 2015, à l’État de prendre ses responsabilités vis-à-vis de ce qui a été voté dans cette loi. C’est M. Philippe Vigier, ancien ministre des Outre-mer, qui portait l’amendement visant à transformer le port de Longoni en port d’État.
F.I. : Sur ce sujet du port de Longoni, un système provisoire est créé. Ne nous dirigeons-nous pas, une fois de plus, vers le syndrome du provisoire qui dure ?
Anchya Bamana : Nous en connaissons un rayon là-dessus, dans la mémoire collective des Mahorais et des Mahoraises. Aujourd’hui, il y a un paradoxe.
F.I. : Un courrier de Mme Élisabeth Borne sur le même sujet, en réponse à une saisine de la Chambre régionale des comptes, met en garde contre le démantèlement de la DSP, parce que les conséquences économiques sur l’ensemble du territoire seraient incontrôlables.
Anchya Bamana : Ça date de quand, ce courrier ?
F.I. : Je vous l’enverrai. J’ai le courrier. C’est le Département qui l’a diffusé à droite et à gauche, même s’il s’est fait amnésique.
Anchya Bamana : Personnellement, je n’ai pas eu connaissance de ce courrier de Mme Borne. C’est écrit noir sur blanc ?
F.I. : C’est écrit noir sur blanc. Le mot « EPIC » n’a jamais été écrit dans ce courrier. Comment financer un département dont l’essentiel des fonds venait de ce port que l’on remet à l’État, sans qu’on nous dise si des compensations sont prévues par l’État dans le budget de fonctionnement du Département ?
Anchya Bamana : Pour moi, les choses sont claires : je n’aurais pas créé un EPIC. Quant à votre question, il faudrait la poser au président du Département, qui a pris la décision de créer l’EPIC. Moi, je m’en tiens à ce que dit la loi. Je l’ai votée.
Journaliste politique & économique


































