Le dernier baromètre de l’IEDOM, arrêté à fin mai 2026, place une nouvelle fois Mayotte tout en bas des classements ultramarins pour le surendettement, les incidents bancaires et le droit au compte. Des chiffres flatteurs en apparence, qui traduisent surtout la faible bancarisation de l’île.
L’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) vient de publier son baromètre mensuel de l’inclusion financière, arrêté à fin mai 2026. Le document suit trois indicateurs de la fragilité financière des ménages : les dépôts de dossiers de surendettement, les inscriptions au Fichier central des chèques (FCC) et les désignations au titre du droit au compte bancaire. Sur les trois indicateurs suivis, Mayotte affiche les niveaux les plus faibles de l’outre-mer.
En mai 2026, un seul dossier de surendettement a été déposé sur l’ensemble du territoire, soit 0,05 dépôt de dossier pour 10 000 habitants. Dans les départements et collectivités d’outre-mer (DCOM), le ratio s’établit à 1,97, contre 2,07 en métropole. Rapporté à l’ensemble de l’outre-mer, le département ne représente pratiquement aucun des dossiers déposés, là où La Réunion en concentre 53 %.
Le Fichier central des chèques (FCC), qui recense les incidents de paiement, les chèques sans provision et les retraits de carte bancaire, a enregistré 62 nouvelles inscriptions en mai, soit 3,35 pour 10 000 habitants. C’est deux fois moins qu’en métropole (6,72 pour 10 000 habitants) et près de cinq fois moins que la moyenne ultramarine (16,12 pour 10 000 habitants).
Le droit au compte, qui permet à la Banque de France de désigner d’office un établissement tenu d’ouvrir un compte à une personne qui s’en est vu refuser l’accès, n’a donné lieu qu’à deux désignations, soit 0,11 pour 10 000 habitants.
Sur douze mois glissants, les inscriptions au FCC reculent de 31,2 % et les désignations au titre du droit au compte de 21,8 %. Les retraits de carte bancaire diminuent de 5,8 %, signe d’un possible basculement des usages du chèque vers la carte.
Si le cyclone Chido a désorganisé l’île, la part de cette baisse qui lui est imputable reste à établir.
Pour l’IEDOM, ce repli général traduit une amélioration progressive de la situation financière des ménages mahorais. Pourtant, Mayotte demeure le département le plus pauvre de France : selon l’INSEE, 77 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté national, soit cinq fois plus qu’en métropole.
Les trois dispositifs mesurés par le baromètre supposent toutefois d’être déjà intégré au système bancaire. Or, Mayotte affiche le plus faible taux de bancarisation de tout l’outre-mer, autour de 68 %, contre 240 % à La Réunion et 370 % dans l’Hexagone, selon l’IEDOM. Moins de sept habitants sur dix possèdent un compte bancaire.
Ces chiffres faibles ne signifient donc pas l’absence de difficultés financières, mais plutôt qu’une partie de la population reste hors du champ que ces indicateurs sont censés mesurer. Cette sous-bancarisation tient à plusieurs facteurs. La jeunesse de la population, d’abord : la moitié des habitants a moins de 18 ans et ne dispose donc pas de compte bancaire. Une part importante de la population est également en situation irrégulière et n’a pas accès aux services bancaires. Enfin, selon l’INSEE, l’économie demeure « encore très informelle ».
Interrogé lors d’un précédent baromètre, l’IEDOM reconnaissait que la situation mahoraise s’explique par « une moindre importance accordée à la bancarisation, ce qui relativise en partie ces critères ». Concrètement, les trois indicateurs — surendettement, incidents de paiement et droit au compte — ne mesurent pas la fragilité financière des Mahorais dans l’absolu, mais seulement celle des Mahorais déjà intégrés au système bancaire.


































