L’association Anticor a transmis un signalement au procureur de la République de Mamoudzou concernant la gestion de la commune de Chirongui sous le second mandat de Hanima Ibrahima, entre 2014 et 2020. Une première action à Mayotte pour Anticor, qui s’appuie notamment sur le rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) publié en 2024.
L’association connue pour son action de lutte contre la corruption a annoncé, ce mercredi 25 juin, avoir transmis un signalement au procureur de la République de Mamoudzou concernant la gestion de la commune de Chirongui par Hanima Ibrahima, aujourd’hui revenue à la tête de la mairie. Le signalement, déposé le 5 mai, porte sur des faits susceptibles, selon l’association, de constituer des atteintes à la probité lors de son second mandat, entre 2014 et 2020.
« La base du signalement, ce sont les rapports de la CRC. », explique Léo Jusiak, référent local d’Anticor 976. L’association affirme avoir travaillé à partir de documents publics, mais aussi de témoignages de lanceurs d’alerte venus corroborer certains manquements. « On est sur un travail d’analyse de documents publics. Donc tout est disponible », poursuit-il, sans souhaiter en dire davantage à ce stade.
Anticor évoque d’abord l’attribution d’une trentaine de marchés de travaux publics à une société dirigée par des membres de la famille de la maire. Le montant total de ces contrats atteindrait 545 000 euros entre 2015 et 2020, sans que le conseil municipal n’ait été informé de leur passation, selon l’association. Si ces faits étaient avérés, ils pourraient être susceptibles de relever du favoritisme ou de la prise illégale d’intérêts.
Un autre volet concerne les recrutements au sein de la commune. Anticor affirme que quatre membres de la famille de l’édile auraient été recrutés entre 2014 et 2020, certains contrats ayant été signés directement par Hanima Ibrahima. Là encore, l’association estime que ces éléments pourraient poser la question d’une éventuelle prise illégale d’intérêts.
Enfin, Anticor s’interroge sur l’utilisation de fonds publics provenant de l’Agence française de développement. Selon l’association, la commune ne serait pas en mesure de justifier l’utilisation d’une partie des fonds avancés par l’AFD pour des opérations d’investissement décidées en 2017 et 2018. Elle ajoute que 2,8 millions d’euros n’auraient pas été remboursés, alors que la commune s’y était engagée.
Ces différents éléments s’inscrivent dans un contexte déjà pointé par la Chambre régionale des comptes de La Réunion et de Mayotte. Dans son rapport d’observations définitives sur la commune de Chirongui, publié en 2024, la juridiction financière relevait des procédures de marchés publics « entachées d’irrégularités », une comptabilité insuffisamment fiable et une situation financière dégradée. La CRC indiquait également que la commune n’avait pas été en mesure de produire les éléments justifiant des mises en concurrence pour plusieurs prestations, pour un montant global supérieur à 700 000 euros.
Pour Anticor, le dépôt de ce signalement n’a pas été décidé à la légère. « On essaie d’avoir un travail sérieux et, quand on lance un signalement, l’objectif n’est pas de communiquer, mais d’avoir un résultat derrière », insiste Léo Jusiak. « On travaille sur les dossiers qui sont les plus bétons. D’autres signalements viendront, mais à chaque fois avec sérieux. »
L’association indique avoir reçu un accusé de réception du parquet « il y a une petite semaine », mais précise ne pas avoir eu de réponse sur les suites qui pourraient être données. « On en est qu’au début », rappelle Léo Jusiak. Si une enquête devait être ouverte et si l’affaire était portée devant les tribunaux, Anticor entend suivre la procédure. « L’intérêt de ce type de signalement, c’est de pouvoir participer à l’ensemble de la procédure et montrer que nous aussi, on a un rôle à jouer. »
« Mayotte est confrontée à des défis majeurs de développement. Dans ce contexte, les deniers publics doivent impérativement être utilisés conformément à leur destination et dans l’intérêt exclusif de la population », insiste Léo Jusiak, « Les décideurs publics qui en sont responsables doivent faire preuve d’une gestion exemplaire : c’est une condition essentielle à la confiance entre les citoyens et leurs institutions. »
L’association rappelle toutefois que ce signalement ne vaut ni condamnation ni déclaration de culpabilité. Il appartient désormais à la justice d’apprécier les faits et, le cas échéant, de déterminer les responsabilités.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.



































