19/12/2008 – Production locale : Brique de terre compressée

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La BTC va peut-être enfin sortir de l’ombre… Pour l’instant, la norme provisoire XP-P901, sortie des cartons en 2000, ne permet pas d’utiliser la BTCla BTC devrait reprendre l’année prochaine, grâce au soutien de la DE par le biais du ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire qui va débloquer les 20.000 euros nécessaires à l’étude préliminaire. comme n’importe quel matériau de construction car il manque les DTU (Documents techniques unitaires) qui permettent aux bureaux de contrôle de garantir que la construction est suffisamment solide pour pouvoir être assurée. Sous l’impulsion de l’association « Arterre Mayotte » qui regroupe une vingtaine d’acteurs de la construction, le programme de normalisation de

Vincent Liétar, directeur de projet à la Sim (Société immobilière de Mayotte), se réjouit de la relance de ce programme, qui entre dans l’air du temps : « Nous allons pouvoir bénéficier de l’effet « Grenelle de l’environnement », qui offre des facilités pour certaines dispositions réglementaires qui encadrent les « matériaux innovants ». Grâce à ces dispositions, un avis technique a la même valeur qu’une norme pour les ingénieurs, les architectes et les professionnels du BTP, avec une procédure plus facile et moins chère ». L’avantage de l’avis technique est qu’il devrait coûter environ 100.000 euros et aboutir fin 2009, contre 150.000 euros pour la norme définitive qui pourrait aboutir courant 2010.

Pour payer les études des experts du CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment), l’association envisage un co-financement Etat/Collectivité, car la brique est un atout pour Mayotte, grâce aux nombreux emplois liés à cette production locale. Mustoihi Mari, président de l’association et conseiller général de Bandrélé, est confiant pour obtenir une subvention de la DEDD (Direction de l’environnement et du développement durable) : « Nous allons établir un dossier pour demander au moins 60.000 euros lors d’une délibération au conseil général vers le mois de février ou mars. Avant cela, il faut qu’il y ait un travail de communication et de sensibilisation au niveau du territoire, pour qu’il y ait une prise de conscience des pouvoirs publics ».

Un potentiel d’un million de briques par an

Au mois d’octobre dernier, Vincent Liétar a rencontré à l’école d’architecture de Grenoble Patrice Doat et Hugo Huben, les deux fondateurs de CRATerre (Centre international de recherches et d’applications pour la construction en terre), une ONG qui a conduit le premier travail de normalisation de la BTC de Mayotte en 1998. Ils se sont dits prêts à conduire cette démarche jusqu’à son terme. Et il est temps qu’elle le soit, car les carrières de granulats de Mayotte seront épuisées dans moins d’une vingtaine d’années : « A la Réunion, les graviers naturels sont épuisés », a constaté M. Liétar, « cela montre que ce n’est pas si loin que ça ».

Actuellement, quelques programmes de construction en BTC sont en cours, notamment portés par le cabinet d’architectes de Dominique Tessier, avec l’extension du lycée agricole de Coconi et l’érection d’un T11 à Tsoundzou 2. La Sim est également en train de construire une quinzaine de logements sociaux, notamment à Majiméouini, au sud de l’île. Un autre programme en locatif social va également démarrer avec 16 appartements à Cavani et des études sont en cours pour 58 autres logements locatifs intermédiaires en Petite Terre, à Mamoudzou et à Combani. Pour l’instant, les briqueteries de Vahibé et Dzoumogné sont les seules à fonctionner, mais la commande reste très faible. En tout, 5 briqueteries ont été identifiées – en 1981, au moment de l’âge d’or de la brique, il y en avait 17 – et elles représentent un potentiel d’un million de briques par an avec 11 presses, soit environ 250 logements de taille moyenne.

Mais tant que la norme définitive ou l’avis technique du CSTB ne sont pas sortis, la BTC ne pourra pas sortir de sa marginalité. Quand ce sera le cas, Mustoihi Mari souhaite que les pouvoirs publics donnent l’exemple : « On demandera d’intégrer un minimum de 20% de BTC dans tous les édifices publics nouvellement construits. L’Etat et le Smiam, pour la construction des écoles, devront le mettre dans le cahier des charges des concours ». Car non seulement la brique est solide, respectueuse de l’environnement et génératrice d’emplois qualifiants, mais elle est aussi et surtout une partie de l’identité architecturale de Mayotte.

Julien Perrot

 


Une association qui exporte le savoir-faire mahorais

L’association « Arterre Mayotte » a été créée en décembre 2007 et a permis de mettre en place quelques projets. Vincent Liétar s’est rendu récemment à Madagascar pour participer quelques jours à un chantier de BTC réalisé Jean-Pierre Excoffier, un briquetier-maçon qui s’est installé à Mayotte en 1984 et qui est parti cette année avec deux presses cédées par la Sim. Pour ce projet immobilier d’un hôtel à Majunga respectueux de l’environnement, Vincent Liétar a effectué quelques dessins et établi un diagnostic de cette nouvelle filière. En 2009, une vingtaine de villas seront construites grâce au savoir-faire de Mayotte.

Dans le courant de l’année 2009, une exposition sur la BTC mahoraise se tiendra dans la Maison de l’Architecture à Paris, grâce au soutien de Dominique Tessier, président du conseil régional des architectes d’Ile-de-France, qui a ouvert à Mayotte un bureau secondaire de son cabinet d’architectes en 2001. Une initiative qui va permettre à Mayotte de se faire connaître en Métropole et dans le monde pour autre chose que ses naufrages de kwassas, sa production de vanille ou d’ylang-ylang…

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