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Un comité de villageois mise sur les fundi et les cadis pour combattre la délinquance à Mayotte

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Sur les réseaux sociaux ou dans la rue, formellement ou spontanément, les initiatives se multiplient pour répondre à la délinquance qui flambe à nouveau sur l’île aux parfums. Au risque, parfois, de voir l’exaspération prendre le pas sur la loi. 

Mayotte : une naissance dont ils se souviendront

Une naissance dans la rue, ce n’est pas si courant. C’est pourtant ce qu’ont vécu Jonathan et Mouna, lundi 18 mai, date à laquelle Sarah, leur petite fille, a décidé d’arriver. Un évènement auquel ont participé quelques passants, sur les lieux par hasard. Et quand s’improvise une chaîne de soutien, cela donne une belle histoire. Récit. 

À Mayotte, “le confinement a révélé la capacité perverse de certains à faire du mal aux autres sans qu’ils ne s’en rendent compte”

Deux mois de confinement peuvent en dire long sur un individu, mais ils peuvent également dévoiler les pires et les meilleurs aspects d’une société. La crise sanitaire a mis en évidence les failles de la société mahoraise, partagée entre la conscience de certains et l’irresponsabilité des autres. Le sociologue Combo Abdallah Combo nous explique pourquoi il est urgent de tirer les leçons de ce confinement et essayer de changer la donne. 

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Face à la délinquance qui règne dans les rues de Mamoudzou, plusieurs dizaines d’habitants du chef-lieu se sont réunis mercredi pour évoquer la constitution d’un comité villageois. Le but ? Remettre l’éducation religieuse et le rôle des cadis et des fundis au cœur de la vie des quartiers. Et par la même, inciter la population à signaler à ces sages toutes les situations susceptibles de dégénérer. 

Le projet est apparu il y a trois ans, mais il commence seulement à se concrétiser. Mercredi, une cinquantaine d’habitants de Mamoudzou se sont réunis sous le toit de la maison de quartier de Cavani pour évoquer la création d’un comité villageois de lutte contre la délinquance. Un projet défendu à Paris par Youssouf Thany, ancien conseiller pédagogique mahorais lors de sa visite à l’Élysée à l’occasion du 14 juillet. Mais alors que l’actualité récente a été marquée par le meurtre d’un père de famille à M’Tsapéré et, entre autres, une série de cambriolages à Cavani, il est devenu d’autant plus urgent d’agir. 

« Le but, ce n’est pas de créer une milice ! », corrige d’emblée Nouridine Hakim, créateur du label Green Fish, et l’un des porteurs du comité en train de se structurer. « L’idée serait de rassembler des habitants qui pourraient signaler aux fundis et aux cadis les gamins qui traînent tous les jours dans la rue, ou les familles qui ne parviennent pas à s’occuper de leurs enfants. Ces informations-là, la préfecture ne peut pas les recueillir elle-même, mais si on lui fait tout remonter par cet intermédiaire, des mesures plus adaptées seront prises. C’est aussi une façon de responsabiliser l’ensemble de la population, puisqu’elle serait au cœur des décisions prises par les services de l’État. » Mais aussi au cœur des traditions sociales mahoraises. 

La professionnalisation des fundis 

Pour apporter un meilleur cadre aux jeunes, le comité villageois entend composer avec les madrassa. « On y apprend des valeurs de civisme, de respect mais aussi de travail en allant cultiver le champ », rappelle Nouridine Hakim. « Nous, c’est à l’école coranique qu’on nous a inculqué le respect des aînés. Mais Mayotte est entrée dans une phase de mondialisation et on a oublié certaines traditions, et plus personne ne s’y identifie. » Parmi les pistes envisagées par le comité villageois, la professionnalisation des fundis. « Certains sont d’une autre génération, ils sont un peu dépassés. Alors on se dit qu’en plus d’éducateurs spécialisés, on pourrait avoir des fundis diplômés. » L’un des chantiers pour lequel le groupe a sollicité l’appui d’un juriste, en plus de profiter du soutien de la nouvelle municipalité en place à Mamoudzou. 

« Pourquoi vouloir créer de nouveaux systèmes et nous les imposer, alors que nous avons, dans notre culture, des personnalités qui jouaient un rôle important de médiateurs sociaux. Il faut leur redonner une place centrale dans la société », défend encore l’entrepreneur mahorais, en faisant référence à l’action des Gilets jaunes en 2018. « Il faut que les villages soient inclus dans les initiatives prises pour lutter contre la délinquance. Car si la préfecture peut agir, ce n’est pas le mzungu qui y travaille qui va permettre de signaler la situation de tel ou tel jeune ou telle ou telle famille dans tel ou tel quartier. » La veille, Jean-François Colombet rencontrait les quatre associations qui constituent le dispositif de médiation citoyenne. Le délégué du gouvernement avait alors reconnu que les acteurs de terrain sont plus à même de détecter les situations à risque. Le comité villageois, lui, programme une réunion la semaine prochaine pour échanger avec le maire de Mamoudzou et son équipe. Une autre rencontre, ouverte à tous, devrait être organisée dans les prochaines semaines sur le terrain de basket de Cavani.

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