Le programme dévoilé par la Société nationale de l’électricité des Comores va impacter aussi bien Moroni que le reste de la Grande Comore, déjà touchés par un rationnement du carburant en vigueur depuis plus d’un mois, selon un responsable d’une station-service de la capitale.
Alors que la situation au Moyen-Orient se calme avec la signature d’un protocole d’accord entre les États-Unis et la République islamique d’Iran, l’Union des Comores s’enlise dans une crise énergétique au moment où la réouverture complète du détroit d’Ormuz se précise.
En effet, depuis dimanche, le ravitaillement en carburant dans les stations-service de la Grande Comore relève du parcours du combattant. Mais c’est surtout l’annonce d’un programme de délestage qui inquiète. Dans un communiqué publié mardi sur sa page Facebook, la Société nationale de l’électricité (Sonelec) a précisé que des coupures journalières et nocturnes seraient appliquées à l’échelle de la Grande Comore.
« La Société nationale de l’électricité des Comores informe son aimable clientèle que les difficultés actuelles d’approvisionnement en carburant liées à la situation internationale ont entraîné une réduction temporaire des quantités disponibles pour assurer la production électrique », indique l’entreprise publique. Elle explique que cette mesure vise à préserver les réserves, éviter une interruption totale du service et maintenir l’alimentation électrique aussi longtemps que possible.
D’après le même communiqué, Moroni et ses environs seront délestés de 13 heures à 18 heures, tandis que sur l’ensemble de la Grande Comore, le courant sera coupé de 1 heure à 7 heures du matin. Soit cinq longues heures de coupure qui risquent d’impacter fortement l’économie, principalement concentrée à Moroni. Que vont faire les secteurs de production et de transformation, notamment ceux qui ne disposent d’aucune alternative énergétique ?
L’eau aussi
Le bémol est qu’avant même l’annonce de ce calendrier, certaines zones limitrophes de la capitale vivaient déjà à un rythme inhabituel.
« Il faudrait revoir vos informations, car de 6 heures à 18 heures, à Mdé Sahani, il n’y a pas eu d’électricité. Visiblement, cela recommence alors que la situation s’était améliorée, même si tous les jours la zone est délestée entre 6 heures et 14 heures », a réagi mardi Fahmy Thabit, entrepreneur et ancien président de la Chambre de commerce.
Au nord de la Grande Comore, la situation s’est également dégradée ces derniers jours alors que la région était jusque-là alimentée régulièrement.
« Nous ne sommes pas confrontés à un quelconque problème technique. Le rationnement du carburant s’est accentué et nous n’avons pas d’autre choix que de suivre le rythme », a confié un employé de la Sonelec, qui parvenait jusqu’ici à maintenir un niveau d’approvisionnement satisfaisant grâce aux centrales solaires implantées sur l’île.
Flash Infos a tenté d’obtenir une réaction de la Société comorienne des hydrocarbures, en vain.
Pourtant, cette pénurie ne touchera pas seulement l’électricité. La Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) a également annoncé que ses activités seraient affectées.
« La Sonede informe ses usagers que les coupures de la Sonelec, couplées aux difficultés d’approvisionnement en carburant que nous subissons, impacteront directement nos capacités de production et de distribution de l’eau. Nos systèmes de production et de traitement dépendent entièrement d’une alimentation électrique stable pour fonctionner convenablement », a prévenu la société, dirigée depuis plus d’un mois par l’ancienne commissaire générale au Plan, Najda Said Abdallah.
Pour une capitale déjà sous-alimentée en eau — les habitants s’approvisionnant largement auprès de revendeurs ambulants —, la baisse de la disponibilité du carburant ne va rien arranger.
Huit milliards de manque à gagner
« Déjà, dans notre principal centre de pompage situé à Vouvouni, il est rare que la zone soit alimentée pendant la journée par la Sonelec. Nous utilisons nos groupes électrogènes pour assurer le pompage. Mais là encore, la fourniture de carburant a diminué. Sur une commande de 12 000 litres passée auprès de la Société comorienne des hydrocarbures, seulement 3 000 litres nous ont été livrés en deux jours », a indiqué le service de communication de la société de distribution d’eau.
Celui-ci précise qu’en temps normal, trois zones de l’île sont régulièrement alimentées après pompage : le Hambou, le Bambao et le sud de Moroni.
« Or, pour remplir les réservoirs, il faut douze heures consécutives d’alimentation afin de pomper l’eau, sans compter le ravitaillement des revendeurs utilisant bus et camions-citernes. Cette nouvelle pénurie de carburant accentue donc les difficultés de fourniture d’eau », regrette notre source.
Dans les stations-service de la capitale, cela fait plus d’un mois que le quota habituel a été revu à la baisse et ne dépasse plus 3 000 litres, selon le responsable d’une station. Résultat : les files d’attente sont de retour à Moroni et dans ses environs.
Une situation qui suscite l’inquiétude à l’approche des festivités estivales. Certaines indiscrétions laissent entendre que le prochain pétrolier pourrait accoster avant le début du mois de juillet.
Notons que la Société comorienne des hydrocarbures (SCH) absorbe à elle seule plus de 50 % des volumes de gazole importés, qu’elle revend ensuite à la Sonelec à un tarif préférentiel. Cette subvention de l’État représente un manque à gagner de 8 milliards de francs comoriens (près de 16 millions d’euros) pour la société, selon la section des comptes, qui indiquait que la dette de la Sonelec envers la SCH s’élevait en 2022 à 429,712 millions de francs comoriens.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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