Les 640 nouveaux étudiants de l’Université de Mayotte ont été accueillis ce mercredi 19 août sur le campus de Dembéni. Entre découverte des lieux, nouvelles responsabilités et contraintes de transport, cette rentrée marque un changement de rythme pour les jeunes. L’établissement ouvre aussi une nouvelle formation et prépare plusieurs évolutions majeures.
Il y avait du monde dès le début de matinée devant l’Université de Mayotte, à Dembéni. Sacs sur le dos, parfois encore accompagnés de leurs amis du lycée, les nouveaux étudiants ont découvert mercredi 19 août leur nouvel établissement. Petit-déjeuner, mot du président, présentation des formations et inscriptions étaient au programme de cette première journée d’accueil, qui se poursuit jeudi.
Pour Mélina, 17 ans, qui débute une licence pour devenir professeure des écoles, cette première journée avait commencé bien avant son arrivée sur le campus. « J’étais stressée jusqu’à 1h du matin, je me suis endormie à 1h et je me suis réveillée à 4h », raconte la jeune femme, venue de la commune de Tsingoni. Le discours d’accueil lui a malgré tout permis de mieux comprendre ce qui l’attend : « Ça met un peu de pression […] mais j’ai pu comprendre comment ça va se passer, où me diriger quand j’aurai des questions. »
Apprendre à travailler sans « quelqu’un derrière nous »
Ce changement de cadre est aussi ce qui préoccupe Faiza, inscrite en droit, et Ben Alidou, qui rejoint une licence de sciences de la vie. « On était habitués à ce que les profs nous accompagnent, qu’on nous donne un délai pour faire nos devoirs, mais là maintenant il va falloir se débrouiller tout seul », résume Faiza. Pour Ben Alidou, l’autonomie constitue même « la plus grosse épreuve de l’université ».
Un sujet largement abordé quelques minutes plus tôt par le président de l’Université de Mayotte, Abal-Kassim Cheik Ahamed. Devant les nouveaux arrivants, il a insisté sur la liberté nouvelle offerte par les études supérieures, mais aussi sur la responsabilité qui l’accompagne. Personne, a-t-il rappelé, ne vérifiera quotidiennement que les cours ont été appris ou que le travail a été commencé à temps. La réussite, a-t-il insisté, dépendra autant « de la régularité, de la méthode, de la curiosité et de la persévérance » que des capacités de chacun.
Le président a également consacré une partie de son intervention à l’intelligence artificielle. Un outil qui peut, selon lui, aider les étudiants « à chercher, à comprendre, à reformuler, à explorer des idées », mais qui ne doit pas travailler à leur place. « À l’université, ce n’est pas l’intelligence artificielle que nous évaluons. C’est vous », a-t-il rappelé.
Pour certains étudiants, la difficulté ne se joue pas uniquement dans les amphithéâtres. Ben Alidou, qui habite dans le nord de Mayotte, s’inquiète déjà des journées à rallonge. « Il y a la distance qu’il y a de chez nous à ici, ça va être un peu plus dur qu’au lycée », explique-t-il. Entre les devoirs, les révisions et des départs en bus qui peuvent intervenir dès 4 heures du matin, le jeune homme craint de manquer de sommeil. « Ça se peut qu’on dorme à la même heure qu’on doit se réveiller pour prendre le bus. »
Une contrainte connue de la direction. Dans son discours, Abal-Kassim Cheik Ahamed a évoqué les difficultés de logement, de transport et, plus largement, les contraintes personnelles et familiales qui peuvent peser sur les études à Mayotte. L’université, a-t-il assuré, doit faire « tout ce qui est en [son] pouvoir » pour offrir de meilleures conditions aux étudiants.
Une nouvelle formation et un premier laboratoire de recherche
Cette rentrée doit aussi marquer une nouvelle étape dans le développement de l’établissement. L’Université de Mayotte ouvre cette année un Bachelor universitaire de technologie (BUT) Gestion administrative et commerciale des organisations (GACO). Le président annonce 25 places en première année et 25 en troisième année, avec une partie de la formation en apprentissage et donc en lien direct avec les entreprises.
L’Université de Mayotte veut également gagner en autonomie dans la construction de son offre de formation. Depuis sa transformation en Université de Mayotte, l’établissement peut désormais déposer en son nom ses propres dossiers d’accréditation. Un chantier qui doit justement occuper une place importante cette année. Jusqu’à présent, l’université s’est appuyée sur cinq établissements partenaires pour porter ses diplômes. L’objectif est désormais d’obtenir progressivement les accréditations nécessaires pour délivrer elle-même des diplômes nationaux et développer des formations répondant directement aux besoins du territoire.
Autre évolution annoncée : L’Université prévoit de créer sa première unité de recherche propre. Elle entend également renforcer les mobilités dans l’océan Indien et à l’international, notamment vers Madagascar, Maurice, les Seychelles ou encore plusieurs pays d’Afrique australe et orientale.
La formation des enseignants figure également parmi les chantiers à venir. Abal-Kassim Cheik Ahamed indique travailler avec le ministère à la création d’un Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé) à Mayotte pour la rentrée 2027. « On est la seule académie de France qui n’a pas d’Inspé », souligne-t-il.
Ces développements doivent aussi permettre à l’université de retenir davantage de jeunes sur le territoire. Selon son président, un peu plus de 10.000 étudiants mahorais poursuivent actuellement des études supérieures, tandis que l’Université de Mayotte en accueille « un peu moins de 2.000 », auxquels s’ajoutent ceux inscrits notamment en BTS. Son objectif est de « renverser la courbe des départs » en élargissant progressivement l’offre de formation locale.
En quatorze ans, l’établissement affirme avoir formé plus de 20.000 étudiants et délivré 3.627 diplômes, dont 602 en 2025. Face aux nouveaux arrivants, son président leur a surtout demandé de prendre leur place dans cette histoire. Une ambition que Mélina, du haut de ses 17 ans, comprend parfaitement : « Il manque beaucoup de médecins, de profs. Peut-être que Mayotte va se développer un jour grâce à nous. »
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.



































