À la rentrée, ils resteront sans école : le parcours des jeunes mahorais sans solution

À quelques jours de la rentrée scolaire, tous les enfants et adolescents de Mayotte ne retrouveront pas le chemin de l’école. Derrière les chiffres de la non-scolarisation se cachent des parcours différents : attente d’une affectation, manque de places, décrochage ou difficultés administratives. Alors que les établissements rouvriront leurs portes le 24 août, une question demeure : que deviendront ceux qui resteront sans solution ?

Le 24 août, la rentrée sonnera pour des dizaines de milliers d’élèves à Mayotte. Mais pour certains jeunes, cette date ne changera rien. Pas de cartable préparé, pas de classe attribuée, pas d’emploi du temps à consulter. Ils resteront en dehors du système scolaire, parfois pour quelques semaines, parfois pendant plusieurs années.

La situation n’est pas nouvelle. Selon l’Observatoire de la non-scolarisation à Mayotte, 15 192 enfants âgés de 3 à 15 ans n’étaient pas scolarisés lors de la rentrée 2025, soit 12,7 % des enfants de cette tranche d’âge. Le chiffre était estimé à 13 689 en 2024 et 12 604 en 2023.

Mais à l’approche de la rentrée 2026, la question n’est plus seulement de savoir combien d’enfants sont concernés. Elle est aussi de savoir combien commenceront l’année sans aucune solution et ce qui leur sera proposé.

Une rentrée qui ne concerne pas tout le monde

À Mayotte, plusieurs situations peuvent conduire un enfant ou un adolescent à rester en dehors de l’école. Certains n’ont jamais été scolarisés. D’autres ont quitté le système scolaire après plusieurs années. Certains attendent une affectation ou une place dans un établissement.

Le manque de capacités d’accueil constitue depuis plusieurs années l’un des obstacles majeurs. En mai 2025, l’association Mlezi Maore expliquait ainsi accueillir des enfants non scolarisés dans plusieurs centres afin de les préparer à rejoindre progressivement l’école. Certains jeunes pouvaient alors attendre un à deux ans avant d’intégrer un établissement, avec des situations allant jusqu’à quatre années d’attente.

Pour ces enfants, l’absence d’école ne signifie pourtant pas l’absence de besoin éducatif. Au contraire. Plus l’attente se prolonge, plus le retour vers une scolarité classique peut devenir difficile.

Des conséquences qui dépassent les bancs de l’école

Rester plusieurs mois ou plusieurs années sans scolarisation peut avoir des conséquences importantes sur le parcours d’un jeune. Perte de niveau scolaire, difficultés à reprendre le rythme d’une classe, isolement ou absence de projet professionnel : les risques sont multiples.

Pour les adolescents, l’enjeu est encore plus important. Lorsqu’un jeune quitte le système scolaire sans diplôme ni formation, son entrée dans le monde professionnel devient plus compliquée.

La Mission de lutte contre le décrochage scolaire de l’académie de Mayotte a justement pour objectif d’accompagner les jeunes qui se trouvent sans solution de formation. Des dispositifs peuvent notamment proposer une remise à niveau, un travail sur le projet professionnel et des périodes de découverte en entreprise.

Mais encore faut-il que les jeunes concernés soient identifiés et accompagnés.

Après l’école, quelle solution ?

Pour les familles, l’attente peut devenir un véritable parcours du combattant. Lorsqu’un enfant n’a pas de place, il reste à la maison, tandis que ses parents doivent continuer à travailler ou à chercher une solution alternative.

Certaines associations tentent de prendre le relais. Mlezi Maore accompagne par exemple des enfants non scolarisés dans l’objectif de leur permettre de rejoindre progressivement le système scolaire classique. D’autres structures accueillent également des jeunes qui ne trouvent pas leur place dans le système traditionnel.

Mais ces dispositifs associatifs ne peuvent pas remplacer durablement l’école.

En août 2024, Mayotte Hebdo avait déjà rencontré des jeunes accueillis par l’Association culturelle d’éducation de Kawéni Bandrajou, une structure qui accompagnait alors des jeunes de 3 à 25 ans non scolarisés. Certains étaient confrontés à plusieurs années sans véritable perspective scolaire.

Deux ans plus tard, la question reste donc entière : les dispositifs existants permettent-ils réellement d’absorber tous les jeunes qui resteront sans affectation à la rentrée ?

Un chiffre 2026 encore attendu

Le chiffre de 15 192 enfants constitue une estimation importante, mais il ne doit pas être présenté comme le nombre de jeunes qui seront sans école à la rentrée 2026. Il correspond à la situation estimée pour la rentrée 2025 et concerne les enfants âgés de 3 à 15 ans.

C’est précisément cette différence qui doit être éclaircie avant la rentrée.

Combien d’enfants sont actuellement en attente d’une affectation ? Combien de places sont encore disponibles dans les écoles, collèges et lycées ? Combien de jeunes sont suivis par les dispositifs de lutte contre le décrochage ? Et combien risquent de passer une nouvelle année sans formation ?

Ces réponses devront notamment être apportées par le rectorat, les communes et les structures chargées de l’accompagnement des jeunes.

« Une rentrée sans école »

Pour les familles concernées, le calendrier scolaire ne signifie donc pas nécessairement le retour en classe. Le 24 août, certains enfants regarderont leurs frères, soeurs ou amis partir à l’école tandis qu’eux resteront à la maison.

Derrière chaque chiffre se trouve un parcours différent. Un enfant qui attend une place, un adolescent qui a décroché, un jeune qui cherche une formation ou encore un élève dont le parcours administratif bloque la scolarisation ne rencontrent pas les mêmes difficultés.

Mais tous ont un point commun : ils commencent l’année scolaire sans solution clairement définie.

À Mayotte, où la population est particulièrement jeune et où la pression démographique continue de peser sur le système éducatif, la question de la non-scolarisation ne peut donc pas être limitée à celle du nombre de places disponibles. Elle pose aussi celle de l’avenir de milliers de jeunes.

À quelques jours de la rentrée, l’enjeu est désormais de savoir combien d’entre eux franchiront les portes d’une école le 24 août et combien resteront encore une année de plus à l’extérieur du système scolaire.

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Djalalia Allaoui

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