Sômarôho 2026 : treize ans après sa création, le festival veut désormais jouer dans la cour des grands

La 13e édition du Festival Sômarôho s’est achevée dimanche ce dimanche à Nosy Be après 3 jours marqués par une mobilisation populaire exceptionnelle. Entre affluence record, carnaval haut en couleur, artistes internationaux et présence inédite d’un membre du gouvernement, le rendez-vous culturel confirme son ancrage dans la vie de l’île. Mais cette édition ouvre surtout une nouvelle page : celle d’un festival qui ne veut plus reposer sur quelques organisateurs, mais devenir un véritable projet collectif et un moteur du développement de Nosy Be.

Le Festival Sômarôho n’est plus simplement un événement inscrit au calendrier culturel. Treize ans après sa création, il s’est transformé en véritable institution populaire. L’édition 2026, qui s’est achevée hier, en a une nouvelle fois apporté la démonstration, avec une affluence considérable dans les rues de Hell-Ville et sur les différents sites accueillant les festivités.

Dès les premières heures de la journée, l’île donnait déjà le sentiment de se préparer à accueillir une véritable marée humaine. À Ankify, sur la Grande Terre, les premiers signes de cette mobilisation apparaissaient bien avant le lever du soleil. Dès trois heures du matin, une longue file de véhicules s’était formée dans l’attente des traversées vers Nosy Be.

Voitures particulières, taxis, minibus et même camions se succédaient dans une atmosphère particulièrement animée. Face à l’affluence, les équipes chargées des embarquements ont dû anticiper les formalités afin de fluidifier au maximum le passage des voyageurs. Les pièces d’identité étaient récupérées avant même l’ouverture des guichets, tandis que les vedettes rapides multipliaient les rotations entre Ankify et Nosy Be.

Une mobilisation qui témoigne de la place prise par Sômarôho dans la région Diana. Pour de nombreux festivaliers, participer au rendez-vous annuel est devenu une véritable tradition. Le festival attire désormais bien au-delà de Hell-Ville et rassemble habitants de Nosy Be, visiteurs venus de la Grande Terre et publics attirés par la programmation artistique.

Hell-Ville transformée par le festival

Une fois arrivés sur l’île, les festivaliers ont découvert une Hell-Ville métamorphosée. Les rues étaient particulièrement fréquentées et les principaux axes de circulation, notamment entre Bazary Be et Antranomanohina, ont rapidement été saturés.

L’ambiance était déjà largement installée dès la mi-journée. Plusieurs heures avant le passage du carnaval, les habitants avaient pris position le long des avenues pour ne rien manquer du spectacle. Familles, jeunes, groupes d’amis et visiteurs se mêlaient aux participants dans une atmosphère de fête.

Cette concentration exceptionnelle de population a également nécessité un important dispositif de sécurité. Les forces de l’ordre ont été mobilisées pour sécuriser le parcours du défilé, encadrer les mouvements de foule et assurer la régulation de la circulation.

Le carnaval constituait l’un des temps forts de cette édition. Plus d’une trentaine d’associations et de groupes culturels ont pris part au défilé, transformant les rues de Hell-Ville en une immense scène à ciel ouvert.

Costumes, danses, musiques traditionnelles et créations originales ont permis aux différents quartiers de Nosy Be de mettre en avant leur identité. Le public, nombreux tout au long du parcours, a accompagné le cortège par des applaudissements et une forte participation.

Le défilé s’est finalement achevé au stade d’Ambodivoanio, où s’est déroulée la cérémonie officielle.

Une cérémonie officielle sous le signe de la reconnaissance

Le stade affichait alors une affluence exceptionnelle. Les autorités civiles et militaires, les élus, les représentants de l’État ainsi que les partenaires du festival étaient réunis pour marquer officiellement le lancement de cette nouvelle édition.

Mais au-delà des discours institutionnels, un nom dominait largement les conversations : celui de Shenseea.

La chanteuse jamaïcaine constituait l’une des grandes attractions de cette édition 2026. Accueillie comme une véritable vedette à son arrivée à l’aéroport quelques jours auparavant, elle était particulièrement attendue par le public.

Sa présence a donné une dimension internationale supplémentaire au festival. Programmée pour participer au bal d’ouverture puis à un grand concert à Ambodivoanio, l’artiste jamaïcaine a contribué à renforcer l’attractivité d’un événement qui cherche désormais à dépasser les frontières de Madagascar.

Pour Sômarôho, l’enjeu est aussi là : réussir à associer la richesse de la culture locale à une programmation capable d’attirer des artistes et des publics venus de l’extérieur.

Une première depuis la création du festival

Cette 13e édition restera également particulière par la présence officielle du ministre de la Communication et de la Culture, Gascar Fenosoa.

Selon les organisateurs, jamais depuis la création de Sômarôho, il y a treize ans, un ministre n’avait participé officiellement à l’événement. Sa venue constitue donc un signal politique et institutionnel important pour les responsables du festival.

Le gouvernement semble ainsi vouloir reconnaître le rôle que peuvent jouer les grands événements culturels dans la dynamique économique et touristique des territoires.

Le ministre a notamment insisté sur la culture comme outil de développement, mais aussi comme moyen de renforcer le rayonnement international de Madagascar. Une orientation qui pourrait donner au Festival Sômarôho une nouvelle dimension dans les prochaines années.

Plusieurs annonces ont d’ailleurs marqué son intervention. Parmi elles figure la volonté de proposer l’élévation de Joël Isoufaly Andriamahazo, plus connu sous le nom de Wawa, au grade de commandeur de l’Ordre national.

Une distinction qui viendrait saluer plusieurs décennies d’engagement artistique et culturel du chanteur, mais aussi son rôle dans la création et la pérennisation du festival.

Le ministre a également évoqué la possibilité d’inscrire un soutien financier au Festival Sômarôho dans le prochain budget. Une perspective particulièrement importante pour un événement dont l’organisation nécessite désormais des moyens considérables compte tenu de son ampleur.

Autre piste évoquée : une éventuelle participation officielle du président de la Refondation de la République à la prochaine édition.

Wawa veut désormais passer le relais

Derrière les festivités et les grands concerts, cette édition 2026 aura surtout été marquée par une réflexion sur l’avenir du festival.

Pendant treize ans, Sômarôho a largement reposé sur l’engagement de Wawa et de son entourage. Mais le succès grandissant de l’événement impose désormais de réfléchir à une organisation capable de répondre à des ambitions plus importantes.

Le chanteur a lui-même posé les bases de cette nouvelle étape. Le festival, selon lui, ne peut plus être considéré comme la propriété d’un artiste ou d’un groupe. Il doit désormais devenir celui de toute une population.

Le thème choisi pour cette 13e édition, « Sômarôho nintsika jiaby », qui signifie « Sômarôho pour tous », résume cette volonté.

L’idée est claire : faire évoluer le festival d’un événement porté essentiellement par une personnalité vers un projet collectif impliquant les habitants, les acteurs économiques, les associations, les artistes, les collectivités et les pouvoirs publics.

Cette évolution apparaît presque comme une nécessité tant le festival a pris de l’ampleur.

Car Sômarôho ne se limite désormais plus à la musique et aux spectacles. Son impact dépasse largement le secteur culturel.

Pendant plusieurs jours, l’activité économique de Nosy Be bénéficie directement de l’arrivée des festivaliers. Hôtels, restaurants, commerces, transports maritimes, taxis, vendeurs ambulants et autres acteurs liés au tourisme profitent de cette concentration exceptionnelle de visiteurs.

L’affluence observée à Ankify illustre elle-même l’importance de ces retombées. Les traversées vers Nosy Be connaissent une activité particulièrement soutenue, tandis que l’ensemble de la chaîne touristique est sollicitée.

Dans une île dont l’économie repose largement sur le tourisme, un événement capable d’attirer plusieurs milliers de personnes constitue donc un levier particulièrement important.

Sômarôho participe également à la promotion de Nosy Be comme destination touristique et culturelle. L’image de l’île ne repose plus uniquement sur ses plages, ses paysages et ses infrastructures touristiques. Elle s’enrichit désormais d’une identité culturelle portée par un événement reconnu dans le pays.

De la tradition locale à l’ambition internationale

Treize ans après sa création, le Festival Sômarôho se trouve ainsi à un tournant.

Son succès populaire n’est plus à démontrer. L’affluence de cette 13e édition confirme que le rendez-vous est profondément inscrit dans les habitudes des habitants de Nosy Be et de la région Diana.

Mais ce succès pose aussi de nouveaux défis.

Comment gérer une affluence toujours plus importante ? Comment améliorer les infrastructures d’accueil et de transport ? Comment renforcer la sécurité ? Comment assurer un financement durable ? Comment mieux répartir les retombées économiques ? Et surtout, comment faire en sorte que le festival puisse grandir sans perdre son identité ?

Ces questions seront probablement au cœur des prochaines éditions.

L’arrivée d’artistes internationaux comme Shenseea montre déjà que Sômarôho souhaite franchir une nouvelle étape. La présence d’un membre du gouvernement et les perspectives de soutien financier de l’État pourraient également contribuer à professionnaliser davantage l’organisation.

Mais l’ambition internationale ne devra pas se faire au détriment de l’ADN du festival. C’est précisément son enracinement local, sa capacité à mobiliser les quartiers et les associations de Nosy Be et à mettre en avant les cultures de l’île qui constituent aujourd’hui sa principale force.

Un patrimoine vivant de Nosy Be

Au fil des années, Sômarôho est donc devenu bien plus qu’une succession de concerts et de spectacles.

Le festival est désormais un espace de rencontre entre générations, entre cultures et entre territoires. Il offre une vitrine aux artistes et associations locales tout en permettant au public malgache de découvrir des artistes venus de l’étranger.

Il participe aussi à la transmission culturelle en donnant une place importante aux danses, aux musiques et aux traditions locales.

Cette dimension explique sans doute une partie de son succès. Dans les rues de Hell-Ville, pendant le carnaval comme autour des scènes, le public ne vient pas uniquement assister à un spectacle. Il participe à un événement qui fait désormais partie de l’identité collective de l’île.

La 13e édition aura ainsi confirmé une réalité : Sômarôho appartient désormais à Nosy Be.

Le message porté cette année par Wawa prend alors tout son sens. Après avoir contribué pendant treize ans à faire grandir le festival, son fondateur souhaite désormais voir la population, les acteurs économiques et les institutions prendre davantage leur part dans son avenir.

Le passage d’un festival porté par quelques-uns à un projet collectif pourrait bien constituer la prochaine grande étape de Sômarôho.

Et si l’affluence observée cette année constitue un indicateur, le rendez-vous a encore de belles années devant lui. Devenu un moteur culturel, touristique et économique de Nosy Be, Sômarôho semble désormais vouloir franchir un nouveau cap : passer du statut de grand festival malgache à celui de rendez-vous culturel capable de rayonner à l’échelle de l’océan Indien et au-delà.

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Journaliste

Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.

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