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« La grève nous tue »

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Entre la polémique sur la qualité des repas livrés aux confinés du RSMA, et la mise à l’arrêt d’une partie importante de son activité à cause du confinement, l’entreprise de restauration collective est sur tous les fronts. Mais face à ces multiples coups durs, son directeur, Gilles Rouinvy, ne baisse pas les bras et répond aux critiques. Entretien.

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Réunion au sommet ce lundi, entre les différents acteurs économiques et politiques du 101ème département, alors que le rachat de Vindemia, filiale de Casino, par GBH, qui détient 11 magasins Carrefour, doit avoir lieu le 1er juillet. Pour l’instant, ni l’Autorité de la Concurrence, ni le Conseil d’État ne se sont prononcés contre l’opération. Mais après La Réunion, c’est au tour des acteurs mahorais de s’inquiéter de ses conséquences pour la vie économique locale.

Les poissonneries mahoraises ont le bec dans l’eau

À Mayotte, la préfecture a autorisé le maintien des activités de pêche. Une bonne nouvelle pour le secteur, qui se retrouve maintenant confronté à un problème de stockages des produits frais. Les poissonneries et les coopératives sont aujourd’hui les premières à faire les frais du manque de structures adaptées. 

A la cinquième semaine du mouvement de contestation qui paralyse l’île, les entreprises sont aux abois. La présidente du Medef local, Carla Baltus, appelle « à un retour à la normale, qu’on se mette à la table des négociations avec l’État, qu’on arrête de sacrifier les entreprises, les enfants, les malades ».

Cinq semaines maintenant que les Mahorais subissent de graves entraves à la liberté de circuler. Les nombreux barrages paralysant en grande partie le flux des véhicules et des piétons impactent durablement l’économie de l’île. Par conséquent, les entreprises mahoraises commencent à déposer de nombreuses demandes de chômage partiel auprès de la direction du Travail de Mayotte (Dieccte), notamment sur la période de mars à juin, note Alain Gueydan, directeur de l’administration. Cette activité partielle couvre jusqu’à 1 000 heures par an et par salarié maximum. A ce jour, ces demandes représenteraient près de 2,6 millions d’euros d’indemnités potentielles réparties sur une centaine d’entreprises, indique encore la direction du Travail qui précise : « Ce chiffre change chaque jour, puisque nous recevons entre 10 et 15 demandes quotidiennes ». Car de fait, la masse salariale représente à Mayotte un peu de moins de 20 millions d’euros à débloquer chaque mois, pour les quelque 10 000 salariés du secteur privé.

De cruels défauts de trésorerie

Selon le Medef de Mayotte, 80 de ses adhérents ont d’ores et déjà déposé une demande de chômage partiel qui implique environ 2 000 salariés du secteur privé. L’organisation patronale explique que l’État prend ainsi en charge 5,40 euros par heure et par employé, le reste étant dû par l’employeur. Mais « si la grève continue, cette activité partielle deviendra du chômage, c’est mathématique », craint Carla Baltus, la présidente du Medef local, qui s’attend à des plans de licenciement massifs et à un accroissement soudain du taux de chômage. Pour rappel, suite au mouvement de 2011, ce sont plus de 3 000 personnes qui ont perdu leur emploi. Cependant, pour bénéficier du dispositif d’activité partielle, les entreprises doivent avancer les salaires ; le dispositif de chômage partiel fonctionnant sur un principe de remboursement. Or, le tissu économique de l’île est fragile : la très grande majorité des entreprises de l’île sont des TPE (seules 300 des 9 000 entreprises de l’île ont plus de 10 salariés, comptabilise le Medef local). Ainsi, ces très petites entreprises disposent de peu de trésorerie, ce qui ne leur permet pas d’avancer des salaires alors qu’elles n’ont plus ou peu d’activité. Ne plus payer ses salariés ? Quelques solutions sont évoquées par le Medef local : se rapprocher des banques pour tenter d’obtenir, au cas par cas, des facilités de découverts ou des reports de prélèvements, ne payer que les salariés présents au sein de l’entreprise durant la « grève générale » ou enclencher une procédure de « lock out », c’est-à-dire une fermeture temporaire de la société pendant laquelle aucun salaire n’est versé. Durant cette période, les contrats sont suspendus et les employés « peuvent se rapprocher de leurs syndicats » afin de trouver des solutions concernant leur situation financière. « C’est une forme de grève de l’entreprise », résume Carla Baltus. Toutefois, si ce dispositif existe de fait, il ne figure pas dans le code du travail, avertit la Dieccte qui ajoute : « Dans sa mise en œuvre, il mène souvent les entreprises devant les tribunaux ».

« Responsabilité sans faute »

Le code du travail ne prévoit pas de rémunération lorsqu’il n’y a pas de travail effectif ; en d’autres termes, il n’existe pas dans le code du travail de cas de force majeure qui dédouane un salarié de se rendre sur son lieu de travail. Ainsi, si la prestation de travail n’est pas fournie, la rémunération n’est pas due. Les travailleurs de Mayotte se retrouvent donc dans les mêmes conditions que les habitants de l’Hexagone qui ne peuvent se rendre au travail en raison de grèves des transports. « On n’a pas suffisamment communiqué sur le fait que les salaires n’allaient pas être payés », reconnaît-on du côté de la Dieccte. Outre des demandes de chômage partiel ou le « lock out », le Medef local conseille aux entreprises de Mayotte de demander un moratoire sur les échéances sociales et fiscales à venir en se rapprochant respectivement de la Caisse de sécurité sociale de Mayotte et de la direction générale des finances publiques. L’organisation patronale précise qu’elle a d’ores et déjà sollicité l’État pour des fonds d’urgence, que le gouvernement peut débloquer en cas de force majeure et à titre exceptionnel, comme pour les inondations en Île-de-France en 2016. Les entreprises peuvent également enclencher une procédure de sauvegarde judiciaire auprès du tribunal du commerce, mais cette démarche est onéreuse puisqu’il faut s’offrir les services d’un cabinet de conseil. Toutes ces mesures constituent un pis-aller, « du bricolage », pour la patronne des patrons qui estime que « ce n’est pas ça qui va résoudre le problème » et qui entend négocier avec la ministre des Outre-mer d’autres types d’aides.

Un dynamisme tué dans l’œuf

L’impact de cette « grève générale » désole d’autant plus la présidente du Medef local, Carla Baltus, que Mayotte représentait en 2017 le département « qui avait le plus embauché [en France], proportionnellement », avec 1 700 emplois créés. « Ces emplois, on est en train de les perdre », se désole la présidente, rapportant des propos de ses adhérents lui expliquant qu’ils avaient déjà dû résilier des CDI en période d’essai. Sans parler du secteur du tourisme, qui subit une pluie d’annulations de séjours jusqu’en juin, selon la présidente du Medef local. Pour Carla Baltus, « on se remet déjà difficilement de 2011 (…) et du passage aux 35 heures, véritable coup de massue (…) La grève nous tue », déclaret-elle douloureusement. « Mayotte, ça ne donne plus envie, ça fait peur », continue la présidente du Medef local qui s’emporte : « Pourquoi ne laisse-t-on pas les enfants aller à l’école ? On veut des élites mais comment former des élites si la jeunesse de Mayotte ne peut pas aller en cours ? » La patronne des patrons appelle « à un retour à la normale, qu’on se mette à la table des négociations avec l’État, qu’on arrête de sacrifier les entreprises, les enfants, les malades ». 

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