Par arrêté ministériel du 10 avril 2026, l’Université de Mayotte s’est vu attribuer cinq possibilités de promotion interne dans le corps des professeurs des universités. Or sa direction a volontairement choisi de ne pas utiliser cette possibilité pour promouvoir ses maîtres de conférences alors même que plusieurs d’entre eux répondaient aux critères d’éligibilité.
La politique de l’Université de Mayotte interroge décidément de plus en plus. Après la révélation de leur « déformation de la réalité » concernant la cyberattaque de 2023, leur ayant servi de prétexte pour ne pas fournir certains documents, même à la Cour des Comptes, et leur refus de reconnaître leur erreur de calcul dans la moyenne générale d’une étudiante en 2024, l’ayant injustement privé de son diplôme, voici qu’un nouveau dossier met en lumière le choix de l’Université de Mayotte de ne pas engager la procédure de promotion interne de ses maîtres de conférences. Par un arrêté ministériel du 10 avril 2026, publié au Journal officiel du 24 avril, l’Université de Mayotte s’est pourtant vu attribuer cinq possibilités de promotion interne dans le corps des universités. Un chiffre considérable puisqu’au niveau national, seules 74 possibilités étaient remises en jeu au titre des « repyramidages » (promotions en interne) non réalisés les années précédentes. Puisque Mayotte en obtenait 5, il s’agissait donc d’un signal fort de l’Etat, qui reconnaissait objectivement une situation de sous-encadrement professoral particulièrement marquée.
L’Université de Mayotte ne compte en effet qu’un seul professeur des universités titulaire. Une situation exceptionnelle, qui pèse directement sur la structuration de la recherche, le développement de formations de niveau Master, la gouvernance scientifique, l’encadrement des étudiants et la crédibilité académique de l’établissement. Or le « repyramidage » est un outil national précisément conçu pour répondre à ce type de déséquilibre. Il permet à des maîtres de conférences (MCF) titulaires de l’habilitation à diriger des recherches (HDR) d’accéder au corps des professeurs des universités. D’après nos informations, au moins 2 maîtres de conférences travaillant actuellement pour l’Université de Mayotte répondaient aux critères d’éligibilité. Pourtant, la direction n’a pas entamé les démarches pour qu’ils puissent profiter de cette promotion. Au-delà de la carrière personnelle des concernés, l’enjeu était aussi de transformer une université encore fragile en véritable établissement universitaire capable de produire sa propre structuration scientifique, de porter ses formations, de retenir ses enseignants-chercheurs qualifiés et de construire une autonomie académique réelle.
Le refus d’inscrire la question à l’ordre du jour du conseil d’administration
Dès le début du mois de mai 2026, des alertes ont été adressées à la direction de l’établissement. Des demandes internes ont été formulées afin que les besoins disciplinaires de l’établissement soient examinés par le conseil d’administration, en soulignant les besoins pédagogiques et scientifiques des départements, les projets de Master et l’existence d’un vivier local. Toutes les organisations syndicales ont également alerté sur l’urgence de la situation et sur le risque de laisser inexploitées des promotions nationales attribuées précisément à Mayotte. Dans la foulée, les contacts ont été pris avec le ministère et le rectorat allant en ce sens. Malgré tout ceci, la procédure n’a pas été mise en œuvre dans les délais utiles. La direction n’a pas inscrit le sujet à l’ordre du jour du conseil d’administration de l’université, première étape du processus.
Un « manquement » qui relève, selon les documents consultés par Flash Info, d’une « faute juridique ». En effet, si le conseil d’administration a toute latitude pour décider de promouvoir ou non ses maîtres de conférences, la procédure d’inscription du sujet à l’ordre du jour est normalement obligatoire. Les intéressés ont, en outre, prévenu la direction suffisamment tôt pour que cela puisse se faire dans le respect du calendrier. Mais le conseil d’administration de l’Université de Mayotte s’est tenu ce mercredi 24 juin 2026 sans que la question du repyramidage n’ait été abordée de manière officielle, même si la direction a été invitée à expliquer son refus d’entamer le processus. Elle aurait justifié cette absence de mise en œuvre par la volonté d’éviter des tensions internes liées à d’éventuelles concurrences, tout en affirmant privilégier le recrutement extérieur. Une telle explication paraît difficilement convaincante puisque le recrutement de nouveaux enseignants-chercheurs pouvait parfaitement se poursuivre en parallèle d’une procédure de promotion interne, précisément destinée à renforcer le corps professoral titulaire de l’établissement.
Ce choix n’est pas neutre : il contribue objectivement à maintenir le pouvoir académique entre les mains d’un nombre très réduit d’acteurs. En effet, si l’ambition de l’Université de Mayotte est bien d’aller vers une université de plein exercice, ce qu’elle n’est pas encore officiellement, pourquoi se priver délibérément d’une possibilité rapide d’augmentation de son corps professoral via un processus vivement encouragé par l’Etat ? Telle est la question que beaucoup d’acteur du monde de l’Education et de la Recherche se posent actuellement à Mayotte, sans que la direction de l’université n’ait pu lui apporter de réponse convaincante.
La direction de l’université dénonce « des velléités de déstabilisation de l’institution »
Contactée par nos soins, la direction de l’Université de Mayotte a déclaré qu’elle « n’était absolument pas dans l’obligation juridique d’inscrire la question du repyramidage à l’ordre du jour du conseil d’administration » et qu’il s’agissait pour elle « d’une erreur d’interprétation juridique » (NDLR : de l’article 4 du décret de 2021). Pour elle, en l’absence de proposition de « l’autorité compétente », qu’elle a refusé de définir avec précision, la direction était parfaitement en droit de ne pas entamer la procédure de promotion interne de ses maîtres de conférences. Elle a par ailleurs confirmé nos informations selon lesquelles « l’Université de Mayotte a choisi une autre voie pour sa politique d’étoffement de son corps professoral ». Enfin, la direction a ajouté que les échos que nous avions eu sur ce sujet, tout comme sur celui de la cyberattaque et celui de l’étudiante injustement privée de son diplôme, « relevaient de velléités de déstabilisation interne de l’établissement ».
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.



































