Moins d’un mois après la sortie de ce rapport, le ministre de l’énergie qui en avait reçu une copie a nommé un nouveau directeur par intérim régional de la société nationale de l’électricité de l’île, dont la fourniture du courant était menacée par les pratiques de l’ancienne équipe dirigeante.
Début avril, le directeur général de la société nationale de l’électricité des Comores (Sonelec), Moumini Soilahoudine, a reconnu devant des journalistes de la télévision nationale que la gestion de la direction régionale au niveau d’Anjouan était entachée d’irrégularités. Il s’est appuyé sur un audit mené par ses équipes, dont la publication des conclusions a coïncidé avec le départ du directeur régional la Sonelec Anjouan, Ben Zadeck Ahmed Daoud qui a rendu sa démission, selon un arrêté ministériel.
Le ministre de l’énergie, Aboubacar Said Anli l’a remplacé le 5 mai, par un intérimaire en la personne de Mohamed Said Ali M’dama. Les autorités ont-elles poussé l’ex-directeur à la sortie après avoir consulté le dernier rapport, dont une copie a été transmise au secrétariat général du gouvernement et au ministère des finances ? Intitulé » alerte sur la situation critique de la direction régionale d’Anjouan et demande d’appui – institutionnel par sécurisation urgente des flux financiers, commerciaux et opérationnel« , cet audit daté du 30 avril, a été rédigé après différentes missions de contrôle réalisées sur place.
Il faut dire que le constat dressé est alarmant tant sur le plan financier qu’administratif. » Les différents rapports convergent vers le constat selon lequel la direction régionale d’Anjouan ne souffre pas seulement de dysfonctionnements administratifs ordinaires, elle présent des failles systémiques de gouvernance« , commence d’emblée le l’enquête, consultée par Flash Infos.
Écart de 160 607 euros
Au niveau de la trésorerie, les investigations révèlent des écarts financiers importants, dont 79 millions de francs (160 607 euros) au 31 décembre 2025. Cette situation fait courir un risque de perte des recettes, une incapacité à financer le carburant et la maintenance (niveau critique). Le plus grave, poursuit l’audit, des précédents alertes existaient. Une note mentionnait un écart de 63 654 226 de francs pour le mois de mai 2025 et un solde provisoire de 100 407 016 au 30 septembre 2025. » Cela montre que les anomalies détectées ne sont pas récentes. Cela signifie qu’une partie des recettes payées par les clients n’a pas pu être rapprochée de manière fiable avec les dépôts bancaires et les écritures comptables« , souligne l’enquête qui a répertorié d’autres manquements non négligeables.
Parmi eux, des encaissements consolidés manuellement, des remises entre caissier et caisse principale ne faisant pas l’objet d’un contrôle systématique, une absence de rapprochement quotidien des dépôts bancaires. » La comptabilité reçoit parfois les pièces avec retard ou de manière incomplète, ce qui fait peser un risque de détournement, une disparition non détectée des recettes, et impossibilité de connaitre la trésorerie réelle disponible. Même le paiement des charges vitales comme le carburant est menacé« , préviennent les auditeurs. La capacité de la société a été passée au crible et les constats inquiètent.
723 faux compteurs
Sous la période du 15 Janvier au 30 mars 2026, 723 compteurs ont été créés au bureau d’ordre, alors qu’il s’est avéré que pendant cette même période, aucune pose de compteurs n’a eu lieu. Ce chiffre montre qu’un compteur peut exister administrativement dans le système sans correspondre à une installation réelle. Le contrôle a permis aussi de déceler la création de clients non maitrisés, de compteurs posés mais administrativement inexistant, des pratiques commerciales exposant la société à des pertes massives. A cela s’ajoute le cas des clients facturés sur Excel, des dossiers de résiliation non traités convenablement par la cellule d’inspection.
Le service des ressources humaines est lui aussi épinglé, car caractérisé par une faiblesse interne. Pendant leurs investigations, les enquêteurs de la direction générale de la Sonelec ont découvert, 15 faux stagiaires rémunérés en espèces, 41 agents contractuels mis en attente alors qu’ils devaient être régularisés depuis un moment tandis que 20 dossiers de licenciement, dont 3 cas d’abandon de poste se trouvaient en souffrance. L’audit rapporte que durant la période du contrôle, une réunion du conseil disciplinaire a abouti au licenciement du caissier principal, de l’ancien chef du bureau d’ordre et enfin de l’agent comptable. Sur le plan bancaire, 13 comptes sont identifiés mais l’accès du directeur général était encore partiel. » Sans sécurisation des recettes, l’État devra subventionner les pertes. Sans réaction rapide et structurée, les anomalies constatées pourraient compromettre la capacité de la Sonelec« , prévient le rapport, qui visiblement a fini par entrainer la chute de l’ancien directeur de la société, en place depuis décembre 2024.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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