À Kahani, 151 habitations détruites dans une nouvelle opération de décasage

Après une nuit de tensions, une nouvelle opération de résorption de l’habitat insalubre (RHI) a débuté ce jeudi 21 mai au matin dans le quartier Kardjavendza, à Kahani, sur la commune de Ouangani. Au total, 151 habitations sont en cours de destruction. La préfecture met en avant des risques sanitaires, sécuritaires et environnementaux tandis que des habitants dénoncent un manque de solutions de relogement adaptées.

Sur place, le préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, a défendu une intervention qui « participe à l’amélioration du cadre de vie » de la commune, mais aussi « apporte de la sécurité sur ce territoire ». « C’est la quatrième opération Kingia », a-t-il rappelé, précisant que les trois premières – à Combani, Ironi Be et Sada – avaient permis la destruction de 147 cases. Cette fois, « en une seule opération, on vient amener à la destruction de 151 cases », a-t-il déclaré.

La préfecture s’appuie notamment sur un rapport d’enquête d’insalubrité de l’Agence régionale de santé. Le document décrit un secteur dense constitué d’habitations précaires où se cumulent les risques : difficultés d’accès à l’eau potable, assainissement insuffisant, installations électriques dangereuses, proximité d’une ravine et accès difficile pour les secours.

La dimension sécuritaire est également mise en avant par le préfet. « Cette sécurité, elle est importante. Et je voudrais rappeler que cette nuit, certains ont tenté d’intimider le dispositif que nous allions mettre en place, par des barrages, par de la violence assez forte. » Selon Frédéric Poisot, un gendarme a été « assez gravement blessé » après avoir reçu « un fer à béton dans le bras ». « Je voudrais dire à tous ceux qui pensent nous intimider pour qu’on ne conduise pas ces opérations, ça ne fonctionnera pas », a-t-il ajouté, assurant que l’État « continuera à mener ce type d’opération ».

Derrière l’urgence sanitaire mise en avant par les autorités demeure la question des alternatives offertes aux familles concernées. Le préfet affirme qu’une permanence sociale a été ouverte avec la mairie à partir de mardi. Près de 200 personnes s’y seraient présentées, alors que le site pouvait accueillir entre 400 et 450 personnes au plus fort de son occupation. Une solution aurait été trouvée pour 40 d’entre elles. Pour les autres, l’État promet de poursuivre l’accompagnement. Les habitants concernés sont invités à se présenter au CCAS de Barakani.

Les autorités veulent aussi éviter que le quartier ne se reconstitue ailleurs : des sites susceptibles d’accueillir de nouvelles installations informelles ont été identifiés par les forces de l’ordre et font désormais l’objet d’une « surveillance particulière », afin d’empêcher toute « réinstallation sauvage ».

Le maire de Ouangani, Issoufi Madi, rappelle de son côté que le dossier remonte à 2023, avant son arrivée à la tête de la commune. Selon lui, des enquêtes sociales ont été menées en mars pour proposer des solutions d’hébergement aux familles. « Certaines d’entre elles ont refusé les propositions car elles étaient trop éloignées de Kahani où sont scolarisés leurs enfants », explique un habitant.

L’élu souhaite désormais transformer le site. Il annonce vouloir y aménager un plateau sportif pour la jeunesse de Kahani, afin que le quartier retrouve, selon ses mots, une « énergie positive » après le décasage.

En attendant, un voisin présent lors de l’opération redoute de nouvelles tensions : « On tente de calmer les petits jeunes, mais il y aura sûrement des affrontements encore ce soir. Ils n’ont nulle part où aller, donc ils seront sur la route. »

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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